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Siddharta : une réussite totale !

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Bastille. 18-III-10. Ballet de l’Opéra national de Paris : Siddharta (création mondiale). Chorégraphie : Angelin Preljocaj. Musique : Bruno Mantovani, commande de l’Opéra national de Paris. Scénographie : Claude Lévêque. Dramaturgie : Eric Reinhardt. Costumes : Olivier Bériot. Lumières : Dominique Bruguière. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Susanna Mälkki. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris : Nicolas Le Riche, Siddharta, Aurélie Dupont, L’Eveil, Stéphane Bullion, Ananda, Wilfried Romoli, le Roi, Muriel Zusperreguy, Sujata, Alice Renavand, Yasodhara.

Une réussite totale pour cette commande de l’Opéra national de Paris à , , Claude Lévêque et Eric Reinhardt sur la jeunesse de celui qui devint Bouddha : le prince Siddharta.

C’est une équipe artistique exceptionnelle qui a œuvré de concert pour cette création mondiale, commande de l’Opéra national de Paris pour le Ballet. La chorégraphie a été confiée à , dont c’est la quatrième pièce pour l’Opéra. Il en connaît donc les contraintes et sait servir les solistes tout en mettant en valeur le corps de ballet. Pour concevoir et imaginer le livret qui allait lui servir de base au découpage du ballet, il a fait confiance à l’écrivain Eric Reinhardt, auteur du remarqué Cendrillon. Ce livret a été remis au très demandé , qui signe ici une œuvre très riche et d’une superbe ampleur, pleine d’audacieuses surprises et d’atmosphères intelligentes. Le livret a aussi servi d’inspiration à la scénographie de Claude Lévêque, célèbre plasticien qui a représenté la France à la dernière Biennale de Venise. Pour sa première collaboration scénique, il subjugue par la puissance et la modernité de ses propositions.

Le ballet est divisé en seize tableaux qui retracent le parcours du prince Siddharta Gautama, fondateur du bouddhisme ayant vécu vers 560 avant Jésus-Christ dans une ville du nord-est de l’Inde, au pied de l’Himalaya. Il délaisse les plaisirs de la cour de son père pour entreprendre une quête spirituelle, en compagnie de son cousin Ananda, qui le conduira à la méditation et à la maîtrise de soi. Le ballet met tout particulièrement l’accent sur les hésitations et les tourments du prince qui doit progressivement renoncer aux plaisirs et à toute passion. Apaisé, il pourra alors trouver la sérénité, incarnée par l’Eveil, une apparition qu’il cherche à rencontrer tout au long de sa quête.

Angelin Preljocaj a trouvé en le Siddharta idéal, exalté et ascétique. Il le met en scène dans des solos sombres et déchirants, mais aussi dans de magnifiques duos avec , dans le rôle du cousin et alter ego. Les rôles de soliste sont peu nombreux dans cette fresque spirituelle et humaine. Le roi, père de Siddharta, est incarné par , étoile invité, qui apparaît noblement dans deux tableaux. Le rôle de l’épouse de Siddharta, Yodashara, a été confié à , qui confirme tous les espoirs que l’on place depuis quelque temps dans ce sujet qui a reçu le prix AROP en 2008. Autre figure féminine remarquable, danse avec sensualité une jeune paysanne, rencontrée dans l’errance. Christelle Granier et Séverine Westermann, les deux tentatrices, seront aussi les bonnes surprises de la soirée dans des duos presque érotiques avec Suddharta et son cousin. Ethérée, aérienne, est l’Eveil, cette apparition qui croisera la route de Siddharta à plusieurs reprises.

Outre les parties solistes, Angelin Preljocaj réserve aux danseurs du corps de ballet de magnifiques scènes viriles et martiales dont il a le secret : hommes en noir masqués de casques de moto, ermites armés de bâtons dans l’obscurité du contre-jour… Il n’oublie pas les femmes, légères en messagères ou voluptueuses en villageoises. Son écriture chorégraphique, sensuelle ou guerrière, mais toujours efficace, recycle avec talent et pertinence certaines de ses œuvres antérieures, de Noces à Hallali Romée, de L’Anoure à Eldorado. En racontant l’histoire d’un prince d’Asie devenu mystique, il réalise le syncrétisme parfait de la danse occidentale, n’hésitant pas à citer Giselle ou Les Sylphides, dans un ballet aérien elliptique ou La Bayadère dans les scènes de cour. Mais on y trouve aussi parfois des accents de Béjart ou de Neumeier, chorégraphes eux aussi très attirés par le symbolique et le spirituel.

Il est aidé dans cette tâche par la musique de Bruno Mantovani, qui change de couleur à chaque tableau, dans une intensité dramatique croissante. Les apparitions de Siddharta sont signalées par un riff de guitare électrique, tandis que l’on passe de parties méditatives à la flûte ou à la clarinette à des plages de percussions occidentales ou orientales d’une grande puissance. Cette puissance est amplifiée par la modernité des propositions scénographiques de Claude Lévêque, qui n’a aucune peine à remplir le cadre de scène de l’Opéra Bastille. Dans le premier tableau, un énorme boulet suspendu oscille en diffusant de la fumée, évoquant un encensoir. Il n’est pas non plus sans rappeler le globe terrestre qui figure sur la plaquette de la prochaine saison de l’Opéra national de Paris ! On admire ensuite la simplicité des lingots d’or figurant les sièges de la cour. Puis la fascinante complexité des pylônes lumineux figurant une forêt hostile ou de l’immense châssis de camion descendant lentement des cintres avant de se balancer dangereusement. Mais la vision la plus belle est sans conteste cette maison suspendue aux fenêtres éclairées, dorée à la feuille d’or, dont l’architecture est occidentale (porche, pignons, toits pentus) mais dont la couleur rappelle les temples orientaux. C’est d’ailleurs en passant du noir de l’obscurantisme à la lumière opulente, ambrée et caressante de la connaissance que Siddharta deviendra Bouddha, méditant dans la position du lotus.

Crédits photographiques © et dans Siddharta © Anne Deniau/Opéra national de Paris

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