philharmonie de paris 0718

Simon Trpčeski au Louvre : Attention Jeune Talent !

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Auditorium du musée du Louvre. Le 30-IX-2004. Frédéric Chopin (1810-1849) : Scherzi n°3 op. 39 et n°4 op. 54 ; Ferruccio Busoni (1866-1924) : Fantaisie d’après Carmen de Georges Bizet ; Zhivoin Glishic (né en 1954) : Praeludium ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Sonate n°2 op. 36. Simon Trpceski, piano.

© Lucy Fitter

C’est dans le cadre des jeudis musicaux du Louvre que le jeune pianiste macédonien donnait son premier récital parisien. Devant la recrudescence étonnante de jeunes virtuoses conditionnés comme des « bêtes de scène » ces dernières années, curiosité et scepticisme animaient sans doute le public venu nombreux écouter ce jeune interprète. Scepticisme conforté par la nationalité du pianiste – les macédoniens ne sont pas légions dans le monde musical – ainsi que par l’audace du programme, qui présentait essentiellement des œuvres très visitées et qui constitue de véritables « chevaux de batailles » pour les « virtuoses » mentionnés plus haut.

Composées entre 1835 et 1843, les scherzi de Chopin occupent une place prépondérante dans l’œuvre du compositeur polonais. Les deux derniers – opus 39 et 54 – qui inauguraient le programme ont laissé transparaître des qualités qui ont su maintenir la concentration du public agréablement surpris. Un sentiment de pudeur, une noblesse du jeu, alliés à un sens du rythme et une fougue féline, venaient habiter ces deux pièces. Simon Trpcesky a dévoilé une science de coloriste et une maîtrise de la polyphonie – ses accords sonnaient parfaitement – qui ont également magnifié le reste de la prestation. Le pianiste a fait montre d’une singularité étonnante dans le quatrième scherzo, où en jouant volontairement des fins de phrases sèches et accusant des rythmes rebondissants, celui-ci est revenu à l’étymologie du terme scherzo – scherzare = badiner – et a dévoilé un côté joueur, enfantin qui paradoxalement venait rendre peut-être plus grande la part nostalgique et parfois dramatique de cette pièce.

La sixième sonatine d’après Bizet de Busoni mettait quant à elle l’accent sur une virtuosité plus démonstrative, où l’admirable poignet du pianiste était mis à l’épreuve. Une même virtuosité et richesse des timbres habitait le praeludium (2003) de Glishic, production contemporaine écrite pour le pianiste lui-même. Première parisienne de l’œuvre où inspiration folklorique et populaire venait rythmer une musique tantôt percussive tantôt lyrique – on pense à Bartok.

Pour conclure ce premier récital, la deuxième sonateopus 36 – de Rachmaninov constituait un choix un brin impertinent tant l’œuvre requiert des dons de technicien et de musicien. Maîtrisant la partition et modérant ses ardeurs, Simon Trpceski a livré une version policée et chaleureuse, concise et fougueuse, qui, malgré le feu endiablé de son jeu – final haletant -, n’est pas tombé dans certaines facilités que n’auraient pas reniées certains de ses collègues. Un public possédé jusqu’au dernier accord et conquis par une jeunesse prometteuse sensible et intelligente.

A suivre donc !

Crédit photographique : © Lucy Fitter

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