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Giovanni Bellucci, quand le drame est d’abord un engagement

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Auditorium du Louvre. 05-III-2008. Franz Liszt (1811-1886) : Après une Lecture de Dante : Fantasia quasi Sonata. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°23 en fa mineur op. 57 dite « Appassionata » ; Variations Diabelli op. 120. Giovanni Bellucci, piano.

Après avoir enregistré les Paraphrases de Liszt pour les opéras de Verdi et de Bellini, la transcription pour piano de la Symphonie Fantastique de Berlioz, s’est lancé dans un projet discographique encore très lisztien puisqu’il s’agit d’enregistrer chez Codaex l’intégrale des sonates pour piano de Beethoven en les associant aux transcriptions pour piano des symphonies de Beethoven par Liszt. Autrement dit, se présente en pianiste poète qui entend faire sonner quelques traits progressistes dans l’œuvre de Beethoven tels que le montage (cf. les lettres du compositeur à ses éditeurs) et les liaisons structurelles qui ne demandent qu’à se faire et défaire entre les répertoires symphonique et chambriste. Il était donc tout naturel que participe au cycle de Classique en Images organisé à l’Auditorium du Louvre sur le thème « Beethoven et ses métamorphoses ».

Avant de jouer l’Appassionata, il donnait la Fantasia quasi Sonata de Liszt : Après une Lecture de Dante. Interprétée avec un apparent didactisme, il s’agissait plutôt pour de faire miroiter le souci de Liszt à chercher une cohérence dramatique qui enveloppe la particularité de chaque séquence. En effleurant la puissance dilatatoire des transitions, Bellucci entamait effectivement l’éloquence de la structure au point de déployer un style aussi tangiblement limpide que troublant. Aussi, dans l’Appassionata, ce qui pouvait passer pour du gigantisme était plutôt de la détermination à travailler les rapports d’étendue au lieu de s’attarder sur les découpes harmoniques. Par des nuances franches et des volumes copieux, Bellucci parvenait à explorer des sonorités sidérantes. Le timbrage de sa main gauche ayant de quoi rappeler Ciccolini.

Un phrasé « asséné », une fougue peut-être un peu « excessive », les impressions du public à l’entracte semblaient prendre un certain recul vis-à-vis de ce style… Il est vrai que, dans l’Appassionata, Giovanni Bellucci se faisant plus concentré à mettre en exergue tel motif retravaillé dans la Symphonie n°5, préférait chercher dans chaque phrase ce qui la distingue de la précédente qu’assurer quelque continuité émotionnelle. En seconde partie, les Variations Diabelli étaient d’abord très sériées, quasiment scolaires. Au fur et à mesure, les pages prenant de l’ampleur, de manière curieusement sidérante et ténue, Bellucci parvenait à rallier une théâtralité plus générale en creusant curieusement toujours plus les ponctualités de chacune des variations.

Crédit photographique : © I. Jung

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