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Laurence Equilbey à l’Abbaye de Noirlac

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Abbaye de Noirlac. Eglise de l’abbatiale. 26.VII.2003. Claudio Monteverdi (1567-1643) (1), Sestina « Lagrime d’amante al sepolcro dell’amata », Lasciate mi morire extrait du Lamento d’Adrianna, Lamento della Ninfa ; Œuvres de Claude Debussy (1862-1918), Henk Badings (1907-1987), Frank Martin (1890-1974), Ildebrando Pizzetti (1880-1968), Goffredo Petrassi (né en 1904) et Morten Lauridsen (né en 1943) (2). Young Soloists Ensemble (1) ; Chœur de Chambre de l’Université de Californie à Santa Barbara (2). Direction : Michel Marc Gervais (1), Muriel Gibala, Raphaël Pichon, Olivier Bardot, Olivier Frontière, Paul de Plinval, Jean-Sébastien Veysseyre (2). Abbaye de Noirlac. Eglise de l’abbatiale. 26.VII.2003. Antonio Vivaldi (1678-1741), Psaume 110 « Confitebor tibi Domine » ; Giacomo Perti (1661-1756), Oratorio della Passione. Il Seminario musicale : Soledad Cardoso et Chantal Santon (sopranos), Gérard Lesne (alto), Jean-François Nevelli (ténor), Alain Buet (baryton), Patrick Bismuth et Sophie Gevers-Demoures (violons), Emmanuel Balssa (violoncelle), Richard Myron (contrebasse), Yasunori Imamura (théorbe), Laurent Stewart (clavecin et orgue positif). Direction : Gérard Lesne. Abbaye de Noirlac. Eglise de l’abbatiale. 26.VII.2003. Joseph Haydn (1732-1809), Les Sept dernières paroles de Notre Sauveur sur la croix. Kaoli Isshiki (soprano), Ruth Sandhoff (mezzo-soprano), Robert Getchell (soprano), Matthias Minnich (basse). Chœur de Chambre Accentus. Orchestre Léonard De Vinci. Direction : Laurence Equilbey.

Oratorios de la Passion Noirlac

L’abbaye de Noirlac, érigée à partir de 1136 par des moines venus de Cîteaux, dont Saint Bernard en personne, non loin de Saint-Amand-Montrand, ex-capitale de la joaillerie française, est depuis vingt ans le cadre du festival d’art vocal dont est la conseillère artistique depuis 2001. Placé sous la houlette du Conseil Général du Cher, propriétaire de l’abbatiale depuis 1909, le Festival de Noirlac se déroule sur trois week-ends en juillet et août – quoiqu’il se soit ouvert cette année dès juin, associé à la première Biennale de la voix de la Cité de la musique à Paris –, sur trois axes, l’art vocal, de la Renaissance à nos jours, la musique de chambre et le récital de soliste. S’y ajoute la pédagogie, activité chère à , qui a invité cet été le Canadien Michel Marc Gervais et le chœur de l’Université Santa Barbara de Californie pour une académie de direction de chœur, ainsi que Philippe Biros et Marguerite Modier pour une académie de chanteurs solistes. RIAS Kammerchor, Chœur de Chambre de Sofia, Entrevoces de Cuba, Ensemble vocal et instrumental de Lausanne, Il Seminario musicale, Michel Beroff, , , , entre autres, se sont joints cette année au Chœur , au Jeune Chœur de Paris et aux Cris de Paris qu’anime et dirige .

