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Centenaire Herbert von Karajan : son oeuvre

Comme Beethoven, Karajan eu trois périodes stylistiques dans sa longue carrière. La première, qu’on peut qualifier de « classique » va de ses débuts jusqu’à peu près la création du Philharmonia de Londres. La seconde, correspondant aux années 50, sera celle du murissement et de l’approfondissement de son style, et la troisième prendra ses racines dans les années 60, lorsque le style typique et caractéristique du chef sera définitivement établi, et ne changera pas vraiment jusqu’à la fin.

Karajan période « classique » ou la réussite de la synthèse entre Toscanini et Furtwängler

A partir de 1938 les témoignages enregistrés de Karajan (y compris quelques films d’actualité) nous montrent un chef jeune et fougueux, ne dirigeant pas encore les yeux fermés, au style interprétatif pas encore typique. Une écoute aveugle des Beethoven, Dvorak ou Mozart de cette époque ne permettrait pas au familier du Karajan dernière manière de deviner qu’il s’agit bien du même. Car les différences sont assez marquantes. D’abord le son de l’orchestre y est plus clair (moins pâteux diront les mauvaises langues), les instruments sont plus différenciés, la différence entre la ligne mélodique en avant plan et l’accompagnement est plus nette. Les phrasés comme les tempi sont également plus classiques que par la suite, moins personnels aussi ; on pourrait dire qu’il fait tout naturellement et simplement ce qui est écrit. Et c’est très intéressant, on comprend qu’on ait alors légitimement vu en lui un grand espoir de la direction d’orchestre.

Comme nous l’avons dit, c’est la série de disques enregistrée à Vienne à partir de 1946 sous le contrôle de Walter Legge qui allait véritablement donner une idée de celui qu’on peut encore appeler « le jeune Karajan ». La fougue est toujours là, mais déjà la recherche de la qualité sonore, de certains équilibres plus raffinés, apparaît plus nettement. Mais jamais au détriment de la ligne et du style, qui restent fondamentalement classiques. On a souvent dit que Karajan avait essayé de faire la synthèse entre les styles des deux plus grands chefs de l’histoire, l’italien Toscanini et l’allemand Furtwängler. Ce qui n’est pas faux, et c’est dans cette période 46-50 que la fusion des deux opposés est la plus évidente et la plus réussie. On recommandera pour s’en convaincre l’écoute des Symphonies n°5 et 8 de Beethoven, des Mozart (Symphonie n°33, Adagio et Fugue, Ouverture des Noces de Figaro), déjà une série de viennoiseries Johann Straussiennes tellement plus simples que les futures réalisations berlinoises, et un admirable Requiem Allemand de Brahms avec le duo magique Schwarzkopf / Hotter. Sans oublier le premier enregistrement mondial des Métamorphoses de , bien moins hédoniste que les remakes. A cela s’ajoute une Symphonie n°9 de Schubert, moins problématique que les suivantes.

D’un point de vue de la stricte analyse musicale, ce « jeune Karajan » ne prête pas le flanc à la critique, il impressionne et on comprend que le Philharmonique de Berlin ait voulu s’attacher ses services et que Walter Legge l’ai accaparé pour sa Columbia.

Karajan période « Walter Legge »

En 1945 Walter Legge fonda de toute pièce un orchestre symphonique, le Philharmonia de Londres, destiné avant tout à enregistrer le grand répertoire, mais qui devint également orchestre de concert à part entière. Thomas Beecham en assura les premiers pas, mais rapidement Legge confia à Karajan l’essentiel du travail. C’est ainsi que dès la fin des années 40, Karajan entreprit de faire de cet orchestre tout simplement le meilleur orchestre du monde, niveau atteint dès le milieu des années 50. Certes, le Philharmonique de Berlin restait encore le plus impressionnant pour Beethoven, Brahms ou Wagner, mais il n’y avait pas d’orchestre plus complet dans son répertoire, plus souple dans son style, plus brillant dans ses solistes que le Philharmonia d’alors. L’extraordinaire niveau d’exigence du chef (et de Walter Legge !) allié à sa formidable capacité de travail et à son légendaire sens de l’efficacité sont sans conteste la raison de ce formidable résultat.

