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Le Quatuor Joachim, découvreur de chefs-d’œuvre

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

César Franck (1822-1890) : Quatuor à cordes en ré majeur. Gustave Samazeuilh (1877-1967) : Quatuor à cordes en ré mineur. Quatuor Joachim : Zbigniew Kornowicz, 1er violon ; Joanna Rezler, 2e violon ; Marie-Claire Méreaux, alto ; Laurent Rannou, violoncelle. 1 CD Calliope CAL 9889. DDD. Enregistré en la Chapelle de la Sainte Famille d’Amiens, en avril 2004. Notices bilingues (français-anglais) excellentes. Durée : 75’30’’

 

D’abord, un petit grief envers Calliope, mais qui se doit d’être signalé : vu l’importance de la découverte du Quatuor à cordes de Samazeuilh, ou plutôt sa première mondiale au disque, il est incompréhensible que la photo de présentation du CD ne mentionne que le nom de Franck et son Quatuor, comme s’il n’y avait que le sien sur le disque ! C’est d’autant plus regrettable que les deux œuvres proposées par le remarquable forment un ensemble idéalement cohérent, non seulement par le style et la structure cyclique commune, mais également par les tonalités des deux œuvres : le Franck est en ré majeur ; le Samazeuilh en ré mineur, mais s’achevant en ré majeur. Ainsi, quel que soit l’ordre dans lequel on écoute ces deux Quatuors, la tonalité finale de l’un s’enchaîne parfaitement à la tonalité initiale de l’autre.

Ceci précisé, le moins que l’on puisse dire, c’est que le ne fait pas dans le rabâché ! Déjà chez Calliope on lui devait de magnifiques versions des trois Quatuors et du Sextuor de Vincent d’Indy (CAL 9891. 2), et voici maintenant ces Quatuors de Franck et de Samazeuilh. Si l’œuvre de reste encore – à tort ! – bien mal connue, on ne peut dire que le Quatuor à cordes en ré majeur (1889) de le soit tellement mieux, ceci probablement dû à ses difficultés d’exécution et d’intonation, mais surtout à ses vastes proportions (environ trois quarts d’heure) qui réclament concentration et endurance de la part de ses exécutants. Le cas de ce Quatuor est d’ailleurs singulier : créé à la Société Nationale de Musique en 1890, il obtint un succès tel que n’en avait jamais obtenu d’aussi spontané et chaleureux, ce qui dut réconforter notre Pater Seraphicus ; certaines compositions aujourd’hui bien plus célèbres, telles que les Variations symphoniques ou la Sonate pour piano et violon furent loin de recevoir, lors de leur première exécution, une telle approbation. Des intimes de Franck ont confié que « pendant toute l’année 1888 on put voir sur son piano les Quatuors de Beethoven, de Schubert et de Brahms ». Le compositeur resta en effet toujours fidèle au Romantisme et à l’Allemagne, ou plutôt l’Autriche dont sa famille était originaire. Mais c’est surtout l’ombre beethovénienne qui est omniprésente, et le principe cyclique novateur qui transparaît de manière éclatante dans son Quatuor à cordes, et qu’il appliqua également à son Quintette avec piano en fa mineur (1878-79) et sa Symphonie en ré mineur (1886-88), s’allie à merveille aux rappels thématiques, dans le Finale Allegro molto du Quatuor, des mouvements précédents, hommage non déguisé à la Symphonie n°9 du vieux maître de Bonn.

est une figure éminemment sympathique de la musique française, et son nom est déjà une musique en soi. Critique musical, notamment à La République Française, musicographe et traducteur (entre autre auteur d’une traduction en français du Tristan und Isolde de Wagner), il laisse un nombre relativement modeste d’œuvres de qualité, dont ce Quatuor à cordes en ré mineur (1898-1900), témoignage éloquent enfin disponible en CD. Aux côtés de la partition de grande envergure, à l’architecture beethovénienne qu’est le Quatuor à cordes de César Franck, celui de Samazeuilh peut paraître plus modeste, mais certainement pas de moindre qualité musicale. De structure très proche de celle du Quatuor de Franck, celui de Samazeuilh est entièrement basé sur un thème déclamé à l’unisson, qui introduit les mouvements extrêmes de l’œuvre, parfaite affirmation de la forme cyclique. Toutefois le premier mouvement Assez lent – Animé montre à quel point Samazeuilh, loin d’être imprégné comme Franck des influences romantiques germaniques, le sera de celles bien plus françaises de Debussy dont le modèle est évident : on retrouve chez Samazeuilh certaines tournures mélodiques et rythmiques du Quatuor à cordes de Debussy, associées à des développements par tons entiers. Cela n’empêche pas Samazeuilh de rendre hommage, tout comme Franck, au Beethoven de la Symphonie n°9, par le rappel de certains thèmes des mouvements précédents au tout début du Finale : Gaiement et pas trop vite. Ce Finale montre également à l’évidence les affinités de Samazeuilh avec le style de Vincent d’Indy dont le compositeur fut aussi l’élève.

Ces deux Quatuor à cordes sont admirablement interprétés par le Quatuor Joachim qui allie une sensibilité frémissante mais parfaitement contrôlée à un jeu pur à la technique irréprochable. Avec des musiciens de cette qualité, il devient absolument inexcusable que de telles pages ne soit pas mises à égalité vis-à-vis des Quatuors à cordes de Debussy et de Ravel, dont elles méritent la popularité. Enfin, vu l’extrême rareté des œuvres de Gustave Samazeuilh au disque, il convient de signaler la parution, chez Musique en Wallonie, d’un superbe coffret de quatre CDs (MEW 0528-0531) reprenant huit Sonates pour violon et piano dédiées à Eugène Ysaÿe, composées par Gustave Samazeuilh (la Sonate pour violon et piano en si mineur de 1902-03, en première mondiale en CD), Guy Ropartz, César Franck, Albéric Magnard, Louis Vierne, Sylvio Lazzari, Guillaume Lekeu et Joseph Jongen, et interprétées par Andrew Hardy au violon et Uriel Tsachor au piano.

Crédit photographique Gustave Samazeuilh : © Bibliothèque Nationale de France

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