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Un Concours presque sans Psophos note

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Bordeaux. Concours International de Quatuors à Cordes. XIX° Edition depuis 1976. Du 11 au 16 Septembre 2001. Directeur : Alain Meunier, violoncelliste. Participants : Quatuor Anima (Autriche) – Quatuor Antarès (France) – Quatuor Bernini (Italie) – Quatuor Coolidge (USA) – Quatuor Dominant (Russie) – Quatuor Excelsior (Japon) – Quatuor Kazakh (Kazakhstan) – Quatuor Psophos (France) – Quatuor Ruysdael (Pays-Bas) – Quatuor Terpsycordes (Suisse). Jury Musical : Bruno Giuranna, altiste, Italie, Président – Quatuor Borodine (Russie : Ruben Aharonian, Andreï Abramenkov, Igor Naïdine, Valentin Berlinski) – Christian Ivaldi, pianiste, France – Mariana Sirbu, violoniste, Roumanie. Jury de la Critique : Marie-Aude Roux, Le Monde, France, Présidente – Olivier Bellamy, Le Monde de la Musique, France – Simon Rowland-Jones, altiste et théoricien, Grande-Bretagne – Stefano Valanzuolo, Il Mattino, Italie – Thiemo Wind, De Telegraaf, Pays-Bas. Récompenses décernées : Quatuor Psophos (France : Ayako Tanaka, Bleuenn Le Maître, Cécile Grassi, Florence Auclin) : Premier Grand Prix, Prix de la Critique (à l’unanimité), Prix du Mécénat Société Générale, Prix Serge Den Arend, Prix Association Maurice Ohana – Quatuor Ruysdael (Pays-Bas), Prix de la Sacem – Quatuor Dominant (Russie), Prix du Ministère de la Culture et de la Communication. [ Le Deuxième Prix n’a pas été attribué. ]

Concours International de Quatuors à Cordes

Psophos : mot qui porte en soi, déjà, un souffle incantatoire de musique ; son sens grec est « la matière sonore ». C’est aussi le titre que s’est choisi l’ensemble vainqueur du II° Concours International de Bordeaux, avec pugnacité et panache. A défaut d’unanimité au sein du jury d’instrumentistes, les délibérés semblant avoir été corsés. Ces quatre Françaises : Ayako Tanaka, Bleuenn Le Maître, Cécile Grassi, Florence Auclin n’ont pas usurpé leur consécration. De formation musicale lyonnaise, et déjà détentrices de prix moins huppés, elles se sont logiquement démarquées dans une compétition de haut niveau ; n’était l’inexplicable présence en finale d’un quatuor russe au jeu banal (Dominant), aux côtés des Ruysdael (Pays-Bas) et des Kazakh (Kazahhstan), et la non moins explicable élimination d’homologues américains (Coolidge), au contraire fort inspirés.

Sous la houlette d’, le concours impose, depuis longtemps déjà, des œuvres contemporaines ; cette année en deuxième phase, parallèlement à Brahms, Schumann ou Mendelssohn. La première étant totalement dévolue à l’opus 18 de Beethoven, et la finale à Mozart et Bartok. Dans une ville de Bordeaux très investie, la manifestation était relayée par France-Musiques, Muzzik, deux conférences et une animation de trois semaines à la Bibliothèque Mériadeck. On a, avant tout, apprécié la présence importante du public au Grand Théâtre – fidèle, croissante, et chaleureuse – ce qui est toujours engageant pour une forme encore peu populaire, jusqu’au terme des festivités.

Avant celui-ci, trois « grands » concerts ont charpenté leur déroulement. Oublions un méconnaissable (pourtant lauréat à Evian en 1985), se débarrassant sans ambages du joyau de Debussy : superficialité, statisme métronomique, son monochrome et laid. Les témoins étaient d’autant plus épars, heureusement, que beaucoup avaient fui à l’entracte ; après un Beethoven (opus 18/2) à la hussarde, et surtout un interminable surplace soporifique : le XIV° quatuor de Fesca (1789-1826) conservé in loco, et que la Bibliothèque bordelaise eût été inspirée de laisser dormir dans ses rayonnages…

A l’inverse, le concert d’ouverture a été un moment d’exception ; les membres du jury se répartissant en diptyque. Au le premier vantail : le Huitième de Chostakovitch (dédié pour la circonstance aux victimes américaines de l’avant-veille), d’une âpreté métaphysique presqu’insupportable ; tissant d’un Largo à l’autre une sorte de mort sans transfiguration. A leur suite, Marianna Sirbu, Bruno Giuranna, et ont magnifié le premier Quatuor avec piano de Brahms. Eviter les dithyrambes étant ici chose malaisée, on se contentera de préciser qu’aucun canon discographique, fût-ce Busch, ne peut tenir la comparaison face à de telles individualités fondues dans un flot sanguin, impétueux, roboratif et instable à la fois – et pétri d’agogique (variation expressive du tempo) jusque dans un Rondo alla zingarese, plus Mitteleuropa que nature !

La clôture, pré carré des lauréats, a eu lieu dans un Grand Théâtre comble, et été dédiée à la mémoire d’Antoine Livio. Les Bataves (Ruysdael) se sont acquittés avec brio, à défaut de pathétique, du très retors Cinquième de Bartok, davantage folklorique (au bon sens du mot) que transfiguré : leur limite étant dans la recherche du son et du rythme uniquement pour ceux-ci. Certes pas le cas des Psophos, refermant la boucle sous de légitimes acclamations. « Matière sonore » est leur nom, donc. On le sait : même avec un son (ô combien) fini, la matière est toujours en expansion.

Cela est particulièrement probant dans leur parcours, entamé et achevé par un opus 18 n°6 de Beethoven (la Malinconia), placé comme jamais, peut-être, dans son exacte situation visionnaire entre le dernier Haydn et les ultimes chefs d’œuvres de son auteur. L’acoustique exceptionnelle du Grand Théâtre a aidé ces jeunes filles, sans doute, à densifier leur sonorité, la plus personnelle de la compétition ; et offrir une reprise qui ne soit pas une redite. Entre les deux, les quatre élues ont régalé au fil des jours l’auditoire d’une ascension aussi irrésistible que versatile. Mendelssohn à sa vraie place, la première ; Ohana , tel un contre-chant de louanges ; Bartok, de la grâce à la désolation ; Mozart enfin, Hoffmeister d’une plénitude de sentiments et d’une autorité de mouvement peu communes : Euterpe leur prête longue vie !

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