En même temps que l’orchestre atteignait les sommets, le style de Karajan se personnalisait, avec déjà l’apparition d’un legato plus insistant mais non encore envahissant, qui sera plus tard une des marques de fabrique du chef. Dans le domaine symphonique ce sera la période des enregistrements « équilibrés », déjà plus réfléchis que fougueux. A cette époque il se frotte encore à un répertoire qu’il ne touchera plus ensuite comme Haendel, Balakirev (Symphonie n°1), Kodaly, Britten et Vaughan Williams. Mais déjà il s’attaque avec succès à des œuvres pas encore entrées dans le répertoire comme Bartók (Concerto pour orchestre, Musique pour cordes percussions et célesta) et surtout Sibelius dont il donne alors des interprétations remarquables, très appréciées par Sibelius lui-même. Le son de l’orchestre reste assez différencié, le Philharmonia n’atteignant jamais le degré de fusion sonore que le chef a cherché et atteint avec Berlin quelques années plus tard. Pour le meilleur ou pour le pire, c’est une autre histoire, et c’est souvent selon. Par contre, si le jeune Karajan était encore fortement influencé par Furtwängler dans l’animation qu’il mettait dans les mouvements et par Toscanini dans la rigueur rythmique, on ressentira avec le Karajan londonien une légère régression, en particulier dans l’animation qui ira vers plus de statisme, moins de rubato (l’obsession métronomique du chef commence à se faire sentir), une façon de diriger plus rigide que souple et inspirée. Certaines œuvres en pâtiront plus que d’autres (intégrale des symphonies de Beethoven, Symphonie n°1 de Brahms, alors que la n°2 est excellente), mais ça n’empêchera pas de formidables réussites pas toujours égalées par la suite (Berlioz, Debussy, Tchaïkovski, Sibelius, Respighi).

Si la partie symphonique est parfois perfectible, le chef d’opéra se montre par contre sous son plus grand jour, bien aidé par une équipe de chanteurs sélectionnés par Legge, où l’on retrouve les noms désormais légendaires des Schwarzkopf, Seefried, Jurinac, Streich, London, Kunz, bientôt rejoints par Wunderlisch, Ludwig, Berry etc. On remarque alors que Karajan est un grand chef d’opéra, et que bien souvent, les défauts « classiques » du chef symphonique sont bien moins sensibles lorsqu’il dirige l’opéra. Cela a donné des Mozart passionnants (en particulier un Cosi irremplaçable) et surtout des Strauss (un Chevalier et une Ariane) historiques. La fin de l’ère Legge sera marquée par un génial Falstaff où la comparaison avec le remake des années 80 est parfois douloureuse.

Karajan période « karajanesque »

Au début des années 60 Karajan va devenir seul maitre à bord, exit Walter Legge, avec la signature d’un contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon pour le Philharmonique de Berlin. Pour le grand public l’intégrale des symphonies de Beethoven chez DGG sera le déclencheur de la renommée du chef autrichien, alors que pour certains critiques, ce sera le début des griefs qui s’aggraveront encore dans les années 70 et qu’on peut résumer ainsi : legato généralisé et envahissant, sonorité trop épaisse ne permettant plus la différentiation des plans sonores, tunnels interprétatifs pendant lesquels il ne se passe plus rien, tous les compositeurs joués de la même façon « à la Karajan ». Il faut reconnaître qu’il y a du vrai dans tout ça et que, surtout au disque et moins au concert, et selon l’inspiration du chef, cela sera plus ou moins sensible. En contrepartie, il saura développer avec Vienne et encore plus avec Berlin, désormais ses deux seuls instruments, une qualité orchestrale unique basé sur une dynamique phénoménale, un quatuor à cordes virtuose et surpuissant aux basses primordiales (héritage furtwänglerien assumé et cultivé), avec un ensemble de bois et de cuivres capable de toutes les colorations qui feront l’admiration du monde entier, qu’il entrainera inlassablement à se fondre dans le continuum sonore idéal qu’il a cherché pendant les premières années berlinoises, et qui s’est progressivement instauré dans les années 60 pour devenir la marque sonore de Karajan à partir des années 70. On entend très bien cette différence lorsqu’on compare la première génération d’enregistrements DG (Beethoven, Brahms années 60) avec les suivantes (intégrales 76-77 puis 82-84). Les plus typiques du grand style Karajan seront les deux dernières, donc aussi celles qui fâcheront le plus ses détracteurs, avec un legato qui va parfois bien au delà du raisonnable et ne correspond carrément plus à la partition (par exemple l’Allegretto de la Symphonie n°7 de Beethoven en 83 – exemple extrême certes – devient une invraisemblable mélasse informe par la suppression des notes pointées et l’ajout d’un pesant legato non demandé sur la partition : jamais Beethoven n’a écrit ça !). C’est un peu comme si le travail obsessionnel sur le son avait fait passer au second plan l’expression, qui parfois était laissée à l’écart, ou qui ailleurs était trop sophistiquée, manquant de simplicité (et en musique, la simplicité est toujours payante).

