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Silvius Leopold Weiss [1686 – 1750]

Portrait de Weiss

est né le 12 Octobre 1686 (l’année 1684 est aussi avancée mais nous paraît moins crédible) à Breslau (aujourd’hui Wroclaw en Pologne), capitale de la Silésie d’où sont originaires de nombreux luthistes allemands de cette époque baroque : Reusner père & fils, Le Sage de Richée (?), Meusel, Baron les Kropfganss, Straube…

Ne s’étant consacré qu’au luth, son œuvre sombra dans l’oubli. Ce n’est qu’avec la redécouverte de la musique « ancienne » que l’on prit conscience de l’importance tant musicale que technique de l’œuvre de celui qui fut probablement le plus grand Maître du luth. Son père, Johann Jacob (1662?-1754), reconnu comme « musicien profond, luthiste et théorbiste », enseigna le luth à Silvius Leopold ainsi qu’à son frère cadet Johann Sigismund et à leur jeune sœur Juliana Margaretha.

En 1706 le comte Karl Philipp de Palatinat, résidant à Breslau, le prit à son service. Mais la renommée du jeune Weiss arriva aux oreilles du frère du comte, l’électeur Johann Wihelm, qui veut l’entendre à sa cour. Johann Wihelm est un fervent protecteur des arts et un mélomane averti et passionné; à tel point que Corelli lui dédia son opus VI.

Le jeune Weiss s’installe donc à sa cour de Düsseldorf la même année. De cette période date la première suite que nous lui connaissons.

Allemande de la suite n°5 smith7 sur laquelle on peut lire « Von anno 6.In Düsseldorf, ergo Nostra giuventu comparisce » (De l’année 6 [1706] , donc celle de nos juvéniles premières armes).

Lorsqu’il prit congés, deux ans plus tard, il fut remplacé par son père et son frère qui resteront au service de l’Électeur ainsi qu’à celui de son successeur jusqu’à la fin de leur vie. Il est évident que les talents de Silvius Leopold sont à l’origine de cette situation. En 1708 donc, il accepte de suivre le Prince Alexandre Sobieski exilé à Rome. La cour du Prince Alexandre, située au palazzo Zuccari, lui permet sans doute de côtoyer les Scarlatti, père et fils, ainsi que l’organiste Bernardo Pasquini mais aussi ses compatriotes Haendel et Heinichen.

Weiss accompagnait le Prince dans ses déplacements au sein des différentes cours. Ses prestations lui valurent l’admiration générale. A la mort de son protecteur, en 1714, Weiss se met en quête d’une nouvelle situation digne de lui. Même s’il quitte l’Italie, l’influence sera grande. Ces années le marqueront jusque dans ces dernières compositions. Pendant 4 ans, il voyage dans différentes villes : il travaille brièvement à la cour de Cassel (ou Kassel) puis revient à celle de Düsseldorf en tant que musicien de chambre.

En 1717, il s’absente quelques temps pour voyager ; on le trouve à la cour de Dresde où il se produit deux fois avec un tel succès qu’il obtint 100 Ducas à titre de récompense. Puis il se rend à Prague où il rencontre le célèbre luthiste bohémien, le comte Johann Anton Losy von Losimthal (env.1650-1721) plus connu aujourd’hui comme comte Logy. Il semble que Weiss ait été influencé dans ses compositions par ce luthiste. Il a d’ailleurs composé un Tombeau en sa mémoire (probablement une de ses plus belles pièces « isolées ») au même titre qu’en la mémoire du Baron Cajetan von Hartig.

Il fut nommé, le 23 Août 1718, musicien de chambre du Prince-Electeur de Saxe, roi de Pologne Auguste le Fort. Ce poste, très convoité, était basé à Dresde sur l’Elbe. Centre cosmopolite des arts et des sciences, Dresde pouvait s’enorgueillir d’avoir un des premiers opéras et une des meilleures chapelles musicales de l’Empire. La cour de Dresde réunissait à cette époque de grands noms parmi lesquels : le luthiste , les flûtistes Buffardin et son élève Quantz, les violonistes Francesco Veracini et Pisendel qui étudia avec Vivaldi. Le salaire annuel de 1000 thalers impériaux qui lui fut attribué était particulièrement élevé. Mais Frederic Auguste II, succédant à son père en 1733, augmentera ce montant « sans les instances » de Weiss à 1200 thalers puis en 1744 à 1400 thalers. Le luthiste se trouva ainsi être le mieux payé de l’orchestre de la cour de Dresde.

Cette situation dénote clairement l’admiration et le respect qui lui était porté. Au point que le Roi, son protecteur, l’envoya souvent en voyage comme émissaire musical. En 1718-1719, il se rendit, avec onze autres musiciens de cour, à Vienne pour les fiançailles de l’électeur de Saxe. La cour de Dresde honora pendant quatre semaines les jeunes mariés en automne 1719.

D’après Baron, Mattheson et H.Neemann (Das Erbe Deutscher Musik, 1938), il resta, pendant la moitié de l’année 1722, sans travailler – un violoniste lui avait, parait-il, par vengeance (??), arrachait avec les dents presque tout le pouce. A l’automne, il partit avec Buffardin à Munich pour les noces du Prince-Electeur bavarois. Il y obtenu une récompense royale.
En 1723, il retourna à Prague pour la troisième fois (1717, 1719 pour ses précédentes visites) accompagné cette fois de l’illustre flûtiste Johann Joachim Quantz et de Carl Heinrich Graun, chanteur mais surtout compositeur. Les trois musiciens se rendaient au couronnement de l’Empereur Charles VI comme roi de Bohème.

