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Frédéric Kahn, quand l’acousmatique ne la raconte pas trop

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Frédéric Kahn (né en 1966) : Ulandshaft ; Scivias ; Les fleurs, ces bouquets d’agonies ; L’animal du temps ; Sterblich ou le purgatoire des sens ; Machines à remuer les sens ; Suite pour glotte ; Longueur d’ondes. 1 CD Motus M 306008. Code barre 3 566123 060088. Notice de présentation en français et en anglais. Durée : 75’33’’.

 

Violoniste de formation, est un de ces élèves de Denis Dufour pour qui l’acousmatique n’est pas tout. Non seulement, il a aussi étudié l’ethnomusicologie avec Jean-Louis Florentz, la composition avec Brian Ferneyhough ou Tristan Murail, mais il a manifestement le souci de varier les effectifs et de composer pour tous les types de dispositifs qui peuvent s’offrir à lui, du duo trompette et trombone à l’installation sonore. D’ailleurs, il présente volontiers son catalogue en deux grandes catégories : les musiques acousmatiques d’une part, les partitions instrumentales d’autre part. Comme s’il s’agissait de deux productions parallèles, respectivement enrichies avec une égale constance, même s’il entend produire de plus en plus de musiques mixtes. Le disque paru chez Motus a l’intérêt de présenter des œuvres composées entre 1992 et 2005, offrant une vue d’ensemble des productions électroacoustiques du compositeur, sans que l’anthologie ne soit plombée par quelque pâte stylistique trop unitaire.

En s’ouvrant sur ces sons de synthèse qui connotent un peu automatiquement le monde surmagnétisé pour les agencer dans un drame assez éloigné des codes du genre, Ulandshaft (1992) semble poser un protocole d’écoute des plus respectables : s’il y a de la structure, c’est jamais que pour profiter de la variété des éléments, de l’hybride des assemblages et, surtout, du relief des agencements. Une fois passée la croyance du devoir de décrypter les choix de sons toujours apparemment programmatiques, se déploie une construction contrapuntique parfois au bord de la gratuité tellement les sonorités peuvent sembler choisies pour leur seule élasticité. Aussi, dans Scivias (2001), la forme étant plus directement dépendante de la recherche de timbres, le statut de l’auditeur est plus naturellement solidaire de la recherche du compositeur – et la valeur descriptive engagée par les étirements de fréquences demeure infra-narrative, pour ne pas dire anti-organique à souhait. D’ailleurs, c’est dans l’une des plus longues plages du disque, Les fleurs (1998), que élabore un propos plus tendu, plus dramatique, dont le chapitrage et la frontière entre sons et bruits semblent vouloir éprouver les fantasmes qu’ils peuvent respectivement éveiller sans tout à fait les manipuler. Inversement, L’animal du temps (2000), la pièce la plus courte du recueil, manie la référence naturaliste avec d’autant plus de gravité et de relief qu’elle n’en paraît pas vouloir dégager plus de description qu’il ne faudrait.

Si elle donne son titre à l’album, c’est sûrement parce que Sterblich (2003) ou Le purgatoire des sens est l’œuvre la plus programmatique. Mais, là encore, l’auditeur qui chercherait à suivre la narration, qui voudrait suivre la trame sans attention pour le grain, finirait par se perdre. La Suite pour glotte (2000) est d’ailleurs très révélatrice de la poétique de l’écoute dans laquelle se place la musique électro-acoustique de Frédéric Kahn. Par l’aménagement sonore du texte « litanique » de Jean-Pierre Bobillot, il est bien entendu que l’effet se pose toujours comme un appel au courage de donner égale importance à l’accident, par principe, par rapport à ce qui serait élaboré plus réflexivement.

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