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Sokhiev ose un Mandarin Merveilleux d’une rare violence !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Halle aux Grains. Le 14-VI-2008. Johannes Brahms (1833-1897) ; Symphonie n° 3 en fa majeur, op. 90. Béla Bartók (1881-1945) ; Le Mandarin Merveilleux, suite pour orchestre Op. 19  ; Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Tugan Sokhiev.

Après un extraordinaire concert entièrement consacré à Johannes Brahms l’attente de cette troisième symphonie était vive. On ne fera pas injure au tout jeune chef ossète en disant que le miracle ne s’est pas reproduit ce soir.

La troisième symphonie débute par un ample mouvement, allegro con brio, qui est en fait assez austère. Il demande une maturité et une tension qui n’a pas été totalement obtenue par et son orchestre en ce début de programme. Car il s’agit maintenant d’une chose certaine, est le chef principal de l’, cette nomination ayant comblé autant le public que l’orchestre. Par contre dès l’attaque de cette symphonie la pâte orchestrale est très prometteuse et on ne peut que se réjouir de la voie vers le romantisme allemand ainsi tracée par ces artistes. Les deuxième et troisième mouvements ont par contre été extrêmement poétiques. La complicité qui unit le chef et ses musiciens n’est plus à démontrer, elle est d’une telle évidence que l’oreille et l’œil s’en réjouissent constamment. Ce soir un véritable duo c’est créé entre le chef et son clarinettiste italien : David Minetti. L’entente a été si parfaite que le soliste semblait inventer des sonorités issues des gestes poétiques du chef, osant des phrases si longues que son souffle paraissait infini. Les autres instrumentistes galvanisés ont tous donné le meilleur d’eux-mêmes. Cet andante a sonné comme un hymne à la poésie, porté par la clarinette de David Minetti. Le si beau thème du troisième mouvement, poco allegretto, passant des violoncelles aux violons puis aux cors et aux bois a ensuite touché droit au cœur. Tant de tendresse et de délicatesse semblant irréelle. Le final, allegro, a terminé en apothéose cette symphonie dont en fait, seul le début a été un peu décevant.

C’est la deuxième partie qui a été particulièrement réussie et même au-delà de toute attente a constitué une véritable apothéose. Annoncées par dans un français en grand progrès, les cinq miniatures des images hongroise de Bartók ont donné lieu a des moments pleins d’humour. La précision rythmique et la beauté des couleurs de l’orchestre ont fait merveille. Le contraste avec l’âpreté et la violence du Mandarin Merveilleux n’en a été que plus spectaculaire. La suite d’orchestre que Bartók a tirée de son deuxième ballet est une pièce qui a la même force et la même violence que la Sacre du printemps de Stravinsky, autre ballet prodigieux et pièce d’orchestre virtuose crée cinq ans auparavant.

Le public a été saisi par cette interprétation fascinante. Osant des dynamiques à la limite du raisonnable Tugan Sokhiev a déchaîné un flot de sonorités inouïes. Couleurs vives et rythmes frénétiques ont apporté toute la sauvagerie demandée par cette partition cruelle. Répondant à ses propositions avec jubilation, tout l’orchestre a fait montre d’une audace incroyable et d’une virtuosité irréelle. Tous les pupitres ont mérité des éloges et la chef a pris le temps de faire saluer ses musiciens sous les salves d’applaudissements d’un public ivre de sonorités magiques tout aussi effrayantes qu’irrésistibles. Il s’est passé un moment rare et inoubliable à Toulouse ce soir avec ce Mandarin Merveilleux !

Crédit photographique : Tugan Sokhiev © DR

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