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Des airs sacrément opératiques

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Opéra Comique. 06-XII-2008. William Croft (1678-1727) : What art thou. Henry Purcell (1659-1695) : Jehovah quam multi sunt ; Hosanna to the highest ; Lord, what is man, lost man ; Hear me O Lord ; Tell me some pitying angel tell ; Since God so tender a regard ; O, all ye people, clap your hands ; In the midst of Life ; In guilty night ; The night is come ; Close thine eyes ; Now that the Sun. John Blow (1649-1708) : Peaceful is he and most secure ; Salvator mundi. Pelham Humfrey (1647-1674) : Lord I have sinned ; Wilt thou forgive that sin. Claire Debono, Miriam Allan, sopranos ; Thomas Michael Allen, haute-contre ; Paul Agnew, ténor ; Konstantin Wolff, basse ; Anne-Marie Lasla, viole de gambe ; Elizabeth Kenny, théorbe ; Les Arts Florissants, clavecin, orgue, direction : William Christie

Quelques semaines avant de célébrer son trentième anniversaire, investissent l’Opéra Comique pour, au-delà de la production de Didon et Enée mise en scène par , mettre en avant la variété du répertoire de Purcell. Le concert intitulé «Divine Hymns» reprenait, dans le même ordre et avec les mêmes chanteurs et musiciens, le programme du disque paru l’an dernier chez Virgin sous ce même titre. L’occasion de découvrir les contemporains de Purcell, à commencer par William Croft, dont la ligne mélodique ornée What art thou était interprétée par la soprano Miriam Allan avec un phrasé mesuré, sans effet de timbre trop théâtral. Alors que, dans Tell me, some pitying angel de Purcell, , plus dramatique, faisait peser les contrastes et l’étendue de ses articulations et de ses timbrages jusqu’à mimer le sanglot (le texte extrait de Luc 2, v. 42, racontant l’impatience de trouver le chemin de l’amour).

De manière générale, nous pouvions être surpris par la sensualité que Purcell pouvait donner à ses partitions sacrées, pour autant que la passion est toujours mise à distance, si ce n’est effacée par la perspective de la transcendance sensée l’illuminer. Suivent une plage d’une volupté sympathique mais boudinant le dévouement et, pour finir la première partie du concert, O, all ye people, clap your hands, d’un brillant grisé de sa gloire, d’une impressionnante homogénéité entre les phrasés des chanteurs.

Mais c’est dans la seconde partie que l’aspect spirituel était encore le plus dramatiquement appuyé. D’abord, dans les sentences funèbres In the midst of Life de Purcell, la ferveur se pressure sur le ton de la peur de l’abandon, impliquant des couleurs vocales du coup un peu scolaires. En solo avec le théorbe d’Elizabeth Kenny, dans l’anthem de , faisait preuve d’un souci de spatialisation, oscillant brusquement d’une adresse à l’autre, passant de jardin à côté cour ou hésitant simplement à trop en mettre partout. Les anthems de Pelham Humfrey offraient de nouveaux moments plutôt soigneusement poignants : le haute-contre Thomas Michael Allen donnant ce qu’il faut de nuances et de culpabilité à Lord ! I have sinn’d, le ténor lui aussi très applaudi après avoir traduit l’incertitude par une admirable suspension dans l’amplitude (Wilt thou forgive that sin). Le moment le plus dramatique partant d’une paraphrase du 28e chapitre du Premier Livre de Samuel, versets 8 à 20 : Saül () en appelle à la sorcière (Claire Debono) qui ne l’entend pas et que Samuel () viendra ranger à son tour. Organisé comme une suite de numéros d’un opéra imaginaire, le programme s’achevait sur des hymnes du soir de Purcell, le haute-contre Thomas Michael Allen et la basse , visant une pureté sonore d’ensemble impressionnante et, gloire au repos, Miriam Allan chantant un dernier hymne crépusculaire, la voix assoupie pour gage de toute paix future.

Crédit photographique : © Ana Bloom / Virgin Classics

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