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Daniel Linehan : Juvénile

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre de la Bastille. 12-II-2010. Daniel Linehan : Montage for three et Not about everything. Montage for three : Conception et chorégraphie : Daniel Linehan. Lumière : Isa Debrouwere. Interprétation : Daniel Linehan et Salka Ardal Rosengren. Not about everything : Chorégraphie et interpretation : Daniel Linehan. Dramaturgie : Juliette Mapp. Lumière et son : Daniel Linehan. Traduction : Thibault Lac.

Deux pièces rafraîchissantes d’un jeune chorégraphe américain, de passage en Europe pour parfaire sa formation chez Anne Teresa de Keersmaeker à Bruxelles.

Montage for three, la première pièce proposée par dans ce programme, esquisse une histoire de la photographie à travers ses mythes : grandes figures politiques, de l’entertainment, de la danse aussi. De Churchill aux pins up en passant par des enfants anonymes du siècle dernier, la gestuelle incongrue ou banale de ces personnages célèbres ou inconnus est mimée consciencieusement par et une danseuse qui le rejoint. L’ensemble des gestes singés et empruntés est ensuite repris et rassemblé dans une chorégraphie étourdissante, composée de manière aléatoire, de plus en plus fluide. Juvéniles, le visage sage et lisse, les deux danseurs l’interprètent avec facilité. De taille et de couleur de cheveux identiques, ils semblent frères et sœurs, accentuant ce mimétisme par des vêtements noirs et sobres.

Not about everything, présenté en deuxième partie de soirée, est le solo qui a contribué à faire connaître Daniel Linehan en Europe. Bien qu’il s’en défende, il s’agit bien là d’une véritable performance : se lancer pendant trente minutes dans un cercle hypnotique, une transe très contrôlée à la manière des derviches tourneurs, sans jamais perdre l’équilibre. Difficulté supplémentaire, il répète tout en tournant des phrases incantatoires, où surgissent les mots « desperation », « therapy », « endurance ». Daniel Linehan fait en effet preuve d’endurance dans cet éprouvant solo aux incessantes ruptures de rythme, vers une recherche de l’expérience extrême que ne renieraient pas les chorégraphes – également américaines – ou .

Le chorégraphe utilise son seul corps, sa seule voix et un dispositif scénique simplissime, refusant les effets spéciaux lumineux ou sonores qui renforceraient l’aspect obsessionnel de la pièce. Intellectuel, à la manière humoristique et intelligente de Woody Allen, il se questionne tout au long du spectacle sur chacune de ses actions, le tout avec un naturel confondant. Capable tout à la fois de tourner et de boire une bouteille d’eau, de lire une lettre ou de signer un chèque et de le glisser dans une enveloppe, il entraîne le spectateur sidéré et amusé dans son tourbillon dansé.

Credit photographique : © Jason Somma

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