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Sherlock Holmes à l’opéra

À emporter, Livre, Romans et fiction

La malédiction de la cantatrice. Bernard Suisse. Le Manuscrit, Paris. 193 pages. 20€. ISBN 2-7481 9364-4. Parution 2007.

 

Le Manuscrit

Cumuler deux handicaps majeurs au sein d’un seul et même ouvrage ne le fait pas, à priori, partir sous les meilleurs auspices. Car pour Bernard Suisse il s’agit d’abord de faire évoluer l’intrigue dans le milieu lyrique et de ses secrets, ce qui n’a jamais été véritablement réussi depuis le Fantôme de l’opéra. Difficile en effet de créer un drame dans le drame, en dehors des scènes classiques de meurtres masqués par un contre-ut ou une vraie fausse arme dissimulée par un costumier assassin. L’auteur fait de surcroît revivre le Prince des détectives, Sherlock en personne, affublé d’un Watson particulièrement falot. Amateurs d’ambiance de Baker Street, n’attendez pas que le chien des Baskerville vienne hanter vos nuits de lecture. N’attendez pas non plus que le vénérable Holmes mène ici sa plus grande enquête, les héros sont manifestement fatigués.

L’intrigue, du reste, fait revivre le souvenir de la Malibran et son accident de cheval serait en fait un accident provoqué par un homme en noir. Pas de quoi faire reprendre du service à un détective à la retraite ! C’est l’ennui qui semble détourner, pour une fois, Sherlock Homes de ses stupéfiants légendaires et il faut bien le dire, cet ennui se communique facilement. C’est du moins l’impression que véhicule le premier quart du livre. Après ce démarrage difficile, l’histoire s’installe plus solidement, certaines apparences se révèlent plus trompeuses que prévu.

Lorsque chacun se sera fait une raison d’un docteur Watson décidément transparent, on pourra apprécier les facéties d’une intrigue qui se noue autour de la Malibran et de son art. On la découvre subitement alcoolique, intrigante, manipulatrice. Lorsque vous saurez qu’une arme secrète est également de mise, on ne pourra s’empêcher de penser que Bernard Suisse lorgne du coté de Billy Wilder et de son film éternel sur la vie privée de Sherlock Holmes. Mais en désacralisant le mystère, Wilder lui donnait une nouvelle consistance.

Même si le livre gagne en intérêt et va crescendo comme on l’a dit, le duo Holmes-Watson n’y acquiert aucune gloire supplémentaire, nous ne sommes pris par aucune ambiance caractéristique des grands romans, même si quelques grands personnages de l’histoire et l’art y font un tour de piste, mais presque artificiellement, en « guest star » d’une production un rien laborieuse.

Reste la question essentielle : Qui a tué la Malibran ?

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