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Le festival de Dinard 2010

La Scène, Musique de chambre et récital

Dinard. Auditorium Stéphen Bouttet. 18-VIII-2010. Anton Webern (1883-1945) : Quatre pièces pour violon et piano, op. 7 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate pour violon et clavier en ut mineur BWV 1017 ; Karol Szymanovsky (1882-1973) : Trois mythes pour violon et piano op. 30 (La Fontaine d’Aréthuse – Narcisse – Dryades et Pan) ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violon et piano n° 1 en sol majeur op. 78. Dan Zhu, violon ; Kun-Woo Paik, piano. 18-VIII-2010. Arnold Schœnberg (1874-1951) : Trois pièces pour piano, op. 11 ; Tristan Murail (né en 1947) : La Mandragore ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Berceuse en ré bémol majeur op. 57 ; Marco Stroppa (né en 1959) : Ninna-Nanna (Miniature Estrose II, n° 2) ; György Ligeti (1923-2006) : Trio pour cor, violon et piano. Florent Boffard, piano ; Saténik Khourdoian, violon ; André Cazalet, cor.

Le 21e festival international de musique de Dinard a pour thème «Miroirs du temps». La considérant comme une continuité des œuvres du passé, son directeur artistique, , présente la musique contemporaine dans le cadre global de la musique dite «classique». Les morceaux choisis pour ce soir reflètent cet esprit, surtout dans leur forme : Webern et Bach en quatre mouvements dans une alternance lent-rapide, Szymanovsky et Brahms en trois mouvements (ou pièces), ainsi que Bach et Brahms dans la tradition de la sonate classique.

, jeune violoniste originaire de Pékin né en 1982, a essentiellement été formé en Chine et à New York, mais il s’est également approprié l’école française de violon en suivant l’enseignement d’Ivry Gitlis et de .

Après un Webern timide, il joue un Bach de manière assez retenue, parfois très romantique. Nous avons eu l’impression qu’il ne s’était peut-être pas encore complètement familiarisé avec ce compositeur : son intention est visible mais ne semble pas tout à fait assimilée. Le piano de Kun Woo Paik est remarquable, avec un son extrêmement doux et délicat, mais son jeu est lui aussi bien retenu. Dans les Trois Mythes de Szymanovsky, nos deux musiciens changent radicalement de caractère, offrant une interprétation à la fois profonde et expansive. C’est un véritable kaléidoscope musical, richement coloré, avec une diversité d’expression infinie – claire, limpide, lumineuse, mais aussi dépouillée, sobre, austère… S’ils savent transmettre un moment la douleur ou l’angoisse, ou même l’agressivité, l’instant suivant, c’est la joie et le bonheur qui priment. Tout le pouvoir de la musique est librement rendu avec la puissance et la délicatesse qu’elle exige. C’est incontestablement le point culminant de la soirée, démontrant surtout le talent du violoniste. Le pianiste guide magnifiquement celui-ci, de manière sûre, mais très discrète, tout en mettant pleinement en valeur son jeune ami.

Après l’entracte, la Sonate de Brahms est, comme Bach, un peu trop romantique par endroits. Le jeune interprète a certainement plus de capacité à synthétiser une forme classique, en l’occurrence la sonate, ce qui nous incite à suivre son évolution.

Le concert de clôture du Festival de Dinard était consacré à la musique d’aujourd’hui. C’est un concert conférence dans lequel le pianiste déploie ses admirables talents de pédagogue pour expliquer la clé de chaque œuvre. (On se souvient de son magistral concert lecture sur Chopin aux Folles Journées de Nantes en janvier dernier. ) La musique contemporaine, il la connaît par cœur, puisqu’il a été le soliste de l’ de 1988 à 1999 et a reçu en 2001 le prestigieux prix Belmont de la Fondation Forberg-Schneider pour son engagement en faveur de la musique contemporaine.

En ce qui concerne Schœnberg, il explique comment celui-ci est «diabolisé» et considéré comme étant à l’origine d’une rupture avec la musique du passé ; puis il insiste sur son génie dans le contexte historique, racontant comment on en est arrivé à la musique atonale, à travers des citations de Liszt et de Wagner. Enfin, il interprète les Trois pièces avec une telle sensibilité qu’on croirait entendre de la musique romantique. Ensuite, il regroupe les trois morceaux suivants dans une notion d’espace sonore : Murail pour la «musique spectrale», surtout sur la modification graduelle de ce qu’on appelle un «état sonore», Chopin pour l’éclatement de la mélodie sur une harmonie fixe, et Stroppa pour le traitement du piano comme moyen de création acoustique grâce à quatre notes muettes fixées à l’aide de la pédale du milieu afin de servir de notes sympathiques. Le jeu de Boffard est d’une grande clarté, avec des contrastes prodigieux, souvent très timbrés, suggérant une expression presque post-romantique qui fait forcément tomber la haute muraille de la musique d’aujourd’hui. Pour conclure le concert, la violoniste Saténik Khourdoian et le corniste rejoignent notre pianiste dans le Trio de Ligeti. Après une lecture de chaque mouvement toujours éclairante, les trois interprètes nous proposent une version très inspirée et exaltée.

Les commentaires de , passionnants et fascinants, livrés sur un ton très posé, nous aident ainsi à mieux comprendre ces musiques qui, entendues sans aucune préparation, risqueraient de se heurter à un rejet immédiat du grand public. Une excellente initiative de vulgarisation que l’on souhaite voir se multiplier un peu partout.

Crédit photographique : photo © Kun Woo Paik

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