tous les dossiers(1)

Où finit la romance, où commence le pianisme ?

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Romances sans paroles (n°10, op. 30 n°4 : Le promeneur ; n°33, op. 67 n°3 : Chant du pèlerin ; n°6, op. 19 n°6 : Barcarolle vénitienne n°1 ; n°8, op. 30 n°2 : Agitation n°2 ; n°14, op. 38 n°2 : Bonheur perdu ; n°23, op. 53 n°5 : Chanson populaire ; n°35, op. 67 n°5 : Plainte du berger ; n°48, op. 102 n°6 : Confiance n°2 ; n°32, op. 67 n°2 : Illusions perdues ; n°40, op. 85 n°4 : Élégie ; n°34, op. 67 n°4 : La fileuse ; n°12, op. 30 n°6 : Barcarolle vénitienne n°2 ; n°47, op. 102 n°5 : Le joyeux paysan ; n°43, op. 102 n°1 : Sans foyer ; n°44, op. 102 n°2 : Rétention ; n°45, op. 102 n°3 : Tarentelle ; n°29, op. 62 n°5 : Barcarolle vénitienne n°3 ; n°37, op. 85 n°1 : Rêverie ; n°46, op. 102 n°4 : Le soupir du vent ; n°1 et 2, op. 19 n°1 : Regrets ; n°25, op. 62 n°1 : Les brises de mai ; n°11, op. 30 n°5 : Le ruisseau ; n°31, op. 67 n°1 : Méditation ; n°19, op. 53 n°1 : Au bord de la mer ; n°20, op. 53 n°2 : Les nuages floconneux ; n°30, op. 62 n°6 : Chanson du printemps ; Feuille d’album, op. 117 ; n°28, op. 62 n°4 : Chanson du matin. Danielle Laval, piano. 1 CD Satirino records SR 071. Code barre 3 760061 190719. DDD. Notice de présentation en français et en anglais. Durée : 64’01’’.

 

On pourrait tabler sur un vaste désarroi, en imaginant un pianiste qui se met aux Romances sans paroles et qui doit faire ressortir la narration absente ou profiter de son absence pour chercher des nervures moins descriptives… Qu’on ne s’y méprenne pas : quand on enregistre Mendelssohn, c’est qu’on y a déjà mis les doigts et qu’on y a même déjà trouvé quelques repères, familiarités mystérieuses, mauvaises habitudes comprises. Emblématique, Le promeneur ouvre le disque avec une vivacité tellement indubitable que la rêverie n’arrive ni à se nouer ni à pousser. Sur l’ensemble du disque, nous pouvons garder l’impression que Danielle Laval connaît si bien les partitions de Mendelssohn qu’elle les restitue sans tout à fait les questionner.

Enveloppée et large, la prise de son donne au piano la présence et l’espace adéquats à l’équilibre généreux que Danielle Laval veut donner à chaque romance. À force, la pianiste fait preuve d’une assurance prosodique d’une hauteur redoutable. Et c’est aussi à ce jeu-là qu’on peut trouver l’Agitation n°2 un peu trop « plan-plan » ou Confiance n°2 peut-être un peu scolaire. Si bien que ses tempi très sûrs et ses phrasés sans hésitation donnent à cette enfilade de romances un caractère parfois plus expéditif que nuancé. La rigidité des attaques dans Chanson populaire, le figuralisme imbattable d’Au bord de la mer, le velouté délavé des Illusions perdues ou la propreté terrible de la Rêverie peuvent passer pour autant de sérieux mal placés. Tandis que la finesse de la légèreté de La fileuse, la recherche d’une intériorité rosée dans Le joyeux paysan ou l’exploration des limites de l’épanchement dans la Barcarolle vénitienne n°3 donnent au jeu de Danielle Laval un relief cossu tout de même plus que considérable.

L’amour de l’interprète pour le compositeur est tangible, saisissant. Nous pouvons pourtant redouter que cet amour s’affirme comme une sorte de complicité qui ne semble concerner l’auditeur que trop ponctuellement (Plainte du berger, Barcarolle vénitienne n°2, Tarentelle).

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.