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François Couperin revisité par Serge Schoonbroodt

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

François Couperin (1668-1733) Messe à l’usage ordinaire des paroisses pour les festes solemnelles. Messe propre pour les convents de religieux, et religieuses. Serge Schoonbroodt à l’orgue Jean Eustache (1692) Boisseau-Cattiaux (1998) de la cathédrale Notre-Dame au Puy en Velay. 1 CD Aeolus AE 10301. Code-barre 4026798103019. Enregistré en août 2001, livret trilingue (français, allemand, anglais). Durée : 81’31’’.

 

Quelques jours après la sortie de la version de Aude Heurtematte à Saint-Gervais parue chez Zig Zag Territoires, une autre version du livre d’orgue de nous est proposée. Elle est très différente de la précédente, preuve que la musique d’orgue de Couperin a des choses nouvelles à nous raconter. L’orgue utilisé propose une harmonisation très éloignée du vénérable Clicquot de Saint-Gervais, plus accrocheuse, brillante, aigue même. La découverte est de taille puisque cet orgue historique du Puy en Velay remonte au XVIIe siècle. Il fut construit par les Eustache, famille de facteurs d’orgue qui édifia quelques orgues célèbres : Nimes, Mende ou la Major de Marseille.

Depuis, cet instrument a subi une histoire des plus mouvementée, déplacé et transformé à plusieurs reprises dans cette cathédrale, pour lui trouver l’endroit idéal et une meilleure composition. Installé à l’origine sur un jubé, il bénéficiait d’une double façade, avant et arrière. C’est cette disposition qui fut finalement retrouvée lors de la dernière restauration, lui redonnant aussi sa composition d’origine : une sorte d’idéal sonore pour la musique de Couperin. Tous les mélanges préconisés par l’auteur sont ici réalisables, et la couleur générale de l’orgue, plus fine, est plus proche de l’esprit du XVIIe, et en phase totale avec le texte. Par le passé, on a beaucoup enregistré ces messes sur des orgues plus tardifs, plus lourds, plus chargés de jeux, moins adaptés.

aborde ces pièces avec un esprit nouveau, en totale liberté d’esprit, tout en conservant les canons immuables du style français que plus de cinquante années de recherches ont fini par poser, voire imposer. Les tempos sont allant, les articulations marquées, et l’art du discours baroque présent. Les mélanges sont purs, s’en tenant aux indications données par les titres des versets. Il introduit de manière assez inédite et personnelle l’usage du tremblant pour les pièces en taille et les récits sur le cromorne ou le jeu de tierce, donnant de ce fait une atmosphère particulière à ces pages, expression même des fameux «goûts réunis». La prise de son de Christoph Martin Frommen est nette et franche, nous faisant savourer toutes les couleurs de l’orgue, et en particulier des jeux solistes. Pour la première fois, ces deux messes nous sont proposées en un seul CD dépassant les 80 minutes : un tour de force technique !

La discographie de l’œuvre pour orgue de est déjà vaste, mais cette version apporte sa pierre, ses idées, pour une meilleure connaissance de ce qui demeure l’un des sommets de l’art du grand siècle. Une nouvelle fois, le plain-chant «alternatim» est ici absent, mais ne nous manque guère finalement, tant les versets d’orgue sont captivants et vivent par eux-mêmes. Peut-être verrons nous surgir un jour, une version avec le plain-chant accompagné à l’orgue, comme cela se pratiquait à l’époque de Couperin, à Paris ou à Versailles, à l’image de ce que renferment les Leçons de ténèbres. Un essai remarquable avait été tenté en ce sens voici quelques années avec Bernard Coudurier et Michel Laplénie sur l’orgue d’Albi (BNL). Avec , Couperin brille des tous ses feux, pour nous séduire assurément.

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