Patricia Petibon s’impose en Lulu

La Scène, Opéra

Salzbourg. Felsenreitschule. 01-VIII-2010 (1885-1935) : Lulu, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Version complétée par Friedrich Cehra. Mise en scène : Vera Nemirova. Scénographie : Daniel Richter. Costumes : Klaus Noack. Dramaturgie : Sonja Nemirova. Avec : , Lulu ; Tanja Ariane Maumgartner, la Comtesse Geschwitz ; Cora Burggraaf, l’Habilleuse, le Gymnaste ; , le Peintre, le Nègre ; , Docteur Schön, Jack l’Eventreur ; Thomas Piffka, Alwa ; , Schigolch ; , le Dompteur, l’Athlète  ; Henz Zednik, le Prince, le Valet ; Andreas Conrad, le Marquis ; Martin Tzonev, le Directeur de Théâtre, le Banquier ; Emilie Pictet, la Fille de quinze ans ; Cornelia Wulkopf, la Mère ; Astrid Monika Hofer, la Décoratrice ; Simon Schnorr, le Journaliste ; James Cleverton, le Serviteur ; Gerhard Peilstein, le Professeur de médecine, le Commissaire de police. , direction :

C’est la scénographie qui devait créer l’événement. Pour cette nouvelle production de Lulu, la direction du Festival avait donné carte blanche au peintre Daniel Richter, qui s’était déjà essayé au Château de Barbe-Bleue il y a deux ans. Le musée d’art moderne, en face du Festspielhaus, consacre même une très belle exposition à cet artiste aux toiles peuplées de silhouettes fantomatiques néo-expressionnistes. Seulement voilà : au lieu d’inventer une vraie scénographie spatiale, ce que réussit le plasticien Jonathan Meese pour le Dionysos de Rihm, Daniel Richter ne livre que quatre toiles peintes devant lesquelles se meuvent les personnages. Certes esthétiques, et mises en valeur par les lumières soignées de Manfred Voss (déjà à la manœuvre pour le Ring de Boulez et Chéreau à Bayreuth en 1976), elles demeurent statiques et restreignent considérablement l’espace théâtral. Vera Nemirova n’utilise donc que l’avant-scène pour diriger frontalement ses acteurs – seul le tableau parisien, joué dans la salle au milieu des spectateurs, donne un peu de respiration au spectacle. Elle tente de tirer Lulu vers le mythe – Berg concevait lui-même son rôle-titre comme un Don Juan féminin – mais peine à donner une lecture personnelle à l’œuvre dont l’odeur de chair et de soufre est de surcroît atténuée. , notre colorature nationale, doit donc porter seule le spectacle.

Entreprise d’autant plus héroïque que l’amphithéâtre de la Felsenreitschule, magnifique mais ingrat, ne facilite la tâche à personne. Même les timbres des peinent à fusionner : il faut dire que la direction précise mais très analytique de n’arrange rien, alors que la partition n’est pas dénuée d’envolées lyriques ni de moments d’abandon. L’acoustique très mate est surtout un piège pour les chanteurs. Pour passer la fosse, il faut le charisme de (Docteur Schön très convaincant), le coffre de Thomas (excellent dans le rôle de l’Athlète), ou les aigus rayonnants de (Alwa). Même Patricia Petibon est parfois à la peine, alors que sa prise de rôle brillante l’hiver dernier a montré incontestablement qu’elle «était» Lulu. Mais c’était au Grand Théâtre de Genève, et dans la mise en scène d’. Notre Française réussit néanmoins à convaincre le public salzbourgeois : son engagement et sa maîtrise de cette redoutable partie méritent une nouvelle fois d’être salués.

Crédit photographique : Patricia Petibon (Lulu), (le Peintre) ; (Schigolch), Thomas J. Mayer (l’Athlète), (le Lycéen), Patricia Petibon (Lulu), Michael Volle (Docteur Schön), Thomas Piffka (Alwa) & (Geschwitz) © Monika Rittershaus

 

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