Montreux. Auditorium Stravinski. 27-VIII-2010. Mikhaïl Glinka (1804-1857) : : Ouverture de Ruslan et Ludmilla. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n° 3 en do majeur op. 26. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : symphonie n° 5 en ré mineur op. 47. Yuha Wang, piano. London Royal Philharmonic Orchestra. Direction musicale, Charles Dutoit.
Septembre Musical 2010

Oubliant de calmer «ses» cuivres qui couvraient allègrement la mélodie des cordes, Charles Dutoit décachette, tambour battant et sans grande finesse, les feux du cette nouvelle édition du Septembre Musical de Montreux avec une
ouverture de Ruslan et Ludmilla qui, pour brillante qu’en soit sa musique ne
laisse pas l’impression d’une interprétation lumineuse. Comme à son
habitude, le chef vaudois se complait dans la superficialité de sa
direction d’orchestre.
Ce manque de rigueur évident devient gênant dans le Concerto pour piano et orchestre n° 3 de Prokofiev où l’orchestre se retrouve non seulement en décalages fréquents avec la soliste mais, chose encore plus inhabituelle, entre ses propres pupitres. Heureusement, la fraîcheur, le dynamisme, la
volubilité et le culot de Yuha Wang a tôt fait d’asseoir son autorité
naturelle au sein de la mollesse et des imprécisions coupables de
l¹orchestre. Imposant son tempérament à l’interprétation, elle prend alors
crânement la «direction» des affaires pour investir, seule, son chemin
musical. Usant de tout son frêle corps là où encore la force de frappe de
ses doigts sur le clavier lui manque, elle se joue du volume sonore souvent excessif de l’orchestre. S’offrant à son piano avec détermination, la sécurité avec laquelle elle s’amuse de cette terrible partition est tout
simplement remarquable. L’éclatante manière avec laquelle elle termine le
premier mouvement du concerto opère son charme sur un public médusé qui, au
risque de paraître ignorant des sacro-saintes habitudes des concerts, ne
peut retenir ses applaudissements. Cet enthousiasme spontané déride plus encore le jeu de la pianiste qui offre un second mouvement dont les tempos sont marqués du sceau d’impulsions syncopées.
Même si Charles Dutoit et le London Royal
Philarmonic Orchestra auront tout fait pour endormir leur interprétation,
ils n’auront pas eu raison de la personnalité de feu de la jeune soliste qui
termine son époustouflante démonstration pianistique dans la même énergie et
dynamique qui l’a habité pendant toute sa prestation. Tout au plus doit-on
relever que sa jeunesse l’empêche encore quelque peu d’offrir une
interprétation émotionnellement plus engagée. Cela n’enlève rien au triomphe amplement mérité que le public lui a réservé. Un triomphe qui l’a rappelé
pour un bis étincelant de la transcription de Georges Cziffra de la Tritsch
Tratsch Polka de Johann Strauss.
La prestation du LPO et de son chef jusque-là discutable faisait craindre le
pire pour l’interprétation de la superbe Symphonie n° 5 de Chostakovitch. Si la frivolité de la direction d’orchestre reste présente, l’œuvre avait
visiblement été travaillée pour que l¹orchestre sonne raisonnablement bien et apparaisse plus précis. Si les deux premiers mouvements et le dernier ont
manqué d’unité et de caractère propre, il faut reconnaître à Charles Dutoit
une interprétation très réussie du «Largo» dont il a su tirer des moments
émouvants des alors belles cordes du London Royal Philarmonic Orchestra.
Crédit photographique : Yuha Wang © Yunus
Durukan