Que reste t-il alors de la fusion Toscanini-Furtwängler ? Finalement, de Toscanini bien peu, tout l’aspect rythmique, rugueux voir sec de l’italien a totalement disparu, reste toutefois une stabilité métronomique extrême sur laquelle Karajan sera très scrupuleux. De Furtwängler encore beaucoup, on pourrait même dire que dans certains cas Karajan copie ou imite son prédécesseur comme personne (premier mouvement de la symphonie n°5 de Beethoven, symphonie n°4 de Schumann, symphonie n°4 de Brahms). L’utilisation des contrebasses est directement héritée de Furtwängler. Et son fameux legato vient de l’admiration qu’il avait pour celui de Furtwängler, en particulier dans la symphonie Pastorale, sans comprendre tout à fait (comme personne d’ailleurs) comment le grand « Furt » y parvenait (il l’avait d’ailleurs interrogé sur ce legato magique lors d’une de leurs rares rencontres). Mais malheureusement Karajan a trop systématisé le legato comme le grand son : le son Karajan, qui peut être très impressionnant, n’a pas tout à fait la classe, la noblesse, et surtout la variété du « Furtwängler sound », mais reste néanmoins tellement plus riche que ce que réussissent à produire bien des chefs modernes. Et si l’on ne peut qu’admirer le fabuleux niveau auquel était arrivé Berlin avec Karajan, avec l’extraordinaire quantité de travail qui va avec, on s’est parfois demandé pourquoi tous ces efforts pour des interprétations tellement lisses qu’il ne s’y passait plus rien sinon du son : ainsi se souvient-on d’un concert à Pleyel où était donnée la Symphonie n°3 de Brahms : tempo rapide et uniforme, pas de progression dramatique à l’intérieur des mouvements, mise en place exceptionnelle et son d’une beauté à coupé le souffle mais totalement inexpressif qui fait qu’au moment de l’accord final on en était encore à se demander quand ça allait commencer. C’était un peu cela le paradoxe du Karajan « définitif », celui en tous les cas que lui-même voulait laisser à la postérité par ses disques et ses films toujours réactualisés : un travail orchestral exceptionnel mais tournant parfois (mais pas toujours ! qu’on se rassure) un peu à vide.

A sa décharge, encore que, il faut dire que bon nombres de disques faits dans cette période, n’étaient pas très soignés et faits de façon presque industrielle, à la chaîne. D’ailleurs il enregistrera beaucoup d’œuvres que jamais il ne joua en concert. C’est ainsi qu’apparaissent dans les disques ces fameux tunnels interprétatifs dont on peut mettre la faute autant sur un manque de temps et de préparation que sur un déficit d’inspiration ou d’imagination, ce qui n’existe pas chez Furtwängler et peu chez Toscanini, mais dont d’autres grands n’étaient pas à l’abri, tel Böhm, Walter (par exemple), pour ne rien dire des chefs modernes qui nous laissent parfois très perplexes. D’ailleurs, la légende qui veut que Karajan fût très méticuleux lorsqu’il enregistrait ne correspond toujours pas à la réalité. Ne disait-il pas d’ailleurs « un disque ça se refait, un concert jamais », sous-entendu, ne passons pas trop te temps sur l’enregistrement, au besoin on le refera, alors qu’il était plus exigeant pour le concert, ce que corroborent bien tous les témoignages de musiciens qui ont travaillé avec lui. Et ça s’entend lorsqu’on compare ses concerts et ses enregistrements. Il négligeait seulement un petit détail, un disque ça reste et ses défauts s’entendent de plus en plus à chaque nouvelle écoute, alors que le concert est éphémère. Heureusement quand il le voulait et qu’il se sentait réellement inspiré, il était capable de produire des enregistrements d’une toute autre tenue, personnels et originaux, qui resteront à jamais des jalons de l’histoire.

