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Cycle Boulez au Louvre : le clavier bien démembré

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Auditorium du Louvre. 14-XI-2008. Arnold Schœnberg (1874-1951) : Cinq pièces pour piano opus 23. Pierre Boulez (né en 1925) : Troisième sonate. Elliott Carter (né en 1908) : Deux diversions, par I & II ; Two thoughts for piano (création française). Olivier Messiaen (1908-1992) : Iles de feux I & II, extraites des Quatre études de rythme. Pierre Boulez, conférencier. Pierre-Laurent Aimard, piano.

Dans le cadre de la série de concerts «Le Louvre invite », il était tout naturel qu’une soirée soit consacrée à Elliott Carter. Non seulement parce que, comme nous avise le programme, il a été surnommé «le Boulez américain», mais aussi parce que le compositeur fêtera son centenaire le 11 décembre prochain. Pour l’occasion, le pianiste lui a commandé une pièce (Caténaires) qui forme un diptyque (Two thoughts for piano) avec une œuvre créée en 2005 (Intermittences) par Peter Serkin.

Mais avant de jouer Carter, a commencé le concert avec Cinq pièces pour piano de Schœnberg. L’opus 23 est présenté comme emblématique de l’engagement du compositeur dans le dodécaphonisme. L’inventeur de la série fait alors entendre qu’en plus de la gamme, c’est la structure et l’unicité de l’œuvre qui se trouvent bouleversées par la déhiérarchisation systématique des rapports harmoniques.

Avant de jouer deux «formants» de la Troisième sonate, Pierre-Laurent Aimard accueillait son hôte sur la scène de l’Auditorium. a donc livré quelques descriptions de son écriture pour le piano, expliquant notamment qu’inspiré du Coup de dés de Mallarmé, son œuvre ne se voulait surtout pas organique, jusqu’à se faire programmatiquement fragmentaire, preuve que le hasard y occupe une valeur déterminante. Pierre Boulez a justifié comme ça que son œuvre était structurée en «formants», justement pas en «mouvements», à cause des connotations pré-établies que le terme tellement employé par les symphonistes pouvait lui faire encourir. Mais il était d’autant plus intéressant d’avoir entendu le compositeur préciser que le mot «formant» recouvrait la somme des harmoniques qui forment le timbre quand, au piano, Pierre-Laurent Aimard déconnectait l’expressivité de l’articulation, offrant des timbrages exaltés par l’éclatement de toute espèce de rondeur tonale ou rythmique.

C’est alors que le pianiste s’est lancé dans deux couples d’œuvres d’Elliott Carter, Deux diversions, par I & II et Two thoughts for piano, expliquant d’abord qu’il s’agissait de pièces dans lesquels les deux voix s’opposaient en vitesse et en comportement : pendant que l’une accélérait et se stabilisait rythmiquement, l’autre ralentissait en se déstabilisant, permettant aux transitions d’avoir des ambiguïtés polyrythmiquement excitantes. Effectivement, dans Intermittences, la volupté des superpositions est telle que la structure n’est plus aussi à cheval ou coriace avec les critères jusque là manipulés avec fougue dans la rigueur.

Comme par hasard zodiacal, est né la veille d’Elliott Carter (le 10 décembre 1908). Pour terminer le concert, après les «deux fois deux» pièces d’Elliott Carter, Pierre-Laurent Aimard a conclu avec les Iles de feux I & II, les deux mouvements extrêmes des Quatre Études de rythme que Messiaen a composées en 1949-50. Si les partis-pris formels étaient aussi résolus que le caractère de la pièce vigoureux, le public applaudissait la fin du concert avec enthousiasme, en gardant une sorte de retenue reconnaissante de la solennité que sa formidable cohérence historique venait donner au programme.

Crédit photographie : © Guy Vivien

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