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Pan y Toros de Francisco Asenjo Barbieri, spectacle haut en couleurs.

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Métropole. 26-IV-2009. Francisco Asenjo Barbieri (1823-1894) : Pan y Toros, zarzuela en 3 actes, sur un livret de José Picón. Mise en scène : Emilio Sagi reprise par Nuria Castejón. Décors et lumière : Enrique Bordolini. Costumes : Imme Möller. Avec : Mariola Cantarero, Dona Pepita ; Mariselle Martinez, Principessa de Luzàn ; Federico Gallar, El capitan Penaranda ; Miguel Sola, Goya ; Pablo Cameselle, Abate ; Luis Alvarez, El corregidor ; Rubèn Amoretti, El general, El del pecado mortal ; Carlos Henriquez, Jovellanos ; Lorenzo Moncloa, Santero ; Javier Ferrer, Pepe Hillo ; Julio Cendal, Romero ; Jorge Rodriguez-Norton, Costillares ; Anna Maske, Ciega, Duquesa ; José Pazos, Ciego ; Charlotte Monnier, Chico ; Ulpia Gheorghita, Tirana. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot), Compagnie de danse Nuria Castejón, Orchestre de Chambre de Lausanne, direction musicale : Miquel Ortega

N’essayez pas d’entrer dans le livret de cette zarzuela lausannoise. Mélangeant personnages historiques à personnages de fiction, seuls quelques hispanophiles et autres historiens férus de la péninsule ibérique auront été à même de démêler l’intrigue de cette production de Pan y Toros. Si les qualités d’esthétisme de ses mises en scène ne font aucun doute, on doit bien admettre qu’ n’est pas un maître dans le raconter des intrigues. En ratant la caractérisation de ses personnages, il rend encore plus confuse une intrigue qui semble ne s’éclaircir que dans les toutes dernières minutes du spectacle. Peut-être aussi que la zarzuela (qui musicalement s’identifie très bien au plat traditionnel espagnol, sorte de fout z’y tout de poissons), ce pot-pourri subtil de danse, de théâtre, d’art lyrique et de comédie, est-il un spectacle trop typiquement espagnol. Il peut donc souffrir d’une exportation difficile dans nos cultures peut-être trop cartésiennes pour apprécier comme il se doit ce mélange des genres. Reste que les décors (saisissante projection du fameux Saturne dévorant ses enfants de Francisco de Goya), les éclairages (Enrique Bordolini) et les costumes (Imme Möller) sont d’une rare beauté. A eux seuls, ils forgent le plaisir d’un très beau spectacle.

Musicalement, c’est un véritable bijou. Passant avec dextérité d’un climat festif à ceux du drame avec élégance, signe une partition riche de belles orchestrations. Le chef en extrait tout le sel d’un en excellente forme, visiblement content de s’exprimer dans la légèreté stylistique d’une musique qu’il fait sienne.

Du côté des solistes, la distribution réunie s’avère bien homogène même si quelques voix émergent. Parmi les principaux rôles, le ténor Pablo Cameselle (Abate) convainc plus vocalement que scéniquement. Si la voix est bien posée, cet abbé coureur de jupons reste bien en-deçà de la caricature qu’on attend de ce personnage comique. Personnage central de l’intrigue, le baryton Federico Gallar (El capitan Penaranda) déçoit quelque peu avec une voix sans grandes couleurs. Renversant en revanche, Rubèn Amoretti (El general, El del pecado mortal) qui, du fond de la scène, envahit le théâtre de son impressionnante voix de basse. En psalmodiant en puissance la conscience des assassins en état de péché mortel, son cri n’est pas sans rappeler l’entrée du Grand Inquisiteur dans le Don Carlo de Verdi. Mais c’est du côté féminin que l’auditoire va trouver son réel plaisir. La mezzo Mariselle Martinez (Principessa de Luzàn) assez discrète dans ses premières interventions éclate en un chant magnifique dès les premiers instants du second acte. Son Ce saint scapulaire révèle une voix chaude secondée d’une magnifique ligne de chant. De son côté, la soprano Mariola Cantarero (Dona Pepita) semble ne devoir se dévoiler aussi dans les derniers moments de l’œuvre. Il est vrai que le duo des deux rivales (ce qu’on vient de comprendre) du troisième acte est envoyé avec une fougue extraordinaire. Un duo enflammé qui fait penser à ce que Donizetti proposait dans son Anna Bolena créé en 1830, quelque trente ans avant la première représentation de ce Pan y Toros.

Si cette œuvre aurait mérité une théâtralité plus soignée, elle a rencontré, avec la générosité des ballets de la Compagnie de danse Nuria Castejón et la très bonne prestation vocale (celle scénique étant plus discutable) du Chœur de l’Opéra de Lausanne, l’adhésion d’un public heureux d’avoir assisté à un spectacle musical et scénographique haut en couleurs.

Crédit photographique : Mariselle Martinez (Principessa de Luzàn), Federico Gallar (El capitan Penaranda) ; © Marc Vanappelghem

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