En mai 1728, il accompagna à la cour de Berlin son seigneur avec trois des plus grands musiciens de la cour: le violoniste Pisendel et les flûtistes Buffardin et Quantz . Ils y restèrent trois mois, sans doute sur l’invitation de la future margrave Wilhelmine de Bayreuth, sœur de Frédéric II. Le témoignage de celle-ci est d’ailleurs un des plus beaux qui nous soit parvenu. Elle écrit dans ses mémoires : « au fameux Weiss, qui excelle si fort en luth, qu’on a jamais vu son pareil, et que tous ceux qui viendront après lui, n’auront que la gloire de l’imiter »

Weiss peut compter parmis ses protecteurs, le comte impérial Hermann von Kayserlingk, connu dans le monde musical pour avoir commandé à J.S. Bach les fameuses « Variations Golberg ». Réputé comme un grand amateur et connaisseur de musique, il intervint en 1738 en faveur de Weiss lorsque celui-ci fut emprisonné à Dresde pour un prétendu délit ; Weiss aurait fait un affront au Maître des plaisirs de Breitenbach. Kayserlingk écrivit au Ministre de l’État, louant le luthiste et demandant sa libération.
Plus tard, le comte impérial prit en charge et accueillit en sa demeure de Königsberg le fils de Weiss, Johann Adolf Faustinus (1741-1814), et lui permit de poursuivre sa formation de luth. Weiss devait particulièrement aimer cette cour de Dresde. Pour preuve, son refus de se mettre au service de la cour impériale de Vienne qui, en 1736, lui offre la somme indécente de 2000 thalers. Il est vrai que les musiciens et le public de Dresde étaient réputés pour leur qualité. En 1738, à Dresde, Weiss rencontra le violoniste berlinois Franz Benda. Ils jouèrent en alternance toute une après-midi et jusqu’à minuit, 24 solos pour violon ainsi que 8 à 10 suites pour luth (cf Hiller, biographe de F Benda).

En août 1739, Weiss rencontre J.S. Bach. W.F. Bach, organiste de Ste Sophie de Dresde, était à Leipzig. Weiss s’y était rendu avec son compatriote et élève Kropffgans également luthiste mais à la cour du comte Brühl à Dresde. Des rencontres avec le maître de Leipzig scellèrent leur amitié. Pour preuve le témoignage de Johann Elias Bach qui été, à l’époque, le « secrétaire privé » de J.S. Bach :
« …nous avons eu quelque très excellente musique lorsque Monsieur mon cousin de Dresde [WF Bach], qui est demeuré ici pendant 4 semaines, en compagnie des deux fameux luthistes Monsieur Weiss et Monsieur Kropffgans [son élève] se sont fait entendre plusieurs fois chez nous ».
On a vu précédemment que Weiss était un protégé du comte impérial Hermann von Kayserlingk. Ce qui était aussi le cas de J.S. Bach. D.Charlton nous indique qu’en fait les deux hommes ont eu maintes occasion de se rencontrer à Dresde mais aussi que J.S. Bach aurait composé quelques morceaux pour luth à l’attention de Weiss. D’autre part, J.S. Bach se rendait de temps à autre à la cour de Dresde à partir de 1717 mais surtout après 1733 quand son fils W.F. Bach devint organiste de l’église Sainte Sophie, ce qui laisse penser que les deux hommes aient pu se rencontrer à plusieurs reprises. D’autre part, J.F. Reichardt écrit, en 1805, au sujet de la concurrence que se livraient les musiciens à Dresde :

« Quiconque connaît la difficulté de jouer des modulations en harmonique et de bons contrepoints au luth sera étonné et croira à peine que des témoins oculaires nous assurent que le grand luthiste de Dresde qu’était Weiss, faisait la compétition avec J.S. Bach, grand claveciniste et organiste, en jouant des fantaisies et des fugues. »

Weiss ne semblait pas intéressé par la publication de ses œuvres. Sur les quelques 650 œuvres connues, seule une petite pièce fut éditée de son vivant par GF Telemann en 1728 pour servir d’exemple de tablature dans son « Fidèle Maître en Musique ». Ses œuvres dénotaient sa virtuosité et il est possible que, comme plus tard Paganini ainsi que Mozart et ses concertos pour piano(s), il préféra les garder pour lui. La fin de la vie de Weiss est celle d’un homme parvenu au sommet de sa gloire. Installé à Dresde, il reçoit des élèves venus de tous les horizons pour étudier sa musique et recueillir ses conseils. Le 16 Octobre 1750, Weiss décédait, laissant derrière lui sa veuve, Marie-Elizabeth, et ses 7 enfants dont seul Johann Adolf Faustinus suivit ses traces comme luthiste de chambre à la cour de Dresde. Malgré les revenus exorbitants pour un musicien de cette époque, Weiss ne laissa rien à sa famille, ayant probablement trop dépensé pour maintenir les apparences de son rang.

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