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Rousset sauve Rameau !

La Scène, Opéra, Opéras

Amsterdam. 27-I-2007. Het Muziektheater. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, tragédie lyrique en 5 actes sur un livret de Pierre-Joseph Bernard. Mise en scène : Pierre Audi ; décors et costumes : Patrick Kinmonth ; lumières : Jean Kalman ; chorégraphie : Amir Hosseinpour. Avec : Anna Maria Panzarella, Télaire ; Véronique Gens, Phébé ; Judith van Wanroij, Cléone/Suivante d’Hébé/Ombre heureuse ; Finnur Bjarnason, Castor ; Henk Neven, Pollux ; Nicolas Testé, Jupiter ; Thomas Oliemans, le grand prêtre ; Anders. J Dahlin, Spartiate / Mercure. Koor van De Nederlandse Opera, direction : Martin Wright. Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset

Castor et Pollux

Le Nederlandse Opera a la bonne idée de programmer Castor et Pollux de Rameau dans sa seconde édition (1754), c’est-à-dire sans le prologue introductif et avec un premier acte modifié en profondeur. Les opéras de Rameau peinent, en dehors des frontières françaises, à s’imposer au répertoire. En tous cas, cette production a rempli sans peine, en ce beau dimanche après-midi, les 1600 places du Muziektheater de la Waterlooplein.

, le directeur de l’opéra d’Amsterdam, assurait la mise en scène alors que Christophe Rousset descendait dans la fosse à la tête des ses Talens Lyriques. Sur le papier cette équipe devait faire des étincelles car on connaît le talent de conteur du scénographe et les hautes compétences du chef d’orchestre. Ce tandem avait déjà à son action une production majeure de Zoroastre du même Rameau. Cependant, cette mise en scène d’Audi est presque un ratage total. Ayant pris le parti pris d’une abstraction extrême et frigorifiante dans des décors polaires du fidèle , le travail d’Audi se limite à gérer les déplacements à travers le vaste plateau du théâtre batave, bien trop grand pour une telle œuvre. Le malaise lié à cette curieuse absence d’idées est renforcé par le maladroit recyclage des précédentes scénographies d’Audi, essentiellement avec des costumes stylisés et japonisants que l’on a déjà vu de sa superbe trilogie Monteverdi aux opéras contemporains. Pire ce travail bascule tristement dans l’ennui aux actes IV et V. Fort heureusement, les danses, abstraites mais convaincantes, réglées par Amir Hosseinpour évitent au spectateur de fermer les yeux pour se concentrer sur la musique.

Musicalement, l’œuvre est portée par un Christophe Rousset en grande forme qui fait ressortir tous les détails de l’orchestration de Rameau tout en insufflant une énergie de tous les instants à cette musique. L’orchestre affûté et précis répond au quart de tour aux indications de son fondateur. La distribution réunie s’avère de bon niveau, mais sans éclairs de génie à l’exception notable de en Jupiter. , que l’on a connu plus inspirée, semble en roue libre dans ce vaste navire. Mention bien pour , Anna Maria Panzarella et Henk Neven, mais là aussi on guète un manque d’engagement alors que les voix peinent à s’imposer. Seul Finnur Bjarnason est en retrait du reste du plateau avec un timbre et une intonation qui manquent d’impact. Le chœur de l’opéra néerlandais fait très bonne figure dans un répertoire où l’on ne l’attendait pas.

En conclusion, un spectacle plutôt décevant qui montre, après l’échec de Didon et Enée de Purcell selon Sascha Walz à Bruxelles, que l’opéra baroque est un genre redoutablement difficile à restituer.

Crédits photographiques : © Clärchen & Matthias Baus

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