Fin de stage

Le week-end du 26 juillet a vu se bousculer, en l’église de l’abbatiale enluminée par les vitraux de Jean-Pierre Reynaud, quatre concerts, dont trois dans la seule journée de samedi. Le premier a permis de jauger les aptitudes des stagiaires en direction de chœur, les jeunes français Olivier Bardot, Olivier Frontière, , Paul de Plinval et Jean-Sébastien Veyseyrre, ainsi que leur consœur californienne Muriel Gibala, qui chantait également dans le Chœur de Chambre de l’Université de Californie à Santa Barbara. Le directeur de cet ensemble, le Canadien Michel Marc Gervais, a d’abord dirigé les membres les plus aguerris dans un récital Monteverdi, dont les Lamenti d’Arianna et della Ninfa se sont faits fort peu dramatiques et singulièrement scolaires. Les pages choisies par les stagiaires, qui alternaient au pupitre, provenaient toutes du répertoire du XXe siècle, et associaient le meilleur (Chansons d’Orléans de Debussy, Nonsense de Petrassi, Songs of Ariel de Martin) et le pire (Chansons des Roses de Lauridsen). Paul de Plinval s’est imposé dans ce jeu, mais il est vrai qu’il est déjà chef assistant du Chœur de l’armée française.

La Passion contée par un Centurion

Outre l’excellente interprétation du Psaume 110 « Confitebor tibi Domine » en ut majeur RV. 596 pour alto, ténor, basse et ensemble instrumental (1739) d’, Gérard Lesne et son ensemble Il Seminario musicale ont proposé une œuvre singulière du Bolognais Giacomo Perti (1661-1756), L’Oratorio della Passione. Ecrite en 1685 sur un livret dont l’auteur reste inconnu, cette Passion fait naturellement appel à un récitant, qui n’est pas l’habituel Evangéliste tenu par un ténor mais un Centurion dévolu à une basse. Cette œuvre, d’une quarantaine de minutes, est écrite pour cinq chanteurs (deux sopranos, alto, ténor, basse) et six instrumentistes (deux violons, violoncelle, contrebasse, théorbe, clavecin/orgue positif). Entre autres merveilles, il s’y trouve une remarquable fugue à cinq voix qui n’est pas sans annoncer quelque quintette vocal de Mozart. Dans l’interprétation précise, chaleureuse et émouvante qu’en a donnée Il Seminario musicale, et outre Gérard Lesne, dont la voix chaude et lumineuse, exalte une bouleversante humanité dans le personnage de Jean, il faut saluer l’incarnation déchirante du Centurion par le baryton français au large ambitus, et la chaleureuse Madeleine de la jeune soprano argentine Soledad Cardoso.

Hallucinante crucifixion

A la tête de l’Orchestre Léonard de Vinci de Rouen et du Chœur de Chambre , Laurence Equilbey parachevait cette journée avec Les Sept dernières paroles de Notre Sauveur sur la croix de dans sa version oratorio (1795). Le chef a opté pour instrumentarium et jeu baroques, avec archets anciens pour les deux premiers violons, ainsi que saqueboutes, cors naturels et timbales anciennes. Succession de sept mouvements lents, l’oratorio a pris sous la direction ferme et vigoureuse d’Equilbey une dimension dramatique saisissante, la vision de la mort du Messie se faisant effrayante. Emportant le tout en une heure, le chef a brossé une lecture apocalyptique des derniers instants du Christ en croix, réussissant néanmoins à rendre plus violent encore les contrastes entre chaque morceau allant croissant jusqu’à l’apogée, l’hallucinant Tremblement de terre qui termine l’œuvre, où trompettes et timbales font leur première et unique apparition. L’orchestre normand s’est montré pleinement à l’aise dans cette œuvre d’autant plus exigeante que l’élan impulsé par le chef aurait pu l’asphyxier, confirmant ainsi les progrès accomplis en trois ans (l’interlude pour instruments à vent était remarquable d’intonation et de timbres). Et même s’il reste encore quelques points perfectibles côté cohésion, Laurence Equilbey a magistralement réussi l’équilibre orchestre/voix, avec, pour ces dernières, la mezzo-soprano allemande Ruth Sandhoff et le ténor américain Robert Getchell, et, surtout, le Chœur de Chambre Accentus, qui possède l’exacte couleur pour ce répertoire dans lequel sa directrice fondatrice Laurence Equilbey excelle.

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