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Wilhelm Furtwängler compositeur

À emporter, CD

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Leonore n°2, ouverture op. 72b. Richard Strauss (1864-1949) : Tod und Verklärung op. 24. Wilhelm Furtwängler (1886-1954) : Symphonie n°2 en mi mineur. Furtwängler en répétition et en interview. Entretiens (1966-1979) de Gert Fischer avec Friedrich Schnapp, ingénieur du son. Orchestre Philharmonique de Hambourg, direction : Wilhelm Furtwängler. 2 CD Société Wilhelm Furtwängler SWF921/2. Pas de code barre : réservé aux adhérents de la SWF. Enregistré à la Musikhalle de Hambourg le 9 juin 1947 et le 18 octobre 1948 (Symphonie n°2). ADD [mono]. Notices trilingues (français, allemand, anglais) excellentes. Durée : 76’49 ; 77’06.

 

Cette production de la Société est remarquable à plus d’un titre : d’abord elle constitue un hommage bien mérité à Friedrich Schnapp (1900-1983), homme de l’ombre qui devint l’ingénieur du son attitré et l’ami de Furtwängler, et à qui nous sommes redevables de la majorité des documents sonores radiophoniques de l’illustre chef d’orchestre réalisés depuis 1939 jusqu’à l’après-guerre ; ensuite elle permet d’entendre Furtwängler à la tête d’une formation qu’il n’a pas souvent dirigée, l’Orchestre Philharmonique de Hambourg ; enfin elle nous offre l’opportunité d’apprécier l’une des premières exécutions enregistrées de la monumentale Symphonie n°2 composée par Furtwängler lui-même. Comme cette version dépasse les quatre-vingts minutes, il a fallu répartir cette œuvre sur deux disques, ce que la SWF a intelligemment accompli en y adjoignant deux autres pages de Beethoven et par le même ensemble, ainsi qu’une répétition de Leonore n°2 (avec les Berliner Philharmoniker) et des interviews du chef et de Friedrich Schnapp, avec traductions françaises et anglaises en une plaquette de 84 pages !

Il semble bien que la Philharmonie de Hambourg ait répondu avec enthousiasme aux intentions de , car l’Ouverture Leonore n°2 et Mort et Transfiguration reçoivent en ce 9 juin 1947 des interprétations fougueuses, solidement charpentées – mais non dénuées de poésie – où les timbales sont particulièrement mises en évidence, caractéristique fort prisée par Furtwängler, mais qui à l’époque posait des problèmes techniques à l’ingénieur du son Friedrich Schnapp…

À notre connaissance, seules deux œuvres de Furtwängler nous sont parvenues dirigées par leur auteur : l’ample Concerto Symphonique pour piano et orchestre (1936/37) dédié à Edwin Fischer qui en fut le créateur (Pilz History CD78004, au son médiocre), et l’admirable Symphonie n°2 en mi mineur (1945) que l’on peut considérer comme le sommet de son idéal de créateur. De cette Symphonie, il existe sept exécutions enregistrées de février 1948 à mars 1954 ; les trois plus célèbres (et facilement disponibles !) sont celle sous rubrique datant du 18 octobre 1948 avec la Philharmonie de Hambourg, celle de novembre/décembre 1951 popularisée par la DGG (4577222) avec les Berliner Philharmoniker, et celle du 22 février 1953 sur Orfeo (C375941B) avec les Wiener Philharmoniker. Curieusement, c’est la version de Berlin qui nous paraît la moins satisfaisante – et pour laquelle d’ailleurs Furtwängler émettait des réserves – en raison d’une prise de son studio opaque et d’imprécisions orchestrales de la part d’un ensemble auquel le chef était pourtant accoutumé, mais qui en l’occurrence paraissait fort peu engagé. La version viennoise nous paraît la meilleure, Furtwängler ayant à ce moment bénéficié d’exécutions antérieures en public, en plus d’avoir à sa disposition la Rolls-Royce des orchestres et une technique d’enregistrement meilleure… Mais la version de Hambourg, plus proche du jet initial et d’ailleurs jouée à partir du manuscrit, paraît bénéficier de l’esprit de la découverte, avec un orchestre totalement engagé et enthousiaste, et une prise de son époustouflante pour l’époque. Les différences de texte avec la version que Furtwängler dirigera plus tard sont surtout audibles dans les dernières pages du Finale.

Musique éperdue qui exprime au mieux le credo artistique de l’immense chef d’orchestre, de la sincérité de laquelle on ne peut douter, sans une seule note superflue malgré sa durée, plus tragique que l’idiome brucknérien dont elle s’inspire, ses qualités sont telles qu’elle a su intéresser et surtout engager un chef tel que Daniel Barenboim (Teldec).

En conclusion, cédons la parole au grand Arthur Honegger rendant un hommage émouvant au chef allemand après sa disparition : « … le grand artiste était le vrai chef qui peut dominer dans les différents domaines de la musique. Un jour il s’affirmait l’homme de la Götterdämmerung, le lendemain il faisait rendre à l’orchestre les plus subtiles nuances des Nuages de Debussy. L’homme qui a écrit une partition aussi riche que sa Symphonie n°2 ne peut être discuté : il est de la race des grands musiciens. »

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