Recommandations discographiques

Les grandes réussites

La Création (OPB 1966 DGG) : Sans doute le plus beau disque de Karajan dans une œuvre, elle-même une des plus belle de toute l’histoire, qui l’a toujours inspiré (le live de Salzbourg 1965 chez DGG est également formidable).

Ainsi parlait Zarathoustra (OPB 1973 DGG) : Pour nous la meilleure du catalogue, tout interprète confondu. La version de Decca de 1969 avec Vienne est souvent plus réputée, nous n’avons jamais compris pourquoi tellement elle nous semble moins pleine que celle-ci. Et Berlin montre qu’il était alors le meilleur orchestre du monde.

Richard StraussDon Quichotte (, OPB 1965 DGG) : Pour nous la meilleure du catalogue. Il existe aussi une version audio avec Rostropovitch en 1975 chez EMI dont on pourra préférer l’édition vidéo.

Richard StraussUne vie de héros (OPB 1959 DGG) : Encore une grande réussite straussienne de Karajan dans une œuvre qu’il réussi assez bien à chaque fois. Une fois de plus le premier essai est le meilleur, les suivants restent fort honorables.

, , Coffret Ecole de Vienne (OPB 19673-74 DGG) : Coffret exemplaire, où Karajan a pris tout le temps nécessaire à sa préparation, avec un nombre incalculable de répétitions, le résultat est là. Vision personnelle mais passionnante de ces œuvres portée par un Philharmonique de Berlin écrasant la concurrence.

Symphonies et poèmes symphoniques (Phil 1956-60 EMI, OPB 1967-81 DGG et EMI) : Presque tout Sibelius est intéressant, avec une préférence pour les versions Philharmonia et les premières versions avec Berlin.

Et aussi

Musique pour cordes percussions et célesta (OPB 1960 EMI) : Seconde de ses trois versions du chef-d’œuvre de Bartók, celle-ci est nettement la plus belle.

Ludwig van BeethovenSymphonies N°5 et 8 (OPV 1948 et 1946 EMI) : Karajan première manière, irréprochable, brillant, synthèse entre Furtwängler et Toscanini.

Requiem allemand (OPV 1947 EMI) : Première version avec le duo Schwarzkopf/Hotter impressionnant.

Dimitri ChostakovitchSymphonie N°10 (OPB 1981 DGG) : Deuxième version légèrement préférable à la précédente pour la prise de son. Comme pour Prokofiev, la vision de Karajan est originale, différente des versions idiomatiques des chefs russes, et de fait apporte un éclairage passionnant.

La Mer (Phil 1960 EMI) : Coup d’essai, coup de maître qu’aucune de ses version suivantes n’approchera.

Symphonie N°2 et 3 (OPB 1969 DGG) : Si la symphonie n°2 oublie malheureusement la trompette ad libitum dans le final, le reste et particulièrement la n°3 est remarquable.

Poèmes symphoniques (OPB 1960-67 DGG) : Il s’avère que ces Liszt conviennent assez bien au style de Karajan, l’orchestre s’y montre superlatif, la mise en place est exemplaire.

Symphonie N°9 (OPB 1982 DGG) : Au milieu d’autres grandes versions, celle-ci tient bien son rang et constitue la plus belle réussite de Karajan dans Mahler.

Wolfgang Amadeus MozartConcertos pour cor (Denis Brain, Phil 1953 EMI) : Tout simplement génial, avec en soliste « LE » plus grand corniste de tous temps, mort hélas prématurément.

