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Rossini exotique mais autrement troublant

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 18-IV-2008. Gioacchino Rossini (1792-1868) : Le Barbier de Séville, opéra en 2 actes sur un livret de Cesare Sterbini. Mise en scène : Coline Serreau. Décors : Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine. Costumes : Elsa Pavanel. Lumières : Geneviève Soubirou. Avec : Javier Camarena, Il Conte d’Almaviva ; John Del Carlo, Bartolo ; Maria Bayo, Rosina ; George Petean, Figaro ; Samuel Ramey, Basilio ; Igor Gnigii, Fiorello ; Jeannette Fischer, Berta. Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Marc Piollet.

Le Barbier de Séville

Créée en 2002, la mise en scène du Barbier de Séville par passe pour sympathique et agréable, exactement comme si son exotisme n’avait d’autre ressort que sa rutilance. Dans ses Notes de mise en scène, la dramaturge justifie son choix de décor : « Séville, occupée quatre cents ans par les musulmans qui y ont laissé une forte empreinte […] Pour que cette histoire nous parle aujourd’hui, j’ai voulu qu’elle se passe dans un monde où l’enfermement de la moitié de l’humanité est encore la règle. » Et, sur la page de gauche, une photo : « Wazira, 17 ans. Réfugiée afghane. Pakistan. Juin 2001. » Mais une fois l’ouverture plutôt scolairement servie par l’ dirigé par Marc Piollet, le rideau s’ouvre sur une mise en scène aux coloris orientaux mais aux ressorts bien vaudevillesques. Il semble en effet que les revendications consignées dans le programme ne trouvent de développement scénique aussi explicite. Même si Rosina est peut-être plus héroïque qu’ailleurs, même si Figaro est alors fédérateur pour autant qu’il est maladroit, c’est peut-être d’une manière plus discrète et formelle que la subtilité du parti pris pouvait percer. Pour autant que le programme ne le rappelle pas, nous nous souvenons que les talibans avaient notamment interdit la musique.

Or, dans ce Barbier de Séville, les premiers personnages qui apparaissent sont des musiciens complices des projets du Comte d’Almaviva de conquérir Rosina et de la délivrer de la tutelle de Bartolo. Et tout le long de l’opéra, chaque fois que la musique reprend le dessus, c’est pour permettre aux personnages d’exprimer des émotions que l’intrigue tend tellement à leur souffler. Et ce qui faisait justement plaisir à voir, c’était la grande cohésion qui unissait les solistes. Le côté « numéro » était relativement contenu dans une discipline collective ouvertement délectable : le cabotinage des uns n’allant jamais jusqu’à rompre avec la solidarité dramatique qui régnait de bout en bout du spectacle. On ne peut pourtant passer sur la hiérarchie des applaudissements qui force à rappeler que l’Air de la Calomnie par était sûrement l’un des moments les plus vaillants de la soirée, tandis que pouvait donner envie de plus de puissance dans le fameux Largo al factotum.

Crédit photographique : Eric Mahoudeau

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