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Wagner, le cauchemar de la cave au grenier

La Scène, Opéra, Opéras

Hambourg. Staatsoper, 27-III-2008. Richard Wagner (1813-1883), Das Rheingold, prologue en un acte de Der Ring des Nibelungen, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Claus Guth ; décors et costumes : Christian Schmidt ; lumières : Wolfgang Göbbel ; dramaturgie : Hella Bartnig. Avec : Falk Struckmann, Wotan ; Jan Buchwald, Donner ; Ladislav Elgr, Froh ; Peter Gaillard, Loge ; Wolfgang Koch, Alberich ; Jürgen Sacher, Mime ; Tigran Martirossian, Fasolt ; Tobias Schabel, Fafner ; Katja Pieweck, Fricka ; Miriam Gordon-Stewart, Freia ; Anne Pellekoorne, Deborah Humble ; Ha Yong Lee, Woglinde ; Gabrielle Rossmanith, Wellgunde ; Ann-Berth Solvang, Flosshilde. Orchestre du Staatsoper de Hambourg, direction : Simone Young

L’Or du Rhin

Seconde ville d’Allemagne par sa population, Hambourg est un foyer musical majeur. Outre son opéra et sa salle de concert (la Laeiszhalle), l’intérêt de la ville pour la culture se manifeste à travers le grandiose projet de la philharmonie de l’Elbe en cours de construction sur des plans des architectes suisses Herzog et De Meuron. Cette salle sera le signal d’entrée du nouveau quartier de Hafencity qui vise à reconvertir 155 hectares des anciens docks en quartier ultra moderne avec des réalisations à la pointe de l’architecture et du design ! Il s’agit tout simplement de l’un des plus vastes projets urbanistiques en cours de réalisation en Europe !

Mais en cette belle soirée de printemps, le public se ruait au Staatsoper pour voir et entendre le premier volet d’un nouveau Ring mis en scène par . Consacré par son Vaisseau fantôme au festival de Bayreuth (2004) puis par des Noces de Figaro (2006) à Salzbourg, ce scénographe est en passe de devenir une sorte d’icône dans le monde germanique et toutes les grandes scènes locales se l’arrachent. Dans le pur esprit du Regietheater très en vogue outre-Rhin et dont Hambourg est l’un des fers de lance, on va ici très loin dans la relecture du mythe et Guth travaille la moindre signification du texte au bistouri ! Dès lors, point de dieux ou de mythe et l’on se retrouve dans une grande villa d’un riche bourgeois, plus héritier prussien que jeune entrepreneur audacieux, et l’action va se dérouler de la cave au grenier. Et l’on commence fort avec les filles de Rhin qui s’ébrouent joyeusement dans un lit…Alberich arrive en suite, c’est l’homme à tout faire de la maison qui asperge les mauvaises herbes de désherbant ! Ne pouvant repousser certains instincts (pédophiles ?) il bouscule un peu les fillettes alors que l’une d’elle ne semble pas insensible à son « sex-appeal » ! On monte ensuite au grenier ou Wotan tel un gros enfant rêveur et fatigué travaille avec sa famille à la maquette géante du château de ses rêves. Surgissent les deux géants attifés comme des mafieux d’un pays de l’Est : grosses chaussures de chantier, costumes clinquants trop longs, mines patibulaires et canette de Red bull en main ! On redescend de quelques étages pour retrouver Alberich et Mime dans la cave où ce dernier répare la chaudière. Bien évidement, à force de démystifier ces histoires de légendes et de dieux, elles perdent de leur magie pour nous plonger dans la banalité du quotidien ou pire dans une sorte de vaudeville domestique. Mais, Guth propose une grande cohérence de propos et une belle intelligence scénique. Rien n’est incohérent ou ne vient trahir le texte de Wagner, on retrouve même de belles idées et de l’humour : comme ce tuyau fou en guise de monstrueux reptile lors des métamorphoses d’Alberich. La procession finale s’avère assez forte : le décor s’ouvre à l’arrière et laisse place à une fenêtre et un radiateur de taille démesurée, les personnages étant réduits à des nains dans une salle gigantesque. Cette image évoque naturellement le film : les nains aussi ont commencé petits de Werner Herzog.

Succédant au charismatique à la tête de l’opéra de la cité hanséatique, assure la conduite de cette nouvelle production (les amateurs d’anecdote noteront qu’il s’agit certainement de la première femme à conduire le Ring sur une scène de réputation internationale !). La chef met du temps à se chauffer et lors de la première heure, elle peine à assurer une logique et une continuité à sa direction. Rentrant progressivement dans la partition, elle trouve une belle fluidité mais son travail manque de profondeur et de netteté à la tête d’un orchestre présentable mais pas sensationnel dans ses couleurs et des interventions solistes. Quelques huées, isolées mais assez bruyantes, viendront récompenser cette vision plus objective que subjective.

Vocalement, la scène allemande s’était assurée le concours de Falk Struckman, l’un des incontournables titulaires actuels du rôle. Hélas sa voix passablement engorgée et son timbre éraillé plombaient la soirée. Certes, au fil de la représentation, sa santé vocale s’est un peu améliorée, mais sa prestation fut indéniablement décevante. Le reste de la distribution, composée essentiellement de membres de la troupe locale alterne le très bon l’Alberich de et les filles du Rhin au passable : le Donner de Jan Buchwald ou le Fasolt de . Scéniquement discutable mais convainquant, ce premier volet donne bigrement envie de suivre la suite lors de la saison prochaine.

Crédit photographique : © Monika Rittershaus

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