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La musique est un art qui les contient tous

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Halle aux Grains. 06-II-09. Hector Berlioz (1803-1869) Béatrice et Benedicte : ouverture ; Les Nuits d’été ; César Franck (1822-1890) Symphonie en ré mineur. Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Susan Graham, mezzo-soprano ; Tugan Sokhiev : direction.

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Ce concert devait consacrer l’art de tant aimée des Toulousains et servir de test concernant la variété stylistique de . Certes ce magnifique cycle des nuits d’été a été un moment de grâce intense, mais le concert en son entier a atteint des sommets d’expressivité et de musicalité. L’ouverture de Béatrice et Bénédicte a été ciselée avec esprit et élégance par le jeune chef qui sait peindre de courtes scènes théâtrales avec les thèmes musicaux de l’opéra. Ce discours à la fois dramatique et jubilatoire, permet de mettre en valeur les somptueuses couleurs de l’orchestre.

L’entrée de Susan Graham, très élégante et épanouie, a d’emblée annoncé la qualité de l’événement. Car il semble bien qu’aucune autre cantatrice aujourd’hui ne puisse interpréter aussi bien ces mélodies écrites à l’origine pour plusieurs voix et associées en cycle ensuite. Généralement, et chez les plus grandes, une mélodie se détache, une autre peut même décevoir tant l’ambitus réclamé est large. La voix de Susan Graham est à son zénith. Les attaques sont douces et timbrées délicatement dans l’aigu comme ferait une vraie soprano, tandis que l’ambre de son médium et le riche velours de ses graves en font une authentique mezzo, sans besoin de poitriner. La beauté de la voix, les prouesses techniques, en feraient déjà un modèle inégalable, mais ce n’est qu’une partie de son art. La diction gourmande avec des R roulés élégamment, la vie insufflée à ces textes, les infimes nuances de couleurs et de volume font une somme artistique saisissante. La beauté des textes sert d’appui à une interprétation d’une délicatesse et d’une profondeur bouleversantes. L’osmose avec Tugan Sokhiev et son orchestre a été totale. La souplesse du geste du chef suivait, voir précédait le chant à merveille. Les couleurs diaprées de l’orchestre semblaient accompagnées celles de la voix. L’élasticité de tempo épousait la diction. Mais surtout les décors se dessinaient sous nos yeux, tandis que le son était comme façonné à la manière d’un sculpteur par le chef. A-on jamais entendu un tel basson dans ces mélodies ? Des bois si plaintifs ? Des cordes si aériennes ? Le charme a fonctionné pour toutes les mélodies, sans baisse d’intensité, toujours dans une perfection musicale et théâtrale associée.

Après un tel monde de beauté il semblait impossible à certains spectateurs d’atteindre une telle plénitude avec la symphonie de Franck. Tout au plus ils pensaient que Tugan Sokhiev pourrait faire de cette symphonie, un peu massive, une lecture digne de Tchaïkovski. Hors, si le premier mouvement sombre et tragique a un peu flotté (mais il faisait suite à de si superbes nuits d’été) le deuxième mouvement avec la harpe et les pizzicati a provoqué une vague de mélancolie que la sublime phrase du cor anglais a porté à un niveau d’une grande émotion. Le troisième mouvement avec sa profusion de thèmes a atteint une grandeur éclatante. Si l’orchestre est brillant sous une autre baguette, sous la direction de son chef il est multicolore scintillant et acquiert une musicalité comme sculptée par ses geste si beaux. L’esprit si particulier de Franck, organiste avant tout, proche de l’école française tout en étant Belge de naissance, a été compris par Tugan Sokhiev mieux que d’aucun. Il semble que ce chef et cet orchestre soient capables de relever tous les défis, ou presque. En tout cas ils savent s’attacher les plus grands solistes qui comme Susan Graham ce soir ne cachent pas leur plaisir à être en compagnie de si fins musiciens. Le public leur a fait un triomphe bien mérité.

Crédit photographique © Patrice Nin

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