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Didier Bouture, Chef du Choeur de l’Orchestre de Paris

Artistes, Chefs de choeur, Entretiens

Le chœur de l’Orchestre de Paris est en pleine campagne de recrutement. L’occasion pour ResMusica d’aller en prendre la température lors d’une répétition de leur dernier programme (Brahms/Mendelssohn, lire la chronique de ce concert) avec un entretien d’un des chefs de chœur, Didier Bouture, et quelques « instantanés », quelques témoignages de ces choristes amateurs qui vivent au rythme des professionnels.

Formé auprès de Pierre Dervaux en direction d’orchestre et auprès d’Eric Ericson, Edward Higginbottom ou Stéphane Caillat pour la direction de chœurs, Didier Bouture, après plusieurs responsabilités au Centre d’Art Polyphonique d’Ile-de-France, aux Petits Chanteurs de Paris ou avec ses ensembles (ensemble orchestral Harmonia Nova, Chœur de chambre de Paris) est depuis 2003 chef de chœur du Chœur de l’Orchestre de Paris avec Geoffroy Jourdain. Entretien avec l’une des deux « têtes » d’un des rares grands chœurs symphoniques amateurs de haut niveau de France.

 

ResMusica : le Chœur de l’Orchestre de Paris a la particularité d’être dirigé par deux chefs. Comment s’organisent les répétitions avec cette direction bicéphale?
 : Ce fonctionnement original a été mis en place par Laurence Equilbey, conseiller aux activités vocales, lors de la succession d’Arthur Oldham à la tête du chœur. L’un n’est pas l’assistant de l’autre, Geoffroy Jourdain et moi-même sommes deux chefs à parts égales, les répétitions se font toujours à deux – sauf exceptions en raison des emplois du temps et des concerts de chacun d’entre nous avec nos ensembles respectifs. Nous nous répartissons le travail, selon les exigences des œuvres, les difficultés selon les pupitres et nos compétences. Nous sommes très complémentaires : Geoffroy Jourdain fait partie de cette génération de jeunes chefs de chœur qui a pu profiter de l’émergence du phénomène choral en France et des diverses structures d’enseignement spécifique créées depuis une quinzaine d’années ; il a part conséquent des connaissances et une expérience très pointue sur le travail choral. De mon coté j’ai une formation plus généraliste, surtout portée sur la direction d’orchestre, et donc le travail d’équilibre des masses entre voix et instruments. Cela implique une grande préparation et communication en aval des répétitions, ce qui est d’autant plus aisé que nous nous connaissons de longue date.

RM : Quelles sont les conditions d’entrée au Chœur de l’Orchestre de Paris? Sous quelle forme se fait la sélection?
DB : Une pré-sélection sur dossier d’inscription est faite. Le Chœur de l’Orchestre de Paris ne peut se permettre d’accepter des personnes qui n’ont jamais chanté. Puis nous faisons passer une audition, faite de deux morceaux différents laissés au libre choix du candidat. Le but de ce passage n’est pas de juger sur la perfection technique mais d’évaluer la voix, son timbre, sa tessiture, et le travail vocal qui s’en suit. Le répertoire du chœur est lourd, il faut pouvoir supporter cette charge de travail et être suffisamment souple pour s’adapter aux différents répertoires et styles abordés. Enfin se fait un test de déchiffrage pour juger de l’oreille et de la formation musicale du candidat.

RM : Le Chœur propose également une formation vocale et solfégique. En quoi consiste-telle?
DB : Nous n’oublions pas que nous nous adressons à des amateurs passionnés. Certains ont des capacités de déchiffrage ou une oreille intéressante, mais présentent quelques défauts vocaux. Nous leurs proposons des cours individuels de chant et de technique vocale avec nos trois professeurs Florence Guignolet, Miriam Ruggeri et Christophe Le Hazif, pris en charge à 50% par le Chœur. A l’inverse, d’autres ont de belles voix mais ne savent pas ou peu lire la musique. Rien n’avait été prévu pour eux à l’origine de la mise en place de ce nouveau système avec Laurence Equilbey. Nous nous sommes adaptés et avons proposé des séances collectives de déchiffrage par un de nos pianistes accompagnateurs, Geoffroy Jourdain ou moi-même. Ce ne sont pas des « cours » à proprement parler mais des « trucs et astuces », des réflexes de rythme et d’intonation à acquérir.

