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Grands Motets à la bourguignonne

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 26-XI-2007. Joseph Michel (1679-1736) : Dominus Regnavit ; Quid Retribuam tibi. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Quam Dilecta ; In Convertendo. Stéphanie Révidat, Hanna Bayodi-Hirt, dessus. Mathias Vidal, haute-contre. Marc Mauillon, taille. Stephan MacLeod, basse. Le Concert Spirituel. Hervé Niquet, direction.

Formation spécialisée dans les grands motets baroques depuis maintenant vingt ans, nous a offert de découvrir l’écriture d’un proche de (natif de Dijon), celle de Joseph Michel (né à Bay-sur-Aube, à 82 kilomètres de Dijon), que ses contemporains surnommaient le « Delalande dijonnais ». D’ailleurs, le public le plus studieux (le couple Shirley et Dino était au premier rang de la corbeille, avec une attitude plus académique qu’à la télé) aura pu lire la documentation de Jean-François Lattarico et apprendre que le Grand Motet est un genre très constitué, historiquement destiné à servir les fastes de la Cour et, depuis Louis XIV, doté des meilleurs musiciens pour cela. Ainsi, quand Rameau et Michel contribuent au genre très royal, ils arrivent après Delalande qui a rendu le Grand Motet plus opératique (plus numéroté, pour le moins).

À des partitions aussi brillantes que fuguées, allemandes ou sophistiquées, donne une direction géométrique et carrée, légère et décontractée. Les voix n’ont pas peur de se perdre en détails, parce qu’il n’y a pas de quoi se perdre dans l’œuvre de Michel, quand les lignes s’enchevêtrent sans compter, les couleurs restent homogènes, rutilantes. Tout est fougueusement proportionné. C’est ample sans emphase, l’ardeur du Concert Spirituel et du chœur est nuancée avec une appétence digne et sympathique. En début de deuxième partie, dans le motet Quid Retribuan tibi, au lieu de promettre la lumière au bout du tunnel, à peine entré, met la lumière partout et donne au contrepoint une saveur précise et enthousiasmante. (Il est d’autant plus regrettable que le Théâtre des Champs-Élysées ait eu autant de fauteuils vides ce soir-là…)

Généreuse et rayonnante, la musique de Rameau est tellement charmante que sa somptuosité pourrait être délicieuse, obliger l’auditeur à s’en repaître de façon toute bonhomme. Mais c’est une des grandes vertus du Concert Spirituel, de répartir les solennités avec hauteur et d’user de flamboyance sans retenue alors que sobrement. Pour arriver à des équilibres aussi ardents, il nous faut relever que les solistes étaient choisis avec beaucoup d’assurance (comme à la Chapelle Royale). Les dessus, et Hanna Bayodi-Hirt, sont restés dignes des présences et précisions indéniables (relevées à Dijon par notre collègue Laurence Le Diagon-Jacquin), le haute-contre donnait à la discontinuité des phrasés une évidence proprement ébaubissante, avait parfois tendance à privilégier la rondeur de son timbre, au point de manquer un peu de souci d’homogénéité, la basse nourrissait un partage subtile entre les articulations et les couleurs.

En effet, la composition du programme pouvait sembler favoriser Rameau, puisqu’il y avait deux Grands Motets dans chaque partie, toujours Michel en premier et Rameau en second (pour finir sur le connu). Comme s’il fallait ménager le public, comme s’il voulait bien découvrir le compositeur moins célèbre à condition qu’on lui serve une bonne louche de Rameau. Alors que les ressources musicales de Joseph Michel et sa maîtrise de la forme sont proprement captivantes. Comme le concert a été enregistré dans le cadre de l’UER (diffusion le 28 décembre 2007 sur France Musique), nous suggérons aux radios publiques européennes une programmation plus modulaire qu’au concert pour permettre peut-être une écoute plus approfondie des Grands Motets de Michel, débarrassée du vis-à-vis de Rameau pour tampon de sa légitimité.

Crédit photographique : Hervé Niquet © Nicole Bergé

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