philharmonie de paris 0718

Sonates de Bartók par Christian Tetzlaff et Leif Ove Andsnes

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Béla Bartók. Sonate pour violon et piano n°1; Sonate pour violon et piano n°2; Sonate pour violon seul. Christian Tetzlaff, violon. Leif Ove Andsnes, piano. 1 CD VIRGIN CLASSICS 5 45668 2. Durée : 78’43. © 2004. Textes en français, anglais et allemand.

 

Béla Bartók : Sonates pour violon et piano. Sonate pour violon seulLe violoniste allemand se fait avantageusement remarquer par ses enregistrements de grande qualité. Après des sonates et partitas de Bach acclamées par la critique, des intégrales enthousiasmantes des concertos de Haydn, de Mozart ainsi que des œuvres pour violon et orchestre de Sibelius, ou encore des gravures comportant les concertos de Dvorák, de Weill ou de la Symphonie espagnole de Lalo, le voilà qui renoue avec un répertoire qu’il avait déjà, en partie du moins, abordé au disque au milieu des années quatre-vingt-dix. Sous la direction de Michael Gielen, Tetzlaff avait gravé à cette époque le Deuxième concerto pour violon de Bartók. Au cours de cette même décade, l’archet éclectique de l’Allemand signe encore un enregistrement d’une œuvre rare, le Concerto de Janácek sous-titré « Le Pèlerinage d’une âme » (composé à partir de 1914 et créé à Brno en 1922).

Bartók et sa musique de chambre donc pour et , deux musiciens qui conjuguent avantageusement leurs expériences respectives pour aborder cet univers très hongrois. De forme rhapsodique, la première sonate synthétise les différents composants constitutifs du langage du Bartók quadragénaire. Influencé par l’atonalité de Schœnberg, le langage qualifié d’impressionniste légué par Debussy et les mélodies pentatoniques et autres formules rythmiques typiquement magyares, le compositeur écrit en 1921 sa première des deux sonates pour violon et piano. Hétéroclite, la pièce en trois mouvements exige de la part des interprètes une profonde assimilation du discours musical de Bartók ainsi qu’une sensibilité aiguisée de son environnement innervé par le folklore. Tous les pré-requis semblent rassemblés chez Andsnes et Tetzlaff pour servir avantageusement cette première œuvre. Le pianiste ondoie savoureusement au cœur des mesures qui ne sont pas sans rappeler les Préludes de « Monsieur Croche anti-dilettante ». Il nuance en outre son jeu et l’acère sans complexe lorsque la partition l’appelle.

Le violon de Tetzlaff vient se greffer, tantôt âpre, tantôt élégiaque et lyrique sur le jeu de ce pianiste très aguerri. Le sens de la ligne mélodique est particulièrement digne d’éloges dans le second mouvement lorsque, à découvert, le violon emmène l’auditeur vers un univers d’une infinie poésie. Le violoniste joue de plusieurs registres sonores pour cette sonate, ne craignant pas d’assombrir la couleur pour nimber son chant violonistique de couleurs d’alto. Volontiers rugueux et savamment rustique dans le Rondo final, l’archet épouse les visées de folklore factice que le génial Hongrois glisse aux entournures de son œuvre échevelée. Il se délie pour atteindre les paroxysmes les plus fiévreux ou les plus rêveurs qui jalonnent la sonate et chante avec épanouissement les mélodies sublimes d’inspiration. Il use sans abuser du vibrato et donne aux mélopées imaginées par Bartók des contours d’une très belle sensualité. La clarté de la prise de son rajoute encore à la réussite de cette première des trois pièces gravées.

La Deuxième sonate puise plus ostensiblement encore aux sources de la musique populaire hongroise et roumaine et sa sève nourricière n’est pas sans rappeler celle de la 3e Sonate pour piano et violon d’Enesco. Passablement malaxé et métamorphosé par l’écriture complexe de Bartók, le matériau de cette deuxième sonate trouve également chez les deux interprètes des serviteurs qui lui sont dignes. L’audition du disque confirme le magnifique talent des deux interprètes.

Pour compléter cette parution magnifique, le disque offre la possibilité de redécouvrir une nouvelle fois la Sonate pour violon seul écrite en exil par son auteur en 1944, à la demande de Yehudi Menuhin. Christian Tetzlaff l’avait déjà gravée il y a quelques années. Il se frotte une nouvelle fois à cette œuvre testamentaire et en souligne l’architecture exigeante des deux premiers mouvements dont les titres même évoquent Bach et la déférence envers le grand maître de Leipzig. Dans le final plus exubérant, il confirme les qualités réjouissantes dont il fait montre dans les sonates avec piano. Tetzlaff se prélasse sans s’alanguir dans le séduisant troisième mouvement de cette sonate (« Melodia ») et conduit avec détermination et un sens de la ligne inouï le chant quasi-hypnotique, nocturnal et crépusculaire d’un compositeur exilé et alors aussi seul que l’instrument auquel il dédie cette magnifique révérence au passé musical… Un disque à ne pas manquer !

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