bandeau Res Musica

En hommage à Belaieff

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Mieczyslaw Weinberg : Three Palms ; Ivan Tcherepnin : There Was No Wind ; Vladislav Shoot : Four Songs ; Alexander Wustin : Little Requiem ; Alexander Raskatov : Prayer (Kaddish). Elena Vassilieva : soprano ; Quatuor Sine Nomine (Patrick Genet : violon ; François Gottraux : violon ; Hans Egidi : alto ; Marc Jaerman : violoncelle). 1 CD Claves Records LC3369. Durée 78’21, DDD, 2003. Notice en Anglais, allemand et français.

 

En hommage à BelaieffÀ l’occasion du centième anniversaire de la mort de Mitrofan Petrovitch Belaieff, musicien, mécène et éditeur russe, le label suisse Claves Records vient de publier un CD regroupant des pièces de compositeurs contemporains russes, dont le point commun est d’être publiées aux éditions qui portent son nom. Belaieff a vu le jour en 1836 dans une riche famille de l’industrie du bois. Il a appris le piano, le violon et l’alto (son instrument de prédilection) et s’est produit en amateur au sein d’un orchestre de Saint-Pétersbourg. Par le biais du directeur de cette formation, Anatole Liadov, il est entré en contact avec le Groupe des Cinq et a ainsi découvert la musique russe d’alors (lui qui ne jurait que par l’école allemande !). Mécène, il a convié de nombreux artistes à des concerts qui sont passés à l’histoire sous le nom de « soirées du vendredi » ; et a fondé à Leipzig, le 4 juillet 1885, une maison d’édition dont le but est de promouvoir ces jeunes artistes. Rapidement, cette maison d’édition acquiert une réputation internationale qu’elle garde encore de nos jours.

Cet enregistrement est né de la volonté du compositeur , légataire universel de Mieczyslaw Weinberg et de la cantatrice . Raskatov possède une partition pour soprano et quatuor à corde inédite, Three palms (« Trois palmiers »). Comme cette œuvre — dont l’enregistrement constitue par conséquent une première mondiale — n’est pas assez longue pour constituer un disque, les deux artistes ont recherché dans le catalogue Belaieff quatre pièces pour la même formation. a obtenu un premier prix en chant, art lyrique et musique de chambre au Conservatoire National supérieur de Musique de Paris. Elle possède également un palmarès impressionnant et s’est produite sur de nombreuses scènes internationales.

Mieczyslaw Weinberg naît en 1919 à Varsovie : il apprend tout d’abord le piano. En 1939, il entre en classe de composition au conservatoire de Minsk, puis se perfectionne à Moscou sous la direction de Chostakovitch. Souvent classé parmi les néoclassiques (avec toutefois des passages aux sonorités nettement contemporaines), Weinberg tire son inspiration tant du folklore russe que des émotions humaines. Il a composé sept opéras, vingt-deux symphonies… et soixante musiques de film avant de disparaître en 1996. Les Trois Palmiers débutent par une longue introduction, d’abord au violoncelle, puis avec les autres instruments du quatuor, qui font entendre une mélopée plaintive. La soprano interprète des poèmes de Mikhaïl Jure’evitch (1814-1841), chantés en russe. Cette partition demande une très grande virtuosité de la part des interprètes. On y relève, entre autres intérêts, de nombreux changements de climat : on se réjouit que cet étonnant chef d’oeuvre ne soit pas restée inconnu !

Le panorama se poursuit avec Threre Was no Wind d’Ivan Tchérepine, né à Paris en 1943, d’une mère chinoise et d’un père russe. Elève de Pierre Boulez et de Karlheinz Stockhausen, il a dirigé durant vingt-cinq ans l’Electronic Music Studio, avant de mourir en 1998. L’œuvre nous est ici présentée dans sa version française (il en existe également une russe). Savant mélange de styles, There Was no Wind ne renie pas ses racines profondément ancrées dans le folklore. Mais lequel ? On reconnaît en effet des sonorités nettement asiatiques, tandis que d’autre, au contraire, rappellent celles de l’Europe centrale. Au cours de cette page, les quatre instruments et la voix forment une totalité évoquant toutes les nuances du vent, de la violente tempête au plus léger zéphyr final — qui va en s’éteignant.

Les « Quatre chants » (Four Songs) de Vladislav Shoot (né en 1941) constituent un net changement de style. La musique proposée ici s’appuie sur des textes de Percy Bysshe Shelley (poète anglais, 1792-1822). Tout au long ce ces quatre chants, on assiste à un dialogue à deux niveaux : tout d’abord entre la cantatrice et les instrumentistes, mais également entre les différents instruments, qui s’éloignent alors de la partie vocale. Les quatre mélodies constituent des entités indépendantes, mais ont comme point commun une ligne générale emprunte de profonde mélancolie.

Nouveau changement de décor, avec le Petit Requiem. Il a été composé en 1994 par Alexandre Wustin qui, tout comme les deux précédents, est un enfant de la guerre — puisque né en 1943 à Moscou. Ce Requiem apporte une surprenante dimension : les instrumentistes doivent faire vibrer non seulement les cordes de leurs instruments mais également… leurs cordes vocales, formant ainsi un ensemble pour quatuor à cordes et cinq voix. L’ensemble est d’une grande richesse, le compositeur utilisant à fond toutes les ressources des instruments comme des voix. Les sonorités varient également, certains passages ayant des allures « anciennes » ; d’autres, au contraire, très contemporaines. Les nuances dynamiques sont de même très importantes, allant du pianissimo presque inaudible, à des fortissimi éclatants : le tout formant un ensemble des plus fastueux.

Le soin de conclure est laissé à la Prière d’, né lui aussi à Moscou, en 1953. Dans cette œuvre, la voix est prépondérante, les instruments — formant toile de fond — ne font que la soutenir. Ils sont d’ailleurs totalement absents au début, la cantatrice se produisant a capella. Il est difficile (sinon impossible !) de classifier cette Prière, tant elle semble hors du temps, présentant par moments des archaïsmes, à d’autres ses sonorités plus proches de nos oreilles modernes.

Grâce à ce CD, Claves nous permet de découvrir plusieurs facettes de la musique contemporaine russe… à l’heure où les pays de l’ex-URSS s’ouvrent sur le monde extérieur. Il y règne une grande diversité, que ce soit par le mélange des compositeurs (couvrant les trois derniers quarts du XXe siècle) qui ont chacun leur style propre ; que par les langues employées : russe, français, anglais, latin et hébreu. Difficile donc de s’ennuyer, d’autant plus que les prises de son s’avèrent soignées. Il en est de même de la présentation des auteurs, morceaux et artistes du livret d’accompagnement ; lequel prodigue de surcroît un portrait du mécène et éditeur Belaieff.

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.