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Correspondance Henri Duparc / Jean Cras

À emporter, Livre, Musicologie

Henri Duparc : Lettres à Jean Cras, « le fils de mon âme ». Présentées et annotées par Stéphane Topakian. Editions Symétrie, collection Perpetuum mobile. ISBN : 978-2-914373-59-3. 192 pages. Dépôt légal : janvier 2010. Prix : 30€

 

Curieux cas que cette correspondance à sens unique : seules ici sont les lettres d’ adressées à . Et dans l’autre sens ? Tout a péri, comme bien d’autres documents du compositeur aux 13 mélodies, dans l’incendie de son château à Mondégourat en 1935.

Ce recueil, intelligemment annoté par Stéphane Topakian [NDLR : le directeur du label Timpani, spécialisé dans les compositeurs français], permet de mieux découvrir deux décennies de création musicale en France (1900-1920) par le prisme d’, épigone de Wagner, pessimiste quant à ses capacités créatrices et à l’évolution du monde musical, évolution trop audacieuse pour un esprit conservateur. Cette correspondance lève le voile sur une période trop souvent vue par le prisme de Debussy et Ravel. Duparc voyait en Cras une sorte de fils spirituel, son parcours atypique, marin et musicien – comme son contemporain Albert Roussel, son appartenance à la bourgeoisie catholique – comme Duparc – ont vite attiré la sympathie du vieux compositeur pour son jeune confrère.

Outre les conseils et encouragements du «maître» vers son «apprenti», tel les commentaires élogieux pour l’opéra Polyphème, les renseignements sur la conception de la musique par Duparc sont riches de renseignements. La perfection de la forme et de l’harmonie priment sur toute autre paramètre. Ainsi la trop capiteuse musique de – avec Salome – se voit celle d’un «érotomane boche», Pelléas de Debussy est un «art tout à fait artificiel qui convient parfaitement à une époque névrosée comme la nôtre, mais qui, j’en suis convaincu, ne lui survivra pas», etc. Toutefois l’académisme n’est pas la marque dominante de Duparc. Ainsi est un «homme dur, froid et vindicatif» tandis qu’à l’inverse André Messager est un «merveilleux musicien» – comme quoi son jugement n’était pas totalement faux.

Mais la part la plus intéressante de cette correspondance est quand Duparc parle de ses propres œuvres, dont il ne nous reste presque rien, mis à part treize mélodies, un duo et deux pièces pour orchestre. L’opéra La Roussalka est ainsi composée, détruite, recomposée puis redétruite, tant le créateur se sentait impuissant devant le drame lyrique, tant il avait peur que celui-ci ne soit pas représenté selon ses désirs.

Edité en collaboration avec le Palazetto Bru-Zane / Centre de Musique Romantique Française, cet ouvrage se termine sur une bibliographie et une discographie presque intégrale des deux compositeurs. Un livre certes pour passionnés, mais très bien conçu et enrichissant.

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