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La Bohème en double détente

La Scène, Opéra, Opéras

Castelnau, château. 03-VIII-2010. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre tableaux sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, adapté en français par Paul Ferrier. Mise en scène : Olivier Desbordes. Costumes, décors et lumières : Patrice Gouron. Avec : Isabelle Philippe, Mimi ; Andrea Giovannini, Rodolphe ; Christophe Lacassagne, Marcel ; Jean-Claude Sarragosse, Colline ; Alain Herriau, Schaunard ; Eduarda Mélo, Musette ; Eric Perez, Benoît / Saint Phar ; Samuel Oddos, Parpignol. Chœur et Orchestre Opéra-Eclaté, direction : Dominique Trottein.

Chanter les grands opéras en français, c’est l’une des vocations du festival de Saint-Céré pour rendre accessible la portée théâtrale des ouvrages lyriques les plus anthologiques. Dans le cas de La Bohème, la traduction en français a eu très tôt valeur d’élargissement du genre. Dès 1898 (deux ans après la création à Turin), c’est Paul Ferrier qui a traduit le livret de Giacosa et Illica en français, pour que l’ouvrage soit créé à l’Opéra-Comique (alors au Théâtre Lyrique de la Place du Châtelet). Mais voilà, le ténor a dû se désister à quelques jours de la première, a accepté de reprendre le rôle de Rodolphe au pied levé, sans pour autant avoir le temps d’apprendre la version française. Et si on pouvait s’amuser d’alors pouvoir parler d’une « version Erasmus » de La Bohème, on pouvait aussi être intrigué d’entendre comme les dialogues bilingues pouvaient varier l’intensité des duos entre Rodolphe et Mimi, tout en pimentant la féérie légère des échanges entre les quatre chanteurs. La mise en scène d’ joue à se faufiler dans les registres que permettent les différents effectifs. Selon que les scènes tiennent dans le quotidien des quatre artistes, l’histoire de Mimi et Rodolphe ou les intrigues autour de Musette.

Sans plus psychologiser son personnage, donne à Mimi autant de souffle qu’il peut être attendu, retenue comprise. À partir de l’arrivée du baryton-basse (Schaunard), la complicité des colocataires artistes donnent lieu à des jeux plus velouteux que tout à fait rocambolesques. Les timbrages très assurés de (Marcel) et Jean-Claude Sarragosse (Colline) donnent une généreuse lisibilité au contrepoint de Puccini, projettent l’action dans une dynamique langoureuse, installent un climat fascinant et préparent les rebondissements des tableaux à venir avec flegme et appétence. Au milieu de la foule de fausses marionnettes, le personnage de Musette se détache par l’élan sympathique de la soprano Eduarda Mélo. Et alors que Mimi et les quatre artistes portent dans leurs tenues la modestie de leur condition « à la Brassaï » (comme s’y sont entendus le metteur en scène et le costumier), Patrice Gouron a fait la foule du café Momus spécialement colorée, limite féérique (le costumier signale volontiers l’inspiration d’Alice au pays des merveilles de Tim Burton). C’est comme ça que la malice d’ garde l’air de ne pas y toucher, quand il s’agit des grandes pages d’un ouvrage qui annonce le déclin du bel canto et même les limites du vérisme.

Crédit photographique : (Marcel) © Nelly Blaya

 

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