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Voyage musical en l’Abbaye de Sorèze

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Sorèze, Abbaye-école. 11-VII-08. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partita III en mi majeur, BWV 1006 ; Johann Christoph Friedrich Bach (1732-1795) : Sinfonia en ré mineur ; Heinrich Ignaz Frantz Biber (1644-1704) : 1ère sonate du Rosaire ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Divertimento KV136 ; Vêpres solennelles d’un confesseur KV339 ; Zad Moultaka (né en 1967) : Khat (création mondiale) ; I had a dream (2007) ; Orchestre de chambre de Toulouse, violon solo et direction Pierre Bleuse ; Chœur de chambre les éléments, direction : Joël Suhubiette.

Festival Musique des Lumières 2008

, le directeur artistique du Festival Musiques des lumières, a offert en cette fin d’après-midi et cette soirée, une bien agréable manière de prendre connaissance des divers lieux de concerts de l’Abbaye-école de Sorèze. La complicité qui a uni le chœur des éléments et l’ a parfaitement fonctionnée. Dans la chapelle, avec une grande sobriété et une parfaite maîtrise technique. Pierre Bleuse a offert une très belle interprétation de la Partita III de Bach. Le temps de faire sienne l’acoustique du lieu, toute la poésie, la rigueur et la fantaisie de cette partita nous a été offerte par ce fin musicien. Plus tard dans l’abbatiale accompagné à l’orgue par Saori Sato il a proposé la Première sonate du rosaire de Biber dans une acoustique bien peu adaptée, qui n’a pas permis de goûter pleinement la sûreté et la virtuosité de son interprétation.

Puis dans la salle des Illustres, récemment rénovée avec goût, c’est tout l’orchestre de chambre qui, sous sa direction enjouée, nous a permis de passer du baroque vers le classicisme. La sonorité mate de la salle a privilégiée les cordes graves, mais c’est avec une belle homogénéité que la Sinfonia en ré mineur de Johann Christoph Friedrich Bach fils trop peu connu, mais pas le moins doué, du célèbre Cantor, a agréablement sonnée. Énergie, fougue, humour sont des qualités bien connues de l’ensemble avec cette belle complicité de tous les instants. Mais c’est dans le Divertimento K 136 de Mozart que les musiciens ont montré le plus de d’audace et de charme.

La transition était faite vers l’Abbatiale dans laquelle la réunion des deux ensembles a offert une très belle version des Vêpres solennelles d’un confesseur de Mozart. Ces six motets laissent une impression d’exultation qui a dominé toute l’interprétation proposée par Jœl Suhubiette. L’aisance vocale et instrumentale a permis au public de se laisser étourdir avec ravissement. Ces moments d’hommage au baroque et ces audaces harmoniques délicates font le charme de ces œuvres. La grande fugue du Laudate Pueri a été exécutée avec une virtuosité joyeuse rare. Le Laudate Dominum enchanteur de poésie planante a été un moment inspiré. À la fois dans le détail et dans une vision d’ensemble cohérente les interprètes ont suivi sans faillir la belle énergie impulsée par .

Après un pique-nique très agréable dans le parc, le concert de la soirée, à la nuit tombée dans la cour des rouges, était très attendu. En présence du compositeur libanais, , les Eléments ont interprétés deux de ces œuvres parmi les plus originales. La création mondiale de Khat a d’emblée interpellé par son audace. Ce n’est plus le mot qui a inspiré le compositeur mais les lignes d’écriture de la calligraphie arabe et le son des lettres. Dégagé du problème du sens la découverte d’une forme de jouissance sonore vocale est ainsi mise en lumière. Géniale audace pour les uns déstructuration trop dérangeante pour d’autres, personne ne peut rester indifférent. D’autant que Joël Suhubiette prend à bras le corps cette partition qu’il défend avec feu. Ses chanteurs virtuoses, avec une concentration hors du commun, répondent aux sollicitations du chef et aux audaces inouïes du compositeur avec art. La performance vocale est tout simplement stupéfiante ! La deuxième œuvre, I had a dream, est une réaction du compositeur au fait que l’homme reste trop indifférent au malheur de son prochain et peut rester très sectaire. Après le cyclone Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans il a utilisé des paroles de rescapés pour faire un sous-texte au fameux discours de Martin Luther King. Rien ne semble avoir changé depuis le fameux discours. Le racisme perdure même dans la détresse.

La bande son du discours de 1963 est diffusée intégralement à son propre tempo. Le chœur de solistes intervient avec les paroles des rescapés et utilise des percussions. Le résultat est indescriptible et absolument fascinant. La musique est présente dans le discours autant que chez les chanteurs. Le moment clef : I have un dream est le paroxysme émotionnel et rythmique du morceau. On ne sort pas indemne de l’écoute de cette œuvre. Le public l’a manifesté, qui a fait un triomphe aux interprètes et au compositeur.

Par chance, le CD intégralement dédié aux œuvres de interprétées par Joël Suhubiette et le chœur les Eléments, qui sortira dans les bacs à la rentrée, était disponible en avant-première. Manière d’approfondir la compréhension de l’œuvre particulièrement forte et originale d’un compositeur qui pousse les voix dans leurs retranchements et qui a trouvé en Jœl Suhubiette un complice amical et un interprète inspiré, et dans son chœur les éléments les virtuoses audacieux exigés. Nous aurons l’occasion sur Resmusica de critiquer ce CD sous peu.

Crédit photographique : Joël Suhubiette © Alain Rezzoug ; Zad Moultaka © Arthur Péquin

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