Symphonie N°5 (OPB 1968 DGG) : Version originale, lente, impressionnante, Berlin est une fois de plus au dessus du lot.

Ottorino RespighiLes pins de Rome (Phil 1958 EMI) : Orchestre fabuleux, prise de son exemplaire et inspiration du chef tellement supérieure au remake bien plat avec Berlin chez DGG. La meilleure version avec Toscanini.

Richard StraussSymphonie alpestre (OPB 1981 DGG) : Rien que pour écouter le Philharmonique de Berlin dans cette œuvre quasi visuelle, il faut avoir ce disque.

Opéra

Richard WagnerTristan et Isolde (Bayreuth 1952 Orfeo) : De loin la plus grande version avec celle de Furtwängler. Un Karajan inspiré, vibrant, brûlant, avec des interprètes (Mödl et Vinay) incandescents : une version qui prend littéralement à la gorge dès la première mesure et ne nous lâche pas avant la fin. Que de différences avec la version studio de 71-72 qui a perdue sa vie, son feu, sa passion au profit du seul plaisir du son.

Wolfgang Amadeus MozartCosi fan tutte (Phil 1954 EMI) : Dommage qu’il manque les récitatifs car le style mozartien est parfait et l’équipe de chanteurs inégalée.

Richard Strauss  – Le Chevalier à la Rose (Phil 1956 EMI) : L’équipe de Walter Legge au grand complet pour cet enregistrement de légende (le remake de 1984 chez DGG moins bon côté soliste).

Richard StraussAriane à Naxos (Phil 1954 EMI) : Miraculeux, d’autant que les interprètes réunis ici ne l’avait jamais joué à l’opéra.

Richard StraussSalomé (OPV 1977 EMI) : Une des dernières réussites incontestables de Karajan à l’opéra (les Verdi salzbourgeois de la même époque souffrent de distributions déséquilibrées, le Don Giovanni de 87 est froid comme une pierre).

Pelléas et Mélisande (OPB 1978 EMI) : Exemple même d’un enregistrement qui tenait à cœur au chef, particulièrement inspiré dans sa direction d’orchestre. Rien que pour ça, à connaître car Karajan reste un chef fascinant dans la musique française.

La Bohème (OPB 1972 Decca) : Enregistrement justement célèbre, Freni Pavarotti géniaux, orchestre fabuleux.

Vidéo

Ludwig van BeethovenSymphonie N°5 (OPB 1962 réal. H. G. Clouzot DGG) : Passionnant à regarder, musicalement proche de l’enregistrement en studio de la première intégrale DG.

Symphonie N°9 « Nouveau monde » (OPB 1966 réal. H. G. Clouzot DGG) : De loin la meilleure version Karajan, propulsée par une urgence du propos, tendue, vigoureuse, vivante, loin devant les multiples versions postérieures trop lourdes et statiques.

A connaître (ordre alphabétique)

Johann Sebastian BachPassion selon Saint-Mathieu (OPB 1966 Andante) : Tellement supérieure (malgré le son live d’époque) à la version de studio DG, et il y a la sublime Katheline Ferrier !

Johann Sebastian BachMesse en si mineur (OPB 1973 DGG) : Encore un enregistrement hors routine, avec des heures de répétitions. Des chanteurs de haut niveau, un grand chœur, un grand orchestre, ce n’est plus à la mode, mais de très grands moments de musique s’y trouvent. Ne plaira toutefois pas à tout le monde.

Beethoven, Brahms, Sibelius, TchaïkovskiConcertos pour violon ( OPB 1964-67 DGG) : Une collaboration exemplaire avec un soliste.

Ludwig van Beethoven Ouvertures (OPB 1965-69 DGG) : Moins bon de Furtwängler qui surclasse tout le monde (et que quelques autres anciens aussi), mais tellement mieux que presque tout ce qu’on entend de nos jours.

Ludwig van Beethoven Symphonies (OPB 1962-63 DGG – OPB 1976-77 DGG) : Même remarque que pour les ouvertures, pour le reste, préférer une de ces deux intégrales aux deux autres (Philharmonia EMI et OPB 83-84 DGG).

