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Christian Zacharias, la loi du cumul des humeurs

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 27-XI-2008. Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate en fa majeur Hob. XVI : 29. Robert Schumann (1810-1856) : Grande Humoresque en si bémol majeur opus 20. Claude Debussy (1862-1918) : Sept Préludes extraits du livre I. Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate en ré majeur Hob. XVI : 24. Christian Zacharias, piano.


Le texte rédigé par Christophe Huss pour le programme du récital de , rappelle une lettre de Schumann à Simonin de Sire, dans laquelle le compositeur explique que le titre d’Humoreske ne peut pas être tout à fait parlant pour les francophones, qu’il «n’existe pas en français de mot qui puisse décrire ces deux concepts profondément ancrés dans la culture allemande : Das Gemütliche (Schwärmerische) [ce qui est tranquille, ou rêveur] et Humor, combinaison heureuse de Gemütlichkeit et d’esprit.» En interprétant les vingt-sept miniatures associées dans la Grande Humoresque en si bémol majeur opus 20, au lieu de laisser échapper de la particulière brièveté des pièces l’habituelle un peu mièvre légèreté artificiellement régularisée, a investi les ruptures de caractère avec la curiosité des particularités locales, jusqu’à donner à l’impossibilité de leur continuité une teneur exactement tragique et presque délectable.

Mais justement, avant de jouer la Grande Humoresque de Schumann, Zacharias a commencé le concert par la Sonate en fa majeur Hob. XVI : 29 de Haydn. Tant dans sa manière de terminer les phrases en en dégonflant la moindre prévisibilité que dans son plaisir à explorer la variété d’ambiances qu’elle peut contenir, le pianiste devait trouver dans la partition de Haydn une sorte de désinvolture à l’égard de la structure, n’ayant tout à fait d’attention que pour une élaboration poétique du contrepoint. De sorte que l’ampleur des phrases ne semblait jamais dépendre que de la somme des humeurs qu’elles peuvent être capables de contenir.

La deuxième partie du concert commençait par un bonus : en plus des Six Préludes extraits du livre I annoncés par le programme, Zacharias proposait tout d’abord le premier Prélude. Là encore, en restituant le caractère que pourrait prendre la pièce si elle prenait un entrain qu’elle n’a pas, comme des fantômes sonores des ziziques urbaines, au ralenti et, gagnant à la décomposition, mieux qu’un dépouillement, le plaisir de structurellement craqueler. Enfin, la Sonate en ré majeur Hob. XVI : 24 donnait au pianiste une dernière occasion d’affirmer qu’au plus près de leur architecture, les différents plans qui se succèdent sont autant de possibilités qui, inouïes, laissent entendre les autres.

Crédit photographie : © Marc Vanappelghem.

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