RM : Existe-t-il un « profil type » du choriste de l’Orchestre de Paris?
DB : Non, évidemment. Une grande partie sont des amateurs passionnés et très expérimentés qui trouvent ici une consécration de leurs activités musicales. D’autres sont de « faux » amateurs, essentiellement des enseignants de musique (Conservatoires ou Education Nationale) qui possèdent un excellent bagage solfégique et de bonnes bases de technique vocale. Un public que nous trouvons forcément très intéressant. D’une manière générale les enseignants – toutes institutions et matières confondues – forment ¼ des effectifs. Quelques membres du Chœur sont aussi des intermittents du spectacle dans des domaines autres que la musique classique (variété, théâtre, cirque, …) qui trouvent ici un complément à leurs activités professionnelles. Toutes les tranches d’ages sont représentées, avec une majorité de 35/45 ans, néanmoins le Chœur intéresse de plus en plus d’étudiants et de personnes en début d’activité professionnelle. Le seul réel souci de recrutement est la répartition entre les pupitres. Nous avons plus de difficultés pour recruter des voix d’hommes, essentiellement des ténors, mais cela est général à tous les chœurs.

RM : Cette année le Chœur de l’Orchestre de Paris a lancé une vaste campagne de recrutement, plus importante que celles des années précédentes. Pour quelles raisons?
DB : Pour la saison 2006/2007 nous réintègrerons la Salle Pleyel, « notre » salle, qui possède une scène, un volume et une jauge plus importante que Mogador. Par conséquent nous nous remettrons au grand répertoire symphonique avec chœur (tel le Requiem de Verdi par exemple, ou certaines symphonies de Mahler) puisque nous aurons la place de nous loger sur le plateau. Cela nécessitera un effectif choral plus important, élargi à 150 personnes. Nous organisons le recrutement en conséquence sur 2 années de façon à équilibrer les pupitres sans agir dans la précipitation.

RM : Quelle est la place du répertoire contemporain au sein du Chœur?
DB : C’est un répertoire qu’il nous est difficile d’aborder, soit en raison d’un langage trop étranger à la culture musicale de nos chanteurs, soit à cause d’un niveau technique trop élevé exigé par certaines de ces œuvres. Nous souhaitons que cela puisse évoluer dans le temps en multipliant les pièces de la première moitié du XXe siècle (Szymanowski, Janacek, …) pour habituer les chanteurs à d’autres styles et langages musicaux. Dès notre première année, à l’occasion des célébrations autour du bicentenaire Berlioz nous avons programmé une adaptation à 16 voix réelles a cappella de Sur les lagunes (extrait des Nuits d’été) faite par Clytus Gottwald, sur une commande de l’Orchestre de Paris.

RM : Avez-vous l’intention de rester sur la forme d’un grand chœur d’oratorio, avec le répertoire inhérent, ou envisagez-vous de faire des ensembles à géométries variables?
DB : Non, le Chœur de l’Orchestre de Paris doit rester une « grande masse » dévolue au répertoire symphonique. Néanmoins nous tenons chaque année à faire un concert entièrement a cappella ou avec quelques instruments. Cela a été une des conditions de fonctionnement posées par Laurence Equilbey, ce travail a cappella est très pédagogique puisque le Chœur s’y retrouve « mis à nu » et doit de par lui-même trouver ses repères d’homogénéité, de justesse, de sonorité, … De plus le programme choisi a souvent été prévu pour de grands ensembles amateurs à l’origine, et n’est défendu à l’heure actuelle que par des ensembles vocaux ou chœurs de chambre professionnels, du moins en France. Enfin cela permet à Geoffroy Jourdain et moi-même de diriger le Chœur en situation de concert.

RM : Merci , et longue vie au Chœur de l’Orchestre de Paris.

Témoignages de choristes

Dominique Cabanis, mezzo-soprano, membre du chœur depuis 1976
Mon mari et moi sommes faisons partie de la petite dizaine de choristes présents depuis les débuts. Le chef qui m’a le plus marqué? Carlo Maria Giulini sans doutes. C’est celui qu’on a aimé « universellement » par sa musicalité bien sûr mais aussi par sa tendresse. Daniel Barenboïm nous a beaucoup marqué aussi par le travail qu’il a su exiger de nous. Sans parler de Claudio Abbado, Georg Solti, James Conlon ou Zubin Mehta.

