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Pacotille, carton-pâte, vacuité et indigence

La Scène, Opéra

Paris, théâtre du Châtelet. 27-V-2008. Amadeo Vives (1871-1932) : La Generala, opereta en 2 actes sur un livret de Guillermo Perrín et Miguel de Palacios. Mise en scène : Emilio Sagi ; décors : Daniel Blanco ; costumes : Jesús Ruiz ; lumières : Eduardo Bravo ; chorégraphie : Nuria Castejón. Avec : Carmen Gonzales, Berta de Tocateca dite Mancelle Canard (la Generala) ; Enrique Ferrer, Príncipe Pio ; Beatriz Diaz, Princesa Olga ; Itxaro Mentxaka, Reine Eva ; Enrique Baquerizo, Cirilo II ; Miguel López Galindo, Clodomiro V ; José Luis Gago, Duque de Sisa ; David Rubiera, General Tocateca ; Enrique Viana, Dagoberto ; Richard Collins-Moore, Guanajato ; Francisco Navarro, El Coronel ; Alberto Ríos, El Capitán ; Ana Santamarina, Ana ; Ángeles Barragán, Isabel ; Paloma Curros, María ; Ana María Ramos, Natalia ; Paloma Suárez, Laura ; Joaquín Córdoba, Jorge ; Enrique Bustos, Carlos ; Caroline Petit, Sirvienta 1 ; Caroline Allonzo, Dame 1 ; Elsa Vacquin, Dame 2. Chœur du Châtelet (chefs de chœur : Antonio Fauró et Alexandre Piquion), Orquestra de la Comunidad de Madrid, direction musicale : José Fabra.

La Generala

A-t-on besoin d’un tel genre de spectacle ? On croyait l’immense ratage du Chanteur de Mexico présenté la saison dernière comme une leçon prise de la part du directeur du Châtelet. Les productions suivantes, peut-être contestables, avec leurs qualités et leurs défauts n’ont jamais fait preuve de pauvreté artistique. Voilà que la scène du centre de Paris en remet une louche avec l’opérette de grand-papa. Certes il faut des spectacles léger et divertissants à l’opéra, mais réfléchir et faire réfléchir n’est pas un délit ! Cette production de La Generala est à oublier au plus vite.

L’œuvre en elle-même n’a rien d’extraordinaire. L’argument est des plus convenu : un roi oisif détrôné (Cirilo II), son fils (à papa) flambard (Pio), une famille ruinée. Il faut donc trouver un bon parti, une princesse bien dotée en héritage, et tant pis pour les sentiments : ce sera Olga, fille du roi Clodomiro V. L’intermédiaire est un ancien ambassadeur, le fringuant général Tocateca, qui vient de se marier à une ancienne meneuse de revue de Paris, Berta, dite Mancelle Canard, devenue « générale » (La Generala). Bien sur, le prince Pio s’éprend de la Generala, mais tout rentre rapidement dans l’ordre pour un heureux dénouement. La musique d’ est des plus oubliables, elle ne possède aucune particularité, ni mélodique, ni harmonique, ni rythmique et l’orchestration, quoique habile, n’a rien d’exceptionnel. Quand les grosses ficelles sont sorties, peut-être qu’un plateau et une fosse hors-normes pourront porter cette zarzuela [ndlr : opérette espagnole]. Que nenni, l’Orchestre de la Communauté de Madrid possède des cordes aigres, des vents hétérogènes, la justesse est plus qu’approximative… au moins ils jouent en rythme. La distribution est aussi inégale. Aucun second rôle ne se détache du lot. Les protagonistes sont tous un peu falots et ne caractérisent pas franchement leurs personnages. de surcroit détimbre fâcheusement tous ses aigus. Seules la désopilante reine Eva d’Itxaro Mentxaka et la princesse Olga de Beatriz Diaz sont de haut niveau.

Il ne reste plus qu’à espérer que la mise en scène et la scénographie relèvent le niveau. Hélas c’est bien là le point le plus faible du spectacle. Les conventions les plus banales de l’opérette de bas de gamme sont réunies dans ces deux (longues) heures : gesticulations frénétiques, sourires niais, plumes à foison, jambes de danseuses en l’air, gestuelle prévisible, pluie de cotillons sur le public, … La Generala a été composée en 1912, au moment ou les empires s’effritent, le trône d’Espagne – un pays qui a raté la révolution industrielle du XIXe – vacille, les anciennes colonies espagnoles d’Amérique du Sud, indépendantes depuis peu, sont bien plus riches que l’ancienne puissance, et l’aristocratie européenne, dépourvue peu à peu de ses pouvoirs, de ses prérogatives et de ses territoires, s’appauvrit et se replie de plus en plus sur elle-même dans un monde qui n’allait pas tarder à sombrer dans le premier conflit mondial. n’a eu cure de tout cela pour concocter un spectacle navrant de bêtise et de stupidité. Non ! La zarzuela ce n’est pas seulement ce genre de pièces creuses et superficielles. Dommage qu’une vision tellement indigente ait été donnée au public parisien de ce genre scénique. Avec une telle production nivelée par le bas qui donne du temps de cerveau disponible, le Châtelet est le TF1 de la scène lyrique parisienne.

Crédit photographique : Carmen Gonzales (La Generala) © Marie-Noëlle Robert

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