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Kaguyahime, conte japonais de Jiří Kylián

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Bastille. 11-VI2010. Ballet de l’Opéra national de Paris : Kaguyahime (nouvelle production). Chorégraphie : Jiří Kylián (1988). Musique : Maki Ishii (1985). Scénographie et lumières : Michael Simon. Costumes : Ferial Simon, Joke Visser. Kodô, Gagaku et ensemble de percussions invité. Direction musicale : Michel De Roo. Avec Marie-Agnès Gillot, Kaguyahime ; Stéphane Bullion, Mikado ; et les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Paris

L’entrée au répertoire du de Kaguyahime, ballet chorégraphié par en 1988, est un événement tant chorégraphique que musical à ne pas manquer.

La présence pour la première fois dans la fosse de l’Opéra Bastille de trois musiciens Gagaku, la musique de Cour japonaise, juchés sur une estrade de bois clair, mais aussi des tambours Kodô à double paroi, expression par excellence de la tradition populaire nippone, ainsi que d’un remarquable ensemble de percussionnistes invités est en soi un événement. Ils interprètent une partition de 1985 de , compositeur japonais vivant à Berlin, utilisée dès 1988 pour composer ce ballet d’après un célèbre conte japonais.

Kaguyahime, princesse lunaire, descend sur la Terre dans un modeste village de coupeurs de bambous. Elle y est courtisée par cinq jeunes prétendants, dont les martiaux et démonstratifs ou , prêts à se battre pour elle, avant de repartir vers la Lune, non sans avoir chaviré pour le Mikado, l’empereur du Japon. Celui-ci est incarné par , auréolé de son tout nouveau titre de danseur étoile, cheveux gominés comme le dernier empereur de Bertollucci. Voici, brièvement résumé, le conte le plus ancien de la littérature japonaise, qui a fait l’objet de multiples interprétations au pays du Soleil levant avant de parvenir jusqu’à nous. Dans sa version chorégraphique, Jiri Kylian a souhaité transposer l’action dans un monde abstrait, d’où toute référence japonaise est effacée. Initialement créé en 1988 pour le Nederlands Dans Theater, qui l’a présenté sur la scène de l’Opéra Garnier en 1991, ce ballet entre aujourd’hui au répertoire du .

Pour cette nouvelle production à l’Opéra Bastille, la scénographie de est réduite à l’essentiel : des éléments techniques et des accessoires de théâtre (cintres, malles techniques, tapis de danse, mallettes de maquillage). La chorégraphie ne fait pas plus référence au Japon. Hiératique et presque bouddhique dans la descente de Kaguyahime, interprétée par la sculpturale et musclée , elle se fait festive, à la manière des fêtes hébraïques, dans les réjouissances villageoises, puis guerrière dans les combats qui opposent nobles et villageois autour de la belle Kaguyahime.

On voit dans ce ballet toute la concision, la force et l’efficacité rythmique qui pouvait faire défaut à Siddharta, autre ballet d’inspiration asiatique, créé sur ce même plateau par Angelin Preljocaj en mars dernier. Des scènes plus courtes, mieux enchaînées, servies par une partition d’une puissance redoutable, alternant moments calmes et déchaînements de décibels. La scène de la guerre, qui ouvre la seconde partie, vaut à elle seule le détour, comme on l’écrit dans les guides touristiques. Villageois et nobles, hommes et femmes, s’affrontent tour à tour en duels stylisés. La musique y est reine, gong géant et tambours étant montés de la fosse sur la scène, jouant de gestes amples, spectaculaires et chorégraphiques. La cour du Mikado est ensuite représentée par un immense dai d’or qui enveloppe Kaguyahime, puis par des malles techniques qui forment autant de barrières infranchissables. Retournées, elles deviennent des miroirs éblouissants, permettant à Kaguyahime de quitter la Terre pour la Lune.

Mais, comme en témoignent les applaudissements nourris qui accueillent les musiciens au moment des saluts, la réussite la plus éclatante de cette production est sans conteste le dispositif musical. Le contraste dans la fosse entre les tambours Kodô, gros et petits, que l’on joue en position demi-assise et les percussions occidentales et orientales des instrumentistes invités, sans oublier les trois interprètes Gagaku, revêtus de leurs costumes traditionnel, soulignant de leur Ryuteki, Sho et Hichiriki les évolutions de Kaguyahime est fascinant. Il offre un spectacle exceptionnel, à ne pas manquer.

Crédit photographique : et © Anne Deniau / Opéra National de Paris

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