Toulouse. Halle aux Grains. 9-IV-2008. Johannes Brahms (1833-1897) ; Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur, op. 83 ; Symphonie n° 2 en ré majeur, op. 73. Nelson Freire, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction. Tugan Sokhiev.
Orchestre National du Capitole de Toulouse

On ne sait ce qu’il faut admirer le plus parmi les multiples talents de Tugan Sokhiev. En tout cas ce soir, il a tout simplement offert aux toulousains, musiciens d’orchestre compris, le Brahms qu’ils attendaient. Un concert entièrement dédié au musicien hambourgeois, l’orchestre du Capitole n’avait jamais osé. Avec la complicité amicale de Nelson Freire, familier des concertos de Brahms le résultat a été au delà des espérances des plus exigeants.
Avec ses quatre mouvements, le deuxième concerto de piano de Brahms est de grande taille, il a besoin d’espace pour se déployer, d’ampleur dans le phrasé, de finesses dans les nuances. Puissant et conquérant il a besoin de tempi adaptés à sa mesure et à la salle pour se déployer et éviter la lourdeur. L’équilibrage entre les pupitres et le piano est également un élément de la réussite. De nombreux moments sont de la musique de chambre pure, certains solos de piano sont comme des fantaisies. La fougue est également nécessaire avec la puissance additionnée du piano et de l’orchestre.
Dès les premières mesures sublimes du cor admirablement interprétées par Jacques Deleplancque et la réponse du piano poétique de Nelson Freire le ton était donné. Grâce à une écoute mutuelle de grande qualité, nous allions déguster une version passionnante. Avec cette ambiance sylvestre, c’est une nature qui a semblé s’éveiller au printemps que les artistes ont convoqué. Le jeu de Nelson Freire est particulièrement naturel et musical, même dans les parties les plus virtuoses que la grand pianiste ne cherche pas à privilégier. Il y eut même à quelques moments des petites incertitudes, mais peu importe, car ce parti pris de la musique avant tout, a offert des moments de complicité rares avec le chef, lui même très attentif à son soliste. Les instrumentistes de l’orchestre, galvanisés, ont donné le meilleur d’eux-mêmes semblant ravis de trouver en Brahms un compositeur qui leur convient très bien. L’équilibrage entre les pupitres a été particulièrement réussi. Dans le troisième mouvement les échanges entre violoncelle et piano ont été un véritable enchantement. Vraiment une très belle version de ce concerto.
En bis Nelson Freire a offert une adaptation du ballet des ombres heureuses de l’Orphée de Gluck d’une délicatesse dont aucun orchestre ne semble être capable. Un moment de pure félicité, quasi céleste. L’entracte a permis la réinstallation de l’orchestre avec un renforcement des cordes. La deuxième symphonie de Brahms se caractérise par sa capacité à évoquer des images pastorales, sans dramatisme excessif ou tourments pathétiques.
À nouveau pour débuter l’œuvre, les interventions des cors symbolisent cet appel de la nature. La perfection de la mise en place de cette symphonie a été une découverte pour beaucoup. Le moindre détail est réalisé avec art. Chaque pupitre répondant aux sollicitations du chef. Obtenant un équilibre de tous les instants Tugan Sokhiev peut ainsi construire une grande arche. Même le temps entre chaque mouvement a été idéal. Bien que très longue, cette symphonie a semblé passer trop vite. Impossible de tout détailler… Pourtant détachons le troisième mouvement proposé comme un Ländler bucolique mettant en lumière les qualités des bois, suivi de belles variations pleines d’humour. Il parait également important de souligner que ce soir, Geneviève Laurenceau, le premier violon solo a entraîné avec une énergie réjouissante et une fougue juvénile tout son pupitre vers des sommets. Les effets d’un travail approfondi a certainement porté ses fruits. L’évolution a été bien audible depuis le début de la saison, il était indispensable d’arriver à ce niveau pour offrir au public un Brahms de cette qualité. Un Brahms ample, sans lourdeur, nourri de l’énergie du printemps.
Après la cavalcade finale et un dernier crescendo fulminant, le public a fait un triomphe à son orchestre et a celui que de toute évidence tous considèrent comme son chef : il apporte tant de bonheur autours de lui. Nous attendons sa nomination imminente …
Crédit photographique : Nelson Freire © DR








