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« Une joie sans Meslanges »

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Marcq en Barœul. Hôtel de Ville. 14-I-2005. Jacques Boyvin (ca1655-1706) : Kyrie à quatres voix et basse continue. Henri Du Mont (1610-1684) : Motets « Tristitia Vestra », « Vulnerasti cor meum » et « Panis angelicus voce sola » ; Allemanda pour clavecin, théorbe et basse de viole. Jean-François Lalouette (1651-1728) Motet pour le Saint Sacrement. Louis Couperin (ca1626-1661) Fantaisie pour basse de viole ; Deux préludes pour clavecin. Antoine (1587-1643) ou Jean-Baptiste (1614-1685) Bœsset : Motet « Domine Salvum fac regem ». Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : « Salve Regina » H. 18 ; Le reniement de Saint-Pierre H. 424. Sophie Landy, haut-dessus, Anne Marie Jacquin, dessus ; Vincent Lièvre-Picard, haute-contre ; Thomas Van Essen, taille ; Emmanuel Vistorky, basse ; Florence Bolton, basse de viole ; Manuel Degrange, théorbe ; Elisabeth Joyé, clavecin et orgue. Ensemble Les Meslanges, direction : Thomas Van Essen.

saint_pierre_rembrandt-300x270Festival « Liaisons musicales »

Le festival « Liaisons musicales » de Marcq en Barœul a proposé pour sa 6e édition un programme de dix concerts faisant la part belle au répertoire baroque et accueillant outre des têtes d’affiche comme Philippe Jaroussky, Salomé Haller ou Hervé Niquet, des ensembles de constitution assez récente tels que Les Meslanges, que nous avons entendu ce soir.

Le programme mis au point par et son groupe proposait un voyage à travers la musique religieuse française du Grand Siècle, illustrée en première partie par une série de petits motets pour voix et basse continue, et dans la seconde partie par la pièce de résistance de ce concert, le Reniement de Saint Pierre, du compositeur dont on a fêté le trois centième anniversaire de la mort durant toute l’année 2004, Marc-Antoine Charpentier. Les pièces présentées en première partie présentent des caractéristiques assez semblables, économie de moyens, ferveur, harmonies audacieuses, virtuosité et prépondérance des voix par rapport à un continuo discret. De cet ensemble se détache le virtuose duo soprano/mezzo « Vulnerasti cor meum » de Du Mont, ainsi que l’intense « Salve Regina » de Charpentier. Dans la deuxième partie, le discours se fait plus théâtral, l’œuvre, une Passion en miniature a été inspirée à Charpentier par l’audition d’œuvres de Carissimi, le « père » de l’oratorio lors de son séjour romain des années 1660. Dans cette histoire sacrée, dévotion et théâtralité se conjuguent pour donner un œuvre profondément émouvante, au climat passionné et dont l’influence italienne est évidente à l’écoute.

Tout au long de ce concert, on se rend compte à quel point de véritables spécialistes, accordant toute leur importance à la prosodie, à l’accent de l’époque de la création, à la prononciation du latin à la française, donnent à ce répertoire une séduction et un attrait indéniables. Parmi les chanteurs, ce sont les deux dames qui recueilleront les plus beaux éloges, surtout dans la première partie, dans laquelle elles ont été fort sollicitées. Sophie Landy, haut-dessus, nous enchante par son médium éclatant, et coloré, et par la souplesse de sa vocalisation, ce qui compense largement un aigu un peu voilé. Anne Marie Jacquin se distingue quant à elle par un timbre riche et chaud, et par une interprétation vibrante et passionnée. Les quelques duos réunissant ces deux chanteuses sont donc des moments d’une grande grâce. On pourrait trouver le ton des messieurs un rien affecté, mais comme le rappelle au public lors de sa très intéressante présentation des œuvres jouées, au XVIIe siècle, les auditeurs pleuraient sincèrement et à chaudes larmes lorsqu’ils entendaient le Reniement de Saint Pierre. Ces explications rendent finalement cette interprétation très juste historiquement et très compréhensible pour le public actuel. Les chanteurs, Vincent Lièvre-Picart, haute-contre virtuose, à la prononciation très intelligible, Thomas Van Essen ténor au timbre très pur, et à la voix bien projetée, et , basse magnifiquement cuivrée, au ton mordant et incisif, ont admirablement défendu ce monument de la musique baroque française. En conclusion, un magnifique concert, qui a semblé un peu trop court, comme souvent les bons moments.

Concert de clôture du Festival « Liaisons Musicales », le 30 janvier à 17h avec l’Ensemble baroque de Limoges dirigé par Christophe Coin.

Illustration : Rembrandt Le reniement de Saint Pierre (c) Rijksmuseum. Amsterdam.

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