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Le charme et la grâce d’une grande Dame de France

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Le salon de Musique de Marie-Antoinette ; Giuseppe Petrini (1744-1819) : Les Folies d’Espagne, douze variations pour harpe, op. 28 ; Christoph Willibald von Gluck (1714-1787) : Orphée & Eurydice ; Acte III : J’ai perdu mon Eurydice, pour ténor & harpe  ; Jean-Baptiste Krumpholtz (vers 1742-1790) : L’amante abandonnée, air parodié sur l’adagio de l’opus 14, pour soprano, violon & harpe ; La nuit profonde, romance pour ténor & harpe ; Sonate en forme de scène de mezzo caractère en fa majeur, op. 15 n° 2 pour harpe & accompagnement de violon ad libitum ; Jean-Baptiste Cardon (1760-1803) : Sonate pour harpe en mi bémol majeur, op. 7 n° 1 ; Antoine Dauvergne (1713-1797) : 3 Chansons ; Tircis et Cloris s’absentent chaque jour de leur troupeau… , pour soprano, ténor, violon & harpe ; La beauté pour qui je brûle… , pour ténor, violon & harpe ; C’est une folie d’avoir tant d’appâts pour ténor, violon & harpe ; Joseph Boulogne Chevalier de Saint-georges (1739-1799) : Sonate pour harpe et flûte obligée ; Marie-Antoinette (1755-1793) C’est mon ami, romance pour soprano & harpe ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Oiseaux, si tous les ans, K 307/284d, pour soprano & harpe ; Adagio pour harmonica de verre K 356/617a ; Jan Ladislav Dusik, dit Dussek (1760-1812) : Sonatine pour harpe n° 5 ; Giovanni Paisiello (1740-1816) : Il Re Teodoro in Vénézeia ; Entr’acte pour harpe ; André Ernest Modeste Grétry (1741-1813) : La caravane du Caire Acte I : Malgré la fortune cruelle, duo de Zélime et Saint-Phar pour soprano, ténor, violon & harpe ; Jean-Paul Martini Egide (1741-1816) : Plaisirs d’amour, pour soprano, ténor, flûte, violon & harpe. Avec : Sandrine Chatron, harpe ; Stéphanie Paulet, violon ; Isabelle Poulenard, soprano ; Jean-François Lombard, ténor ; Amélie Michel, traverso. I CD AMBROISIE AM179 ; Code barre 8 22186 00179 0 ; enregistré en juin 2008 à Paris, cité de la musique ; Texte de présentation en français et anglais ; durée : 77’35’’.

 

Le charme délicat de la harpe sied admirablement à la reine la plus élégante de France. Femme de grande culture et d’une sensibilité rare, son salon de musique a été l’un des plus brillants qui se puisse imaginer, mais aussi l’un des plus libres. Les goûts de la reine sont variés, à la fois audacieux et soucieux de goûts raffinés.

Ce récital très intelligemment construit offre une variété extrême dans le choix des compositeurs et une unité par la tenue d’une élégance naturelle constante. La harpe Erard de 1799 est la reine de cet enregistrement, image sonore de Marie-Antoinette. On sait que la souveraine en jouait admirablement et aimait essayer les instruments les plus récents du facteur Erard. Toute la construction du programme, sous les doigts argentés de , nous permet de ne pas quitter la sonorité délicatement perlée d’un instrument d’une douceur rare aussi à l’aise dans l’accompagnement harmonique racé que dans le chant le plus pur. Entourée de complices capables de la même élégance musicale et d’un charme royal, rien ne peut mieux rendre la magie unique du mélange baroque et classique de cette période musicale et politique si vulnérable. Les instruments, violon de 1737 et flûte à six clefs, sont fidèles à l’esthétique de l’époque.

Le choix des chanteurs permet également de comprendre le changement qui s’opérait à l’opéra où se développait encore la grande tragédie de Gluck et naissaient pourtant les ouvrages de charme plus légers, plus dépouillés et naïfs de Grétry. La voix de soprano fruitée et chatoyante d’ fait merveille dans la demi-teinte comme dans le brillant. L’appui sur un timbre rayonnant et une virtuosité inébranlable, alliée à une diction facile, lui permettent de rendre crédibles et délicieusement séduisants romances et airs parodiés. Charme, distinction, classe, c’est la voix que l’on peut imaginer être celle de Marie-Antoinette. Une ariette qu’elle nous a laissée nous permet de rêver entendre la reine chanter sa propre composition en s’accompagnant de la harpe. Elle serait alors entourée par des musiciens amis et ce concert serait privé en son salon. En fermant les yeux, la poésie qui se dégage de cette reconstitution, nous fait voyager dans le temps. , ténor léger, évoque la voix de haute-contre à la française qui régna dans les tragédies de Lully et qui, renonçant ici à une brillant héroïque, acquiert le charme si délicat du demi-caractère. Ainsi il chante à la perfection un Orphée de Gluck renonçant totalement à toute forme d’héroïsme pour jouer son bonheur sur le charme délicat d’une unité de registre lumineux et d’un phrasé admirable.

La sensibilité et la musicalité la plus fine habitent tous ces musiciens subtils, tous dignes de côtoyer la reine Marie-Antoinette à la recherche du bonheur et de l’harmonie dans un monde si troublé. Les cinq artistes s’unissent pour une version proche de l’idéal du si célèbre et si délicatement nostalgique «plaisirs d’amours», œuvre emblématique de l’époque, s’il en est ! La tristesse voilée d’un sourire amusé par notre propre sensibilité nous gagne à la fin de ce concert qui a passé comme un rêve, rendu possible par le réveil délicat d’une harpe endormie. en comprend toutes les subtilités et a su s’entourer d’amis tous aussi doués qu’elle.

Voilà un CD indispensable, permettant de comprendre, mieux que films ou livres, l’histoire de la musique si intimement liée à la reine la plus célèbre de France en sa recherche d’un bonheur qui lui échappe, mais qui semble pourtant si proche par la grâce de la musique et d’interprètes admirablement choisis.

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