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Albert William Ketèlbey (1875-1959)

Artistes, Compositeurs, Portraits

Crédit photographique : © DR

 

Il est des artistes en marge des normes, des œuvres génératrices de critiques, parfois acerbes, parfois dithyrambiques selon les époques et les lieux d’où proviennent les jugements émis. Albert (William) Ketèlbey répond parfaitement à cette définition.

Qu’on en juge! Né à Birmingham le 9 août 1875, Ketèlbey, de lointaine ascendance danoise, affiche des dispositions musicales précoces et exceptionnelles comme instrumentiste et compositeur. Pianiste surdoué, il compose une sonate dès l’âge de onze ans. Il la joue au Town Hall en présence d’un Edward Elgar appréciateur. Puis il remporte deux ans plus tard (treize ans) une bourse de composition Reine Victoria pour travailler à Trinity College (Londres). Dès l’âge de seize ans, il occupe un poste d’organiste à l’église Saint John, à Wimbledon. A vingt ans commencent des tournées. Il est chef d’orchestre d’une compagnie de comédie musicale. Pendant deux ans il occupe le poste de directeur du Vaudeville Theater. Plus étonnant encore, s’il se produit comme pianiste (notamment au Queen’s Hall) on peut aussi apprécier ses qualités d’organiste, violoncelliste, clarinettiste, hautboïste, corniste… Il s’impose parallèlement comme chef d’orchestre dirigeant principalement ses propres œuvres. De nombreuses tournées au Royaume Uni et en Europe ponctuent ses multiples activités. Ainsi acquiert-t-il rapidement une solide renommée. On peut l’applaudir par exemple au célèbre Concertgebouw d’Amsterdam. Ses qualités reconnues lui permettent d’obtenir un certain nombre de distinctions honorifiques et de postes fort lucratifs. Citons entre autres la direction de la Columbia Gramophone et la rédaction musicale chez Chappell’s Music Publishing Co. Couvert de gloire et devenu riche il se retire précocement sur l’Île de Wright. Il y décède (à Cowes) le 26 novembre 1959 (à l’âge de quatre-vingt-quatre ans) après avoir joui d’un succès populaire exceptionnel, lequel toutefois ne lui assurera pas la gloire posthume dont il aurait pu rêver. Au moins mériterait-il une entrée dans tous les dictionnaires et toutes les histoires de la musique anglaise.

Mais quel type de compositeur fut-il? Si l’on met de côté ses nombreuses compositions pour le piano (parfois publiées sous des pseudonymes tel que Anton Vodorinski), un quintette à vent et piano, un quatuor à cordes, un Caprice pour piano et orchestre, un opéra comique (The Wonder Worker, 1900), des chansons… la partie émergente et significative de son catalogue repose sur sa musique pour orchestre. Il s’agit d’une brillante et exotique musique dite légère, où le raffinement le dispute au pouvoir suggestif de pièces d’atmosphère, où, sans complexe, il se livre à des épanchements impressionnistes et descriptifs, un rien sirupeux. Une vision occidentale fascinée par un Orient stylisé et caricaturé par le regard d’un Britannique héritier direct de certaines pages écrites à la gloire de l’Angleterre victorienne d’un Edward Elgar (1857-1934), principalement dans ses fameuses marches Pump and Circumstances (1901-1930). Ses créations se situent également dans la lignée lointaine d’un Rimski-Korsakov (1844-1908), celui de Shéhérazade notamment (1888). Ketèlbey composa surtout entre 1912 et 1931. Son premier succès populaire Phantom Melody (1912) inaugure une série d’airs connus dans le monde entier, joués d’innombrables fois et souvent fredonnés, fréquemment sans connaître ni même évoquer le nom de leur auteur. Suivront d’incontestables hits comme Dans le jardin d’un monastère (Characteristic Intermezzo, 1915), In the Moonlight (Au Clair de la lune, Pœtic Intermezzo, 1919), Souvenir de tendresse (en français, Légende, 1919). Puis encore son célèbre et féerique Sur un marché persan (Intermezzo Scene, 1920), Gallantry (Intermezzo-Romance, 1921), Dans le Jardin d’un temple chinois (Oriental Fantasy, 1923), Le Sanctuaire du cœur (Méditation religieuse, 1924), L’Egypte mystique (1931)…

Toutes ces pièces emplies de charme et d’images idéalisées, malgré une certaine désuétude, conservent un pouvoir évocateur attachant et un rien nostalgique. Si on leur rendait la place légitime qui leur revient de droit, sans exiger plus, écouter la musique de Ketèlbey redeviendrait un plaisir, simplement charmant et non dissimulé.

Conseils discographiques (œuvres pour orchestre) :

  • Philharmonia Orchestra, direction John Lanchbery. EMI Classics (1977).
  • London Promenade Orchestra, direction Alexander Faris. Philips (1981).
  • New Symphony Orchestra, direction Robert Sharples et Stanford Robinson. Decca (1969).

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