Fondation Bettencourt megaban2018

Une fin de saison colossale

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Halle aux Grains. Le 27-VI-2008. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en fa mineur, op. 54. Serge Prokofiev (1891-1953) : Suite scythe, op. 20 ; Alexandre Scriabine (1872-1915) : Poème de l’extase, op. 54. Philippe Bianconi, piano. Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Tugan Sokhiev.

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Pour certains, la soirée commençait mal car ce concert prévu avec Hélène Grimaud et le concerto de Schumann avait ensuite été annoncé avec le Concerto n°2 de Rachmaninov, puis le concerto initialement prévu est revenu mais c’est Hélène Grimaud souffrante qui n’a pu venir…

n’est pas inconnu des Toulousains qui ont pu l’apprécier au Piano aux Jacobins. Auréolé de succès internationaux, cet immense artiste a offert une véritable leçon de musique de chambre au public d’abord étonné puis au final charmé. Ce concerto de Schumann est d’une rare musicalité car il offre de véritables moments d’échanges et des dialogues délicats avec les pupitres de l’orchestre. Toute la virtuosité est ici au service de l’émotion. La finesse et la classe de cette interprétation resteront dans les mémoires. , avec un orchestre allégé, a joué le jeu de la musique de chambre et la communion entre les musiciens a fonctionné à merveille. On peut rêver interprétation plus fantasque ou plus passionnée mais certainement pas plus musicale et délicate. La longue cadence du soliste dans le premier mouvement a été un moment d’une rare émotion. Le plaisir de l’écoute mutuelle de tous les musiciens a été manifeste, offrant de belles preuves de complicité. En bis, la Variation posthume V des Etudes Symphoniques de Schumann a prolongé la grâce du jeu admirable de , très extraordinaire musicien.

La deuxième partie de ce concert a réservé à bon nombre d’auditeurs une surprise de taille, dans tous les sens du mot. L’installation de près de 110 musiciens annonçait un choc. C’est un cataclysme qui est arrivé ! Avec deux œuvres symphoniques rarissimes.

La suite scythe de Prokofiev est une œuvre d’une rare violence, débutant par une impression de terreur noire. D’autres moments calmes et subtilement orchestrés permettent aux oreilles de retrouver un calme bien rare et d’autant plus précieux. Avec une maestria peu commune domine cette partition sauvage et la rend lisible et compréhensible entraînant ces nombreux musiciens comme un seul homme.

Mais c’est la deuxième suite symphonique russe, le poème de l’extase de Scriabine qui est la plus spectaculaire. Comme il est étrange qu’un chef si jeune se montre si à l’aise dans cette pièce hétérogène et pas toujours très subtile mais d’une constante difficulté. Les effets sont toujours puissants, parfois excessifs, allant vers la limite de la satiété. La raison semble absente de cette vision bien pathétique de l’extase par Scriabine. La démesure règne partout y compris dans un effectif orchestral hallucinant (9 contrebasses, 10 cors !). La salle de la halle aux grains, pourtant vaste et capable de recevoir 2500 personnes, a semblé parfois trop étroite et proche de la saturation. Dans ce magma sonore qui ne permet pas toujours de distinguer tous les instruments, dont les deux harpes parfois noyées, c’est la trompette solo qui a semblé tisser ses thèmes en des trésors de musicalité. René-Gilles Rousselot, trompette solo, arrive à rester naturel tout du long, à la fois incisif et précis. Sa performance est hallucinante et il a bénéficié d’acclamations bien méritées.

Le public abasourdi a fait un triomphe à son orchestre et à son chef qui leur ont offert un si insolite voyage dans les profondeurs de l’âme russe. Ce soir c’est son énergie volcanique, sa démesure et sa noirceur qui l’a séduit.

La saison symphonique se termine grandiose et c’est pourtant très sobrement, après tous ces débordements, que Tugan Sokhiev a lancé « à la saison prochaine ! ». Nul doute qu’elle sera électrisante. Avec en particulier le Sacre du Printemps

Crédit photographique : Philippe Bianconi © DR

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