Joël Auger, basse, membre du chœur depuis 1976
Je suis un des dix « survivants ». J’ai des souvenirs merveilleux de tous les concerts, mais les plus grands moments ont été avec Daniel Barenboïm. Nous avions alors beaucoup d’activités, de tournées, … C’était parfois difficile à concilier avec sa vie de famille ou sa vie professionnelle, il fallait savoir programmer ses vacances en fonction, négocier, … Maintenant au sein du chœur nous vivons toujours de grands moments, mais de manière plus ponctuelle.

Chantal Rengot, alto, membre du chœur depuis 1985
Ce qui est formidable c’est qu’en vingt ans de pratique chorale ici j’arrive à faire toujours des découvertes musicales, malgré l’étendue du répertoire abordé depuis. En plus des grands classiques et des répertoires classique et romantique nous avons pu aborder des œuvres du XXe siècle qui ne peuvent pas être faites par n’importe quel chœur (Noces et le Rossignol de Stravinsky, War Requiem de Britten, …). Les grands moments ont été aussi nos performances scéniques avec des metteurs en scène tels Daniel Mesguisch ou Jean-Pierre Ponnelle, mais l’événement le plus marquant est sans nuls doutes une Damnation de Faust dirigée par Barenboïm à Berlin, avec le célèbre Philharmonique, en 1989 peu avant la chute du Mur.

Jean-François Cerezo, baryton, membre du chœur de 1985 à 1991, puis depuis 2002.
Etre au Chœur de l’Orchestre de Paris c’est une volonté, un choix, une organisation. Il faut savoir organiser ses horaires, c’est une discipline. Tous les concerts sont de grands moments, dernièrement les plus marquants ont été la Messe Glagolitique de Janacek dans sa version originale dirigée par Pierre Boulez. Roméo et Juliette de Berlioz a été aussi un grand concert, sous la direction du jeune chef autrichien Oswald Sallaberger. Quant à la IXe de Beethoven, nous l’avons faite plus d’une fois, mais jamais aussi bien qu’avec Christoph Eschenbach.

Geneviève Bouillon, alto, membre du chœur depuis 2003
Ce n’est pas évident d’entrer dans le rythme du Chœur au début. Il y a au moins un concert par mois, avec des programmes lourds et exigeants. Cela m’a imposé un cadre de travail dans lequel j’ai eu du mal à entrer mais qui m’a créé maintenant une stimulation pour aller plus loin.

Anne-Sylvie Selezneff, alto, membre du chœur depuis 2004
Avant d’entrer au Chœur de l’Orchestre de Paris j’étais dans un autre ensemble plus amateur, ou nous ne faisions quasiment que des répétitions de pupitres, ce qui à la longue est peu stimulant. Je cherchais un chœur d’un niveau plus élevé, plus exigeant, avec plus de concerts. Cela crée un rythme dynamique et m’a fait progresser musicalement et vocalement.

Marc Laugenie, ténor, membre du chœur depuis 2004
Ma motivation de rejoindre le Chœur de l’Orchestre de Paris? Le plaisir de chanter avec de grands chefs et la recherche de nouveaux répertoires, après plusieurs années intensives en chœur de chambre. Faire des œuvres avec orchestre, et quel orchestre! est gratifiant. Mais dans un si grand ensemble on ne retrouve pas toujours les mêmes satisfactions d’écoute, il manque encore à ce chœur la « culture de l’a capella ».

Aurélia Marchais, mezzo-soprano, membre du chœur depuis 2004
C’est à mon avis le chœur amateur le plus intéressant sur Paris en raison de son niveau et des répertoires abordés. En plus cette année c’est essentiellement du romantisme allemand, tout ce qu’il fallait pour séduire la germaniste que je suis. Nos deux chefs sont excellents, j’apprécie leur manière d’aborder la musique, cela nous fait d’autant plus apprécier l’investissement important qui nous est demandé.
Dans la perspective de son installation en résidence à la salle Pleyel à partir de septembre 2006, l’Orchestre de Paris souhaite augmenter les effectifs de son Chœur de 120 à 150 chanteurs afin de pouvoir aborder de grandes œuvres du répertoire vocal. Une vaste campagne a été lancée afin de recruter des chanteurs amateurs de niveau confirmé au sein de tous les pupitres avec un effort particulier pour les pupitres d’hommes et d’alto.

Les dossiers d’inscription pour les auditions sont à demander au 01 56 35 12 15 ou par e-mail

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