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L’univers sonore de Tristan Murail

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Personnalité centrale du Festival Les Musiques de Marseille (22/05 – 1/06), Tristan Murail est à 55 ans l’une des grandes figures de la création musicale contemporaine française. Il est pourtant rare aujourd’hui ici. Il lui aura fallu s’installer aux Etats-Unis, à l’invitation de l’Université Columbia de New York où il enseigne la composition depuis 1997, pour retrouver les faveurs de ses concitoyens. « Je suis parti à cause du contexte culturel qui se dégradait de plus en plus, convient-il aujourd’hui. Le sens du terme culture a été galvaudé par le monde politique, qui n’a pas eu le courage d’avouer que la culture les embêtait. Si bien que, peu à peu, les compositeurs, notamment, se sont retrouvés marginalisés, l’évolution de Radio France étant l’exemple le plus significatif. »

Festival « Les Musiques »

Personnalité centrale du Festival Les Musiques de Marseille (22/05 – 1/06), est à 55 ans l’une des grandes figures de la création musicale contemporaine française. Il est pourtant rare aujourd’hui ici. Il lui aura fallu s’installer aux Etats-Unis, à l’invitation de l’Université Columbia de New York où il enseigne la composition depuis 1997, pour retrouver les faveurs de ses concitoyens. « Je suis parti à cause du contexte culturel qui se dégradait de plus en plus, convient-il aujourd’hui. Le sens du terme culture a été galvaudé par le monde politique, qui n’a pas eu le courage d’avouer que la culture les embêtait. Si bien que, peu à peu, les compositeurs, notamment, se sont retrouvés marginalisés, l’évolution de Radio France étant l’exemple le plus significatif. » Devenu pédagogue malgré lui, il aura attiré à lui dès les années 1980 une première génération de compositeurs comprenant , et , avant d’enseigner à l’ puis aux Etats-Unis. Le festival Les Musiques est la première des manifestations qui, cette année, rendent hommage à ce disciple de Messiaen qui, dès 1973, avec , Michael Levinas, et Roger Tessier, créait l’Itinéraire, ouvrant ainsi des perspectives nouvelles dans l’exploration d’un monde sonore inouï. « La musique de Murail, constate Raphaël de Vivo, directeur du festival et du Groupe de recherche musicale de Marseille, est mue par cette constante de l’invention autour du dialogue entre l’instrument traditionnel et l’informatique, aujourd’hui au centre des préoccupations des compositeurs. Murail est l’un des fers de lance de l’évolution du langage musical liée aux nouvelles technologies dont l’empreinte se retrouve jusque dans le mouvement “techno”. »

C’est autour de cette quête sonore initiée par Murail que l’édition 2002 du festival Les Musiques a réuni toute une palette de compositeurs. Si ces derniers n’utilisent pas tous l’informatique dans leur propre création, et s’ils sont loin de la mouvance de Murail, l’outil électroacoustique a bouleversé leur perception du son qui se retrouve jusque dans l’écriture pour les instruments acoustiques. Ainsi, le récital de Jay Gottlieb a permis d’écouter des œuvres écrites voilà une vingtaine d’années par Georges Bœuf, créateur du Gmem, qui attestent d’une recherche de nouveaux champs sonores directement venue de l’électroacoustique. Avec Oscar Pizzo, l’intégrale des cinq sonates pour piano de est un feu d’artifice de résonances et de couleurs insolites qui submergent l’auditeur. Pièces requérant un interprète d’une résistance physique phénoménale, constamment sollicité par d’immenses effets de clusters à jouer tout en force, du début à la fin, si bien que le public est littéralement sonné par le flux sonore suscité par une écriture exacerbée.

L’Ensemble Fa et Dominique My proposaient deux grandes pièces de Murail, Allégories (1990), où les instruments classiques sont enrichis des sonorités inouïes de l’électronique, le tout porté par un lyrisme proprement fascinant, l’onirisme étant l’une des grandes constantes de la création de Murail, ce que l’on percevait dès Mémoire / Erosion, œuvre manifeste composée en 1976 qui joue sur la résonance, le rebond, la perspective et qui ne cesse de surprendre un quart de siècle après sa création. Face à ces deux pièces capitales, Straps (2002) avec dispositif électronique « live » d’Eryc Abécassis réalisée au Gmem, s’avère particulièrement originale, suscitant une réelle jouissance sonore. Le tout jeune et remarquable ensemble lyonnais Les Temps Modernes a proposé deux œuvres de la dernière période de Murail, Bois flotté (1996) et Winter fragments (2000), dont l’audition a hélas été perturbée par des projections vidéo qui n’ont rien ajouté à ces pages extraordinairement poétiques, d’une richesse d’invention si dense que l’on est loin, assurément, d’en avoir épuisé les arcanes.

Autre pièce de Murail, Tellur pour guitare (1977) a sonné de façon plus serrée qu’ailleurs sous les doigts de l’une de ses interprètes les plus inspirées, Caroline Delume, sans doute intimidée par la présence du compositeur. La guitariste s’est jointe au pour le quintette pour guitare et cordes de l’une des toutes premières élèves de Murail, l’admirable Envoûtements V (2001) de qui s’impose comme une partition majeure du répertoire pour cette formation rare tant il est délicat de trouver le juste équilibre entre cordes pincées et cordes frottées, équilibre que l’imagination fertile de la compositrice et sa parfaite connaissance des instruments acoustiques et de l’électronique réussissent à la perfection. Les interprètes, qui la donnaient pour la troisième fois depuis sa création et moins d’une semaine avant la quatrième donnée à Paris, à , le 1er juin, en maîtrisent toujours davantage l’extraordinaire et foisonnante richesse, proposant une lecture de plus en plus fluide, aérienne, sensuelle, onirique. Atmosphère autre mais tout aussi poétique, celle du Quatuor n° 2 « Reigen, seliger Geister » (1989) de , pièce d’une densité phénoménale, avec des jeux d’archet suscitant des sonorités prodigieuses trahissant une influence prégnante de l’électroacoustique, certaines étant simplement sollicitées par des grattements de cartes magnétiques. Cette œuvre d’une finesse sonore extrême, souvent aux limites du silence, exige de l’auditeur une concentration aussi grande qu’à ses interprètes.

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