En version isolée les plus intéressantes sont :
-n°1 et 2 : 62 et 76 très proches
-n°3 1976 : de loin sa meilleure
-n°4 1962
-n°5 : les 3 versions DGG se ressemblent beaucoup
-n°6 1962. celle de 77 est un peu étouffante et rapide, celle de 82 encore un peu plus
-n°7 1978 Live chez Palexa : copie conforme de la version studio de 76 avec une prise de son plus naturelle et l’urgence du concert en plus. Tellement mieux que l’horreur de 83.
-n°8 1976
-n°9 1977 : très proche de la version 62, bien préférable à celle de 83 franchement trop lourde

En vidéo on préférera nettement les versions des années 70 (Unitel DGG) qui malgré leurs défauts sont bien plus intéressantes que les remakes des années 80 (Cosmotel Sony) à la prise de vue identique sur toutes les symphonies, systématiquement centrée sur le chef, assez monotone à visionner.

Ludwig van Beethoven Missa Solemnis (OPB 1966 DGG – OPB 1974 EMI) : Deux des versions les plus recommandables dans une œuvre très difficile à réussir.

Symphonie fantastique (Phil 1954 EMI) : Version surprenante, différente des suivantes avec Berlin, qui n’ont d’intérêt que pour la performance de l’orchestre (DG 1974).

Symphonies n°2 et n°4 (Phil 1955 EMI – OPB 1963 ou 1978 DGG) : Karajan a toujours beaucoup mieux réussi les symphonies paires que les impaires (il y a des difficultés dans ses n°1 et la n°3 lui échappe assez, sauf dans sa version Decca avec Vienne en 1960)

Symphonie n°9 (OPB 1966 DGG) : Globalement le Bruckner de Karajan est, comme les autres, surclassé par Furtwängler, Jochum, Abendroth, mais les versions Karajan bénéficient en général de la phénoménale qualité des Berliner Philharmoniker qui en fait tout l’intérêt. La plus réussie est cette n°9 de 1966. Ses n°5 et n°8 de l’intégrale DG, malgré leur statisme, sont très impressionnantes.

Les Planètes (OPV 1961 Decca) : Technicolor luxueux, mais ça convient bien à cette œuvre. Exemple rare d’une œuvre non exécutée en concert mais réussie en enregistrement.

Symphonies n°4 et n°6 (OPB 1979 et 1977 DGG) : La symphonie n°6 par Karajan en concert était une expérience à vivre tellement l’orchestre était impressionnant, le disque en est un reflet assez fidèle. La symphonie n°4 est très sophistiquée, assez exemplaire dans cette optique, avec un orchestre exceptionnel.

Wolfgang Amadeus MozartGrande Messe en ut mineur K. 427 (OPB 1981 DGG) : A part Barbara Hendrix en difficulté dans les graves, c’est une belle version.

Opéra

Wolfgang Amadeus MozartLes Noces de Figaro (OPV 1950 EMI) : Un tempo d’enfer qui n’est pas forcément une bonne idée partout, et qui peut mettre les formidables chanteurs en difficulté. A connaître pour l’ensemble.

Madame Butterfly (OPB 1974 Decca) : Presque aussi bien que La Bohème.

Giacomo Puccini Turandot (OPV 1981 DGG) : Enregistrement gâché par un contre-emploi catastrophique pour le rôle titre, mais le reste est impressionnant, surtout pour une performance phénoménale de l’orchestre.

Autres Vidéos

Johannes BrahmsRequiem Allemand (Janovitz, van Dam, OPB 1978 DGG) : Pour voir comment Karajan s’y prenait pour impressionner visuellement ses spectateurs.

New Year Concert 1987 (OPV 1987 Sony) : Exemplaire du vieil homme souffrant le martyr, mais faisant comme si de rien n’était pour que la fête soit complète. Emouvant.

Richard StraussAinsi parlait Zarathoustra (OPB 1987 Sony) : prise de vue monotone « à la Karajan » mais superbe performance.

Richard Strauss Symphonie alpestre (OPB 1983 DGG) : Idem, dommage qu’on n’ait pas de plans plus larges ou d’ensemble de l’orchestre car dans une telle œuvre ça peut être spectaculaire.

Crédit photographique : Portrait © Sony

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