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Piano aux Jacobins 2009 : rencontre musicale au sommet !

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Toulouse, Halle aux Grains. 05-IX-2009. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Prométhée, ouverture ; Concerto pour piano et orchestre n° 5 « L’Empereur » en mi bémol majeur op. 73 ; Symphonie n°5 en ut mineur op. 67. Leon Fleisher, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

Pour ce deuxième concert de l’édition 2009 de Piano aux Jacobins les spectateurs étaient invités à migrer à la Halle aux Grains. Le public élargi a vite comblé la vaste salle hexagonale. L’ et son jeune chef invitaient en quelque sorte le vétéran dont le récital d’ouverture deux jours auparavant avait fait grande impression. Cette rencontre était attendue et elle a eu lieu dépassant les espérances car proposant une interprétation très originale du Concerto l’Empereur, œuvre pourtant si connue.

Comblant les cinquante années qui les séparent, le pianiste et le chef ont offert une version dans laquelle ils partagent le goût du risque et de l’audace. Dès les premiers accords plaqués de l’orchestre et les interventions du piano le ton est donné. Le son de l’orchestre est robuste et plein comme les accords d’un récitatif peu mesuré ou précédant une cadence. La réponse du piano sans aucune volonté d’hégémonie est au contraire celle d’un discours souple évoquant une cadence libre ou une improvisation grandiose. Quelques esprits fâcheux regretteront une lecture trop souple rythmiquement, parfois floue, trop nuancée et pas assez combattante. C’est oublier qu’on ne peut demander à un pianiste de jouer de la même manière à tous les ages de la vie. Pour les notes précises et la virtuosité conquérante revenons à l’enregistrement fait par en 1961 avec Georges Szell lorsqu’il avait 33 ans. Si la version de ce soir est fidèle à l’esprit et moins à la lettre elle bénéficie d’une humanité débordante dans son refus du conflit. Elle tient compte de la vie qui avance et ne veut pas être trop rigoureuse et hautaine, elle est amicale ouvrant un dialogue musical au plus haut sommet. Un souffle de liberté fait gonfler les voiles d’un navire avançant élégant et à vive allure, il n’y a jamais de combat. Le chef et le pianiste se passant le relais avec un plaisir évidant et un grand sens de l’écoute et des regards d’admiration mutuelle. Ainsi il n’y a pas d’opposition entre orchestre et piano, pas de menaces, pas d’autre victoire que celle de la beauté de la musique. Leon Flesher est chef d’orchestre et il ne cache pas son approbation en écoutant l’orchestre ou en regardant diriger son jeune confrère. Après un Allegro amical l’Adagio un poco mosso a atteint la grâce la plus pure sans le moindre nuage. Le velouté des cordes déploie un tapis mœlleux, presque voluptueux avant l’entrée du piano qui se fait lui-même le plus doux et élégant possible. Les phrasés sont admirables de naturel et les nuances subtiles. L’harmonie semble habiter cette page sublime comme rarement. Qu’importe après un tel moment si le diabolique final est une course un peu désordonnée, mais dans la joie et la souplesse d’une allure juvénile. Le public a été enthousiasmé par la musicalité de cette interprétation d’une œuvre si connue souvent par des versions en dessinant les angles plus strictement. En bis Leon Fleisher a offert son interprétation insurpassable du Nocturne en ré bémol majeur qu’il est une grande joie d’entendre par la paix qui en émane.

Après l’entracte les fameux accords du début de la Cinquième symphonie en leur célérité et leur élasticité ont prévenu l’auditeur : le titre de symphonie du destin, qui n’est pas de Beethoven, toute la mythologie tragique rajoutée par des années de « mauvaises traditions », tout ce fatras là n’est pas invité ce soir. Ainsi cette symphonie a sonné neuve sous la baguette alerte de demandant à son orchestre, très en forme, une tenue rythmique solide et des nuances très marquées, allant jusqu’au fortissimo le plus impressionnant. Et à la place du destin c’est la danse qui s’est invitée par moments et toujours l’urgence de vivre et de profiter de la beauté d’une partition bien plus romantique ainsi, car porteuse de fulgurance et du désordre des passions sans tragique permanent.

Le public a été ravi par cette proposition de Cinquième symphonie enthousiaste. Le bis obtenu est allé dans cette même direction d’alacrité avec une ouverture des Noces de Figaro vertigineuse et pléthorique à la fois, menant les solistes de l’orchestre aux limites de leurs possibilités. La rentrée s’annonce pleine de belles énergies à Toulouse ! Piano aux Jacobins est lancé à grande vitesse après ce magnifique coup double de l’immense Leon Fleisher.

Crédit photographique : Leon Fleisher © DR

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