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Morton Feldman, le paysage des émotions secondaires

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Morton Feldman (1926-1987) : Patterns in a chromatic field (1981) ; Projection I (1950) ; Composition – 8 little pieces (1950) ; Intersection IV (1951) ; Duration II (1960). Arne Deforce, violoncelle. Yutaka Oya, piano. 2 CD. Aeon AECD 0977. Code barre 3 760058 369777. Notice de présentation en anglais et français. Durée : 1h45’27’’.

 

Toiles de temps, grille, intersection, symétrie tronquée, statisme. Gertrude Stein, Oscar Wilde, Mondrian, Rothko, tapis du Moyen Orient, ébullition du riz. Qu’ils s’agissent de références littéraires ou picturales, d’éléments géométriques ou existentiels, les inspirations dont procèdent les «Patterns» de 1981 sont détaillées par le compositeur en notice. Plutôt que de se prêter au jeu des correspondances, à l’écoute, on est plutôt porté à chercher les avantages à entendre se succéder les plages aménagées par le formulier.

Les paramètres mis en jeu par chacun des procédés sont en nombre restreint. De sorte qu’ils suffisent à déterminer une ambiance particulière et, pour ne pas donner l’illusion de quelque consistance trop pressante, a sûrement bien fait de renommer ses Patterns pour en cataloguer l’ensemble Untitled composition for cello and piano (ce sont les éditeurs qui, après la mort de Feldman ont rétabli le titre «à programme»). De fait, les combinaisons de paramètres précèdent les émotions. Mais les émotions peuvent toujours plus varier que les combinatoires ne veulent prévoir. S’il en ressort du chromatisme dans le paysage, c’est bien parce qu’il ne faut pas compter sur le paysage pour recoller les morceaux et parce que le paysage est alors question de paramètres. Cette espèce de paysagisme fait que les moments les plus dépouillés ne sont pas forcément là pour se détendre, sont aussi tendus vers l’impossibilité de tenir là où elles sont.

En écoutant les deux disques à la suite, les quatre dernières œuvres sonnent comme des expériences satellites, des tentatives parallèles (du début des années 50). Et le quasi-mélodisme de Duration II (de 1960) délie l’apaisement de ses prédispositions formelles, mais sans autre forme de procès.

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