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Quand le corset dépasse l’imagination

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Salle Pleyel. 21-III-2008. Erik Satie (1866-1925) : Les Anges ; Élégie ; Les Fleurs ; La Statue de bronze ; Le Chapelier. Darius Milhaud (1892-1974) : Quatre chansons de Ronsard ; Le Bœuf sur le toit. Francis Poulenc (1899-1963) : La Dame de Monte-Carlo ; Concerto en ré mineur pour deux pianos et orchestre. Annick Morelle My, soprano. Alexandra Valli, Sabina Stanojevic, pianos. Ensemble Fa, direction : Dominique My.

Une soirée curieuse pour au moins deux raisons. D’abord, l’ se promenait assez allégrement dans les catalogues de Satie, Milhaud et Poulenc, pour en sortir des œuvres assez ouvertement contrastées, chaque fois espacées de 20 ou 30 ans (1886 et 1916 pour Satie, 1941 et 1919 pour Milhaud, 1961 et 1932 pour Poulenc). Et puis, le concert était initialement réservé aux salariés d’une entreprise de service en conception de systèmes électroniques. Une ambiance de gala pesait sur Pleyel. Mais au lieu d’une humeur festive emportant le concert, les applaudissements contenus quoique systématiques entre chacune des mélodies donnaient à la musique un corseté dont il était difficile de se déprendre.

Pour les cinq mélodies de Satie, la voix d’Annick Morelle My semblait un peu noyée et son phrasé trop enfoui. On pourrait imaginé qu’un public réuni par son entreprise a pu temporiser le souffle de la chanteuse. Certes, on pourrait aussi relancer le débat sur l’acoustique de la salle Pleyel. Au lieu de s’en prendre au rendu sonore, on pourrait même soulever l’esthétique plus ou moins pseudo-symboliste des premières œuvres de Satie (les trois premières mélodies chantées ce soir là partent de textes de Contamine de Latour, l’ami rosicrucien du compositeur). Il reste que les deux mélodies de 1916 (La Statue de bronze et Le Chapelier) ne sont alors pas plus clinquantes et n’ont plus l’alibi symboliste à ne pas l’être davantage.

Dans les Quatre chansons de Ronsard, la direction de est galbée, les phrasés d’Annick Morelle My très appliqués, si ce n’est un peu scolaire. Et dans Tais-toi, Babillarde, la partition assez virtuose, plutôt cocasse, permet à la soprano d’obtenir de la salle une réponse complice à ses clins d’œil. Après ça, on pouvait espérer que Le Bœuf sur le toit soit vigoureux, impertinent, voire dérangeant. Des couleurs onctueuses, modérées, servies par un tel respect de la partition, lui donnent une vitalité certaine, mais pas au point de faire mugir la fantaisie du contrepoint : quoique savamment typés, les éléments réunis dans Le Bœuf sur le toit ne laissent pas de quoi jubiler complètement de la liberté de leur association.

Comme déguisée pour l’occasion, à son retour en robe du soir, gantée, chapotée, Annick Morelle My trouve dans la prosodie de Poulenc une atmosphère plus adéquate à son registre. Le métaphorisme rocailleux de Cocteau se lisse dans une prononciation âpre et feutrée. La Dame de Monte-Carlo s’en trouve chargée d’un caractère incertain, passionnant. Comme lancé dans un terrain stylistique peut-être plus familier, dans le Concerto pour deux pianos et orchestre, l’Ensemble Fa finit le concert avec sur des couleurs impressionnantes : les cuivres parfaitement imbriqués dans le timbre si bien travaillé des pianos d’Alexandra Valli et Sabina Stanojevic. Cette fois, les plans se suivent et s’ils se ressemblent, c’est surtout parce que c’est comme ça que les choses évoluent …

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