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Quand Belgique et Pologne se rencontrent

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Cologne. Consulat de Belgique (Maison Belge). 17-I-2008. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto en la mineur pour deux violons et orchestre à cordes ; Concerto en fa majeur pour trois violons et orchestre à cordes. Grażyna Bacewicz (1909-1969) : Quatuor pour quatre violons. Erik Öst (1906-1984) : Fantomen, polka pour quatre violons. Benjamin Britten (1913-1976) : Simple Symphony pour orchestre à cordes. Andrzej Grudzien, Martin Lauwers, Maritsa Ney, Caroline Poncelet, Anne-Sylvie Primo, violons. Orchestre de Chambre Louis Poulet, direction : André Poulet.

L’Orchestre de Chambre

C’est avec le plus grand plaisir que nous avons réentendu le magnifique ensemble créé par André Poulet, et cela pour plusieurs raisons. D’abord c’est la toute première fois que l’Orchestre de Chambre et son sympathique chef étaient invités en dehors de la Belgique, en l’occurrence au Consulat de Belgique (Maison Belge) à Cologne, à l’initiative de Son Excellence Monsieur Mark Geleyn, Ambassadeur de Belgique à Berlin ; ensuite le programme offert à Cologne ce 17 janvier 2008 fut redonné à l’identique le lendemain 18 en la Salle Académique de l’Université de Liège, cette fois grâce au support de Son Excellence Monsieur Sławomir Czarlewski, Ambassadeur de la République de Pologne. Les deux prestations, par la qualité et la variété des œuvres proposées, ont déchaîné des ovations amplement méritées.

Rappelons que l’association « L’alto » fondée par perpétue la mémoire de son père Louis Poulet, altiste et pédagogue exceptionnel, créateur des « Concerts de Midi », des « Concerts du Dimanche Matin », et fondateur du « Concours International pour Quatuor à Cordes de la ville de Liège ». « L’alto » permet à de jeunes instrumentistes issus des Académies et Conservatoires, et faisant partie de l’, d’avoir des contacts avec des solistes de haut niveau afin d’enrichir leur personnalité humaine et artistique : en l’occurrence le soliste invité pour ces deux soirées fut Andrzej Grudzien, l’admirable Premier Concertmeister de l’Opéra Royal de Wallonie à Liège.

Pour la partie baroque de ce concert, nous avons bénéficié d’exécutions rayonnantes de deux concertos de Vivaldi : d’abord le Concerto en la mineur pour deux violons et cordes, op. 3 n°8 de L’Estro Armonico (1711), Concerto que Bach transcrivit pour orgue sous le BWV 593 ; ensuite le Concerto en fa majeur pour trois violons et cordes, sans doute moins célèbre que le précédent, mais probablement plus riche encore par ses harmonies et ses modulations inattendues. Tous deux sont de forme tripartite vif-lent-vif, tout en étant très proche encore du Concerto grosso. L’alternance d’une chaleureuse vigueur dans les parties vives et d’une délicate poésie dans les mouvements lents fut un véritable enchantement pour l’oreille et l’esprit, notamment subjugués par la beauté chatoyante de l’Andante du Concerto pour trois violons, dans lequel s’équilibrent magistralement mélodie, pizzicati et arpèges confiés respectivement à chacun des trois solistes.

Toutefois la partie la plus passionnante du programme nous attendait avec le Quatuor pour quatre violons de la trop négligée Grażyna Bacewicz (1909-1969), violoniste et compositrice polonaise qui n’est pas inconnue des liégeois, puisqu’elle obtint en 1951, avec son Quatuor à cordes n°4, le Premier Prix du Concours International pour Quatuor à Cordes de la ville de Liège, fondé précisément par Louis Poulet. Le Quatuor pour quatre violons, en trois parties concises, est une œuvre finement ciselée, d’une grande richesse polyphonique, où l’inspiration du folklore polonais n’est jamais absente, où la joie de la création musicale alterne avec des moments de nostalgie rêveuse et de pure poésie. C’est assurément la véritable découverte de ce concert, et en guise de clin d’œil, Andrzej Grudzien, qui soutient si affectueusement solistes et musiciens de l’orchestre par son jeu magnifique et ses grandes qualités humaines, nous a proposé Fantomen, polka pour quatre violons du compositeur suédois Erik Öst (1906-1984) qui évoque irrésistiblement Scott Joplin, le roi du ragtime, par son humour et ses rythmes syncopés. Tout cela ne pouvait que susciter une ovation enthousiaste et méritée de la part du public.

Finalement, , toujours modeste, prit enfin la direction de son orchestre pour nous offrir une version de la Simple Symphony de Britten, parfaite en sa mise en place (car elle n’est pas si Simple que cela !), à la fois vigoureuse et chaleureuse, et aux subtilités rythmiques idéalement maîtrisées : on a pu notamment apprécier l’humour et la précision des pizzicati dans le Playful Pizzicato, ce qui n’est pas souvent le cas de la part de bien des ensembles plus célèbres…

En conclusion, c’est toujours un régal d’entendre cette formation d’une quinzaine de musiciens accomplis, essentiellement féminins, et on attend avec impatience et encouragements leurs prochaines prestations qui nous révéleront à coup sûr bien des surprises et des découvertes passionnantes en des interprétations exemplaires.

Crédit photographique : © L’alto

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