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Symphonie et Messe Schubertiennes

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Saint Denis, Basilique. 13.VI.2003. Franz Schubert (1797-1828), Symphonie n° 8 en si mineur « Inachevée » ; Messe en mi bémol majeur D. 950. Laura Giordano (soprano), Marijana Mijanovic (mezzo-soprano), Kresimir Spicer (ténor), Yves Saelens (ténor), Jean Sébastien Bou (basse). Ensemble Orchestral de Paris. Direction : John Nelson. Chœur d’Oratorio de Paris

Symphonie et Messe SchubertiennesFestival de Saint Denis

Vendredi 13 juin, la splendide basilique royale inaugurait le cycle Schubert en accueillant deux œuvres symphoniques et chorales testamentaires, deux merveilles schubertiennes. En première partie, la Symphonie inachevée – inachevée en raison de la présence de deux mouvements au lieu des quatre habituels, mais deux uniques mouvements au combien aboutis dans leur exploration ultrasensible de l’âme humaine – et, pour terminer la Messe en mi bémol majeur D. 950, une œuvre somptueuse s’il en est, la dernière messe de Schubert, achevée en 1828, l’année de la mort du compositeur. C’est une distribution jeune et homogène, issue de l’opéra et du baroque que a réuni pour cette première soirée d’un parcours de trois jours consacré à Schubert.

La Symphonie « Inachevée »

La Symphonie n° 8 en si mineur composée en 1822 est la plus connue des symphonies de Schubert. Elle comprend seulement deux mouvements complets, une esquisse du Scherzo ayant été retrouvée par la suite. Pourquoi « Inachevée » ? Plusieurs hypothèses pourraient répondre à la question. Mais, la plus réaliste est celle qui évoque la prise de conscience par Schubert de sa maladie, une syphilis assassine. C’est à ce moment précis que Schubert écrit cette huitième symphonie. On imagine la lassitude du compositeur qui voit sa vie détruite. L’Inachevée n’est créée à Vienne que quarante ans après la mort du compositeur, en 1865. L’accueil est enthousiaste. En plein romantisme, les Viennois sont touchés par la grande beauté des mélodies, l’orchestration et le souffle lyrique de l’œuvre.

Le maître mot de ce concert aura été équilibre. Tant côté instrumental que dans la relation orchestre-chœur-solistes. La direction de à la tête de l’excellent est claire, lumineuse, précise, et correspond à la profondeur du message humaniste de Schubert. Le premier mouvement, Allegro moderato en si mineur, de forme sonate, commence pianissimo dans le registre grave des cordes avant que se présente le premier thème joué par les bois, qui vont créer un superbe contraste de tessiture. La lumière de l’âme de Schubert éclate alors avec une émouvante beauté. Les nuances d’opposition du second mouvement, Andante con moto en mi majeur, accentuent le caractère dramatique et frémissant de la pièce. La douceur délicate du début monte en majesté dans une émouvante vibration. Schubert est là, présent et bouleversant. John Nelson réussit à éviter toute référence mélodramatique. On est également touché par l’élégance, la finesse des cordes et la beauté du premier hautbois et de la clarinette.

Messe en mi bémol majeur

La Messe en mi bémol est la dernière des six messes latines composées par Schubert. Plusieurs passages du texte liturgique, notamment la notion de Christ-Fils de Dieu ou celle de la Résurrection, ont été coupés par Schubert lui-même. Il est vrai que sa croyance dans les dogmes de l’Eglise catholique était sujette à caution. Les rôles principaux de cette messe romantique, qui témoigne de l’incomparable génie schubertien, sont essentiellement tenus par l’orchestre et les chœurs, la part des chanteurs solistes se limitant à l’Incarnatus est du Credo et au Benedictus. Dés le début, le Kyrie s’élève, vibrant d’espérance et de spiritualité. La direction très vivante de John Nelson évite tout pathos et lourdeur emphatique, et le Chœur d’Oratorio de Paris dirigé par Jean Sourisse est parfait. On est pris par la clarté du chant et l’équilibre des voix. D’ailleurs, depuis 1992, ce chœur est régulièrement invité par le Festival de Saint-Denis où il a donné la Messe de Gounod, le Stabat Mater de Rossini, et l’an dernier Le Christ au Mont des Oliviers de Beethoven avec l’Ensemble Orchestral de John Nelson. Le Gloria est éclatant de joie et de vie et le Credo est d’une profonde et fervente somptuosité. La jeune et ravissante soprano sicilienne Laura Giordano, les deux ténors Kresimir Spicer et Alexander Swan savent retrouver l’émotion et la spiritualité qui convient à cette prière. On aime la clarté, la beauté et les modulations délicates de la voix de la belle palermitaine, dont on se souvient de la prestation dans Le Mariage secret de Cimarosa au Théâtre des Champs-Elysées sous la direction de Christophe Rousset et de ses débuts à l’Opéra Bastille dans Les Noces de Figaro.

C’est ensuite la montée éclatante du Sanctus et sa proclamation majestueuse de la divinité avant de retrouver les chanteurs pour un fervent Benedictus rejoints par les voix des excellents (mezzo-soprano) et Franck Le Guérinel (baryton-basse). Cette très belle soirée a reçu l’accueil chaleureux d’un public très sincèrement ému.

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