Matteo Cesari, aux confins du jeu musical de la flûte

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Cité de la Musique. 11-VI-2010. Bruno Maderna (1920-1973) : Honeyrêves ; Kaija Saariaho (née en 1952) : Laconisme de l’aile ; Franco Donatoni (1927-2000) : Fili ; Bruno Mantovani (né en 1974) : Appel d’air ; Raffaele Grimaldi (né en 1980) : Intact ; Pierre Boulez (né en 1925) : Sonatine. Matteo Cesari, flûte ; Fuminori Tanada, piano

C’est un intense moment musical contemporain qui a été vécu dans l’amphithéâtre de la Cité de la Musique en ce vendredi 11 juin. Dans le cadre de la session « Carte blanche » laissée aux jeunes solistes du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, va aux extrêmes des possibilités instrumentales de la flûte dans un programme excellemment exécuté.

Il est évident qu’un avenir prometteur se dessine pour ce flûtiste italien de 25 ans. Après avoir obtenu en 2004 son diplôme de soliste à Bologne puis un premier prix et un Master d’interprétation au conservatoire de Strasbourg avec Mario Caroli, il intègre en 2009 la classe de Sophie Cherrier au Conservatoire de Paris, tout en préparant un Doctorat d’artiste-interprète à la Sorbonne. En plus des nombreux prix obtenus, des festivals auxquels il a participé, il a déjà travaillé avec des compositeurs de renom comme Salvatore Sciarrino, Ivan Fedele et Brian Ferneyhough. Les compositeurs, tels Michael Finnissy et , écrivent même pour lui. Il vient de participer en tant que flûte solo à … explosante-fixe… de en première italienne avec Emmanuelle Ophele et l’IRCAM dirigée par Pierre-André Valade à Milan.

En entamant le programme par Honeyrêves de Bruno Maderna, nous invite à perdre nos repères. Mené par un timbre chaleureux et une énergie vibrante, soutenu par le piano de , l’auditeur se laisse progressivement emporter dans un univers étrange et captivant. Le Laconisme de l’aile de est vraiment impressionnant, tant dans la composition que dans l’exécution : véritable métaphore du vent, la musique se veut être une fuite vers l’intérieur. Dans le silence résonne les mots du recueil Oiseaux de Saint-John-Perse, récités avec intensité par Matteo Cesari. Puis les sons et jeux de clés répondent aux mots, reconstituant les mouvements de l’air et les battements d’ailes. Les effets techniques, sons aériens, harmoniques, flatterzunge, sont réalisés avec la méticulosité d’un orfèvre et le jeu touche par l’infini des nuances. Puis vient l’étonnant Fili de , avec l’espiègle dialogue qui s’installe entre flûte et piano, d’abord par petites touches, puis, complexe et animé, se développe par la prise en main de la flûte qui s’emporte dans des aigus stridents.

Les cris stridents suscitent d’eux-mêmes l’Appel d’air de . Mais la pièce n’a pourtant rien d’un parcours de santé : le rythme est haletant, le jeu nerveux et continu, révélant toute la virtuosité des deux musiciens. Enfin, au lyrique et expressif Intact de , succède la Sonatine de , considérée comme l’une de ses premières œuvres les plus abouties. Commandée par Jean-Pierre Rampal, l’œuvre est d’une haute technicité et va aux extrêmes des possibilités instrumentales de la flûte. Un vrai défi pour tout flûtiste, mais défi brillamment surmonté par Matteo Cesari qui fait sonner sa flûte dans la vivacité rythmique de la composition, tout en en restituant la complexité. Matteo Cesari et nous ont donc présenté avec brio un programme qui n’a pas manqué de plaire aux amateurs de musique contemporaine.

Crédit photographique : Matteo Cesari © Carlo Natali

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