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Gustavo Dudamel enflamme Pleyel

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 30-V-2008. Zoltán Kodály (1882-1967) : Danses de Galanta. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en la mineur opus 77. Igor Stravinsky (1882-1971) : L’oiseau de feu, suite. Nikolaj Znaider, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Gustavo Dudamel.

Depuis le concert du « Nouvel an à Caracas » diffusé sur Arte pour le passage en 2008 qui jouait le rappel de sa tournée mondiale avec l’Orchestre des Jeunes du Venezueala « Simón Bolívar », depuis qu’on sait que Sir Simon Rattle a dit qu’il était « le chef le plus étonnamment doué que j’ai jamais rencontré », on ne peut pas lire un article sur sans qu’il soit désigné comme un « prodige ». Et alors que le vénézuelien de 27 ans prendra en 2009-2010 la succession de Salonen à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles, au lieu de verser dans quelque « Dudelmania » (énième culte de la personnalité ?), profitons justement de ce que vient bouleverser dans la direction d’orchestre.

Si on déduit de cette expérience « Simón Bolívar » un attrait de pour les répertoires dits populaires, le programme du concert qu’il donnait avec l’ montrait que l’intérêt pour le populaire en musique ne saurait être univoque. Là où Chostakovitch était accusé de formalisme quand il opposait un style si hargneusement personnalisé aux injonctions esthétiques de l’Union Soviétique, c’est peut-être à l’exotisme salonnard des romantiques tels Liszt ou Chopin que, comme son ami Bartók, Kodály opposait une sobriété des plus vives. Ses Danses de Galanta trouvaient sous la baguette de Gustavo Dudamel des ampleurs orchestrales assumées pour ce qu’elles sont (sans se laisser « benoîtiser » par le fait qu’elles restituent) et prennent leur expressivité là où elle est. La justesse de l’expressivité à ne pas non plus se vouloir au-dessus de l’agencement narratif permet à chaque séquence de gagner sa démesure, son éclat, quelque chose de radical de toute façon.

Porté par un début de concert si franchement éblouissant, le public de Pleyel accueillait chaleureusement le violoniste pour le Concerto pour violon et orchestre n°1 de Chostakovitch. Dans le Nocturne, le timbrage du violoniste était proprement inouï, l’équilibre entre le soliste et l’orchestre tout en démêlé de ces rapports harmoniques sans complaisance dont jamais les musiciens ne venaient en appuyer l’étrangeté. Dans la Passacaille, mettre du vertigineux dans une ligne haute et ténue est forcément très risqué tant on y perd couramment toute sobriété. Or, c’est bien par le dépouillement que le soliste rendait la partition tellement ahurissante. Enfin le mouvement Burlesque était évidemment vif, sans que la légèreté ne sacrifie à la granité du caractère, valant à d’être acclamé plus que fougueusement par le public.

En seconde partie, la suite de L’oiseau de feu de Stravinsky donnait à Gustavo Dudamel l’occasion d’emmener l’Orchestre Philharmonique de Radio France dans des nuances surprenantes. La coloration des plans prenait même parfois le pas sur l’élan de la narration, mais la retenue dans le typé de certaines cellules donnait à l’unité de l’orchestre une hauteur de point de vue formidable parce que charnelle quand même.

Crédit photographie © AP/Urs Flueeler.

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