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Un Requiem de Verdi très attendu !

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Halle aux grains. 14-XII-2007. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Tatiana Serjan, soprano ; Dolora Zadjick, mezzo-soprano ; Stuart Neil, ténor ; Carlo Colombarra ; basse ; Orfeon Donostiarra, chef de choeurJosé Antonio Sainz Alfaro, chœur ; Direction : Tugan Sokhiev.

Une halle aux grains comble annonçait un événement très attendu. Ce premier Requiem de Verdi de à la tête de ce qui mérite de devenir « son » orchestre a été un immense succès. Une telle maîtrise, dans les mouvements extrêmement dramatiques de ce chef-d’œuvre, étonne chez un chef si jeune.

Il empoigne les forces orchestrales et chorales et le tient sans relâche. L’émotion naît de son refus du laissé aller. Cette partition si théâtrale pour une œuvre religieuse retrouve avec un tel chef toute sa noblesse et sa grandeur sans grandiloquence. La précision des attaques, la délicatesse des nuances ne sont pas les moindres qualités de cette interprétation qui fera date. Attentif à une construction d’ensemble qui maintient l’attention permanente de l’auditeur, comme au fini du détail qui enchante, fait preuve d’une compréhension rare de ce chef-d’œuvre. Il faut reconnaître que l’orchestre galvanisé a joué tout du long à la perfection. Mais c’est surtout le chœur qui a semblé accepter être malaxé par les mains du chef. Il faut dire que les gestes de cette direction à main nue sont beaux, éloquents et porteurs d’émotion.

À certains moments, le chef disait les paroles avec le chœur, semblant prier avec eux. Impossible de louer le moment préféré. De l’entrée pianissimo de la plainte des cordes, en passant par les foudres du Dies Irae, la spatialisation des trompettes du jugement dernier, ou la précision d’horlogerie suisse du Sanctus pour aboutir au recueillement de l’Amen final toutes les beautés de ce Requiem nous ont été offertes avec générosité.

La beauté du chœur, homogène et avide de nuances, est absolument remarquable. Aucune voix ne dépasse avec un nombre de choriste approchant pourtant la centaine. Tous les pupitres étant capables des nuances les plus extrêmes. Ce chœur Basques, qui donne près de 40 concerts par ans, rempli de la ferveur des amateurs est porteur d’une grande émotion bien en situation ici.

L’orchestre a brillé de tous ses feux, chaque pupitre révélant son niveau d’excellence, chaque soliste sa précision et sa musicalité. Dans un tel contexte, pouvoir reconnaître aux solistes des qualités vocales indéniables est une joie. La palme revient à Dolora Zadjick dont la voix richement timbrée est capable de nuances subtiles. Sa grande connaissance des rôles verdiens, dont sa superbe Amnéris, fait de chacune de ses interventions un moment de pur bonheur. Mais tous les chanteurs ont tenu leur rang avec aisance surtout Stuart Neil qui s’est passé de partition. Tandis que le timbre rare et la diction de Carlo Colombarra ont fait merveille. Le long soprano de est à la fois capable de la vaillance nécessaire aux grands emportements comme de nuancer des pianos aériens. Son intervention finale si difficile a été bien négociée et ses derniers échanges avec le chœur ont été très émouvants.

Conscient d’avoir vécu un moment rare, le public a marqué un long silence à la fin de cet opéra de la mort, avant un tonnerre d’applaudissements libératoire.

Et Viva Verdi !!!

Crédit photographique : © Patrice Nin

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