Pettersson vaut bien un prime time

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Allan Pettersson (1911-1981) : Concerto pour violon n°2 (première publication de la version révisée). Isabelle van Keulen, violon. Orchestre Symphonique de la Radio suédoise. Thomas Dausgaard, direction. 1 CD CPO 777 199-2. Code barre : 7 61203 71992 1. Enregistré live au Berwald Hall de Stockholm les 26-27 mars 1999. Notice français-anglais-allemand. Durée : 55’21.

 

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Par un lugubre vendredi soir de janvier 1980, la télévision nationale suédoise relayait en direct la création du Concerto pour violon n°2 du compositeur national . Si l’œuvre et son auteur, fascinants, méritaient cette reconnaissance en prime time, on reste médusé par l’audace de la programmation. Visiblement les considérations culturelles l’emportaient à l’époque sur celles de l’audience et des revenus publicitaires.

La violoniste au tempérament de feu et dirigeant l’ assurèrent la création. L’enregistrement du concert, publié par le label Caprice, constituait jusqu’à cette année le seul enregistrement disponible de cette œuvre. Couronnement de son édition de l’œuvre de Pettersson, CPO publie une nouvelle version de cette pièce majeure avec en soliste et , enregistrée en 1999. On retrouve le même orchestre, ce dont on ne peut que se féliciter puisqu’il est le commanditaire du concerto et est celui qui a le plus joué Pettersson. A ce jour, et restent les deux seules artistes à s’être mesurées à cette œuvre passionnante et rude, qui exige un engagement physique qu’on aurait pu croire l’apanage de leurs confrères masculins. Messieurs les violonistes, manqueriez-vous de courage ?

Le concerto, achevé en 1978, appartient à une période plus difficile d’accès du compositeur, qui commence à la Symphonie n°10 (1972), où le combat, la lutte, la douleur, prennent le pas sur le lyrisme. De fait, le concerto est extrêmement exigeant techniquement, et dure près d’une heure, soit près du double de la durée habituelle dans ce répertoire. Mais à la différence des symphonies qui le précèdent ou le suivent, il est profondément marqué par un retour au lyrisme, avec des mélodies d’une pureté fraîche et claire comme un lac de Scandinavie. La première moitié de l’œuvre est celle du combat entre le soliste et l’orchestre, limpide représentation de l’individu face à la société. On entend ici ce que Pettersson, créateur atypique et isolé autant par son tempérament que par la polyarthrite rhumatoïde qui le paralysait, disait de lui-même : «Je ne suis pas un compositeur ; je suis une voix criant, une voix criant qui menace de se noyer dans le bruit du temps ». L’autre moitié de l’œuvre est un chant, avec une mélodie d’une grande pureté, et on trouve l’autre face de l’humanisme de Pettersson, protectrice et universaliste : « Lorsque je compose (…), là, entre les côtes, se trouve un lieu de rendez-vous (…) où je rencontre toute l’espèce humaine, où chacun toujours se trouve et où chacun est un ».

Quand Ida Haendel affronte le concerto en lutteuse, incarnant de manière idoine la rage du Pettersson révolté, avant de traiter la seconde partie avec un lyrisme réconciliateur avec le Créateur à la grande manière de Bach, Isabelle van Keulen adoucit le trait, veille à rendre la mélodie plus accessible, lisse les contrastes aussi bien au sein de chaque ligne musicale qu’entre les deux parties du concerto. Cette approche est parfaite pour une première approche de l’œuvre, et elle est d’autant plus justifiée que l’enregistrement utilise une version révisée par le compositeur, lequel avait cherché après la création à mieux équilibrer l’orchestre et le soliste afin d’en rendre l’écoute plus aisée.

Le Concerto n°2 de Pettersson est un chef-d’œuvre de prime abord intimidant pour l’auditeur comme pour les musiciens, mais qui saura se faire reconnaître et aimer pour la maîtrise et la passion qu’il déploie dans le dialogue entre le soliste et l’orchestre, et pour son sujet qui est emblématique du XXème siècle, celui d’« un être humain (…) qui cherche à échapper à la menace du monde extérieur et de la collectivité », selon les termes du compositeur. Ce magnifique enregistrement s’inscrit parmi les sommets de l’intégrale de l’œuvre de Pettersson par